lundi 14 février 2011

Concertgebouw - Mariss Jansons


10 Comms'
Salle Pleyel • 14.II.2011 20h
Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam, Mariss Jansons (direction), Leif Ove Andsnes (piano)

Rossini, Ouverture de L'Italienne à Alger ; Mozart, Concerto pour piano n° 24 ; Ludwig van Beethoven, Symphonie n° 7
***
J'ai longtemps cru que les musiciens portaient au quotidien leur queue-de-pie - et les danseuses leur tutus. Depuis, on m'a fait entendre raison, mais je me surprends encore à étouffer une réaction de recul quand je vois un violoncelliste en répétition générale en chaussures de randonnée et jeans. Les chaussures de rando, ça ne fait pas violoncelliste. A l'entrée de la Salle Pleyel, je vois déambuler un gigantesque Hollandais en frac et nœud-papillon, avec pour seule concession à la modernité, un téléphone portable dans la main. Ouf, tout va bien.

Empruntant le petit escalier qui mène à l'arrière-scène, j'aperçois au fond du plateau une pagode à clochettes. Mais qu'est-ce ?! La mascotte du Koninklijk Concertgebouw ? Ma curiosité est immédiatement satisfaite : pendant l'ouverture de l'Italienne à Alger, j'apprends qu'il s'agit d'un instrument de musique, avec partition, nuances et tout le tremblement, que le timbalier est préposé à la manipulation de ce samovar géant à breloques. Il suffit d'empoigner la hampe et de la frapper au sol. Fascinée, j'observe les clochettes s'agiter joyeusement, accompagnée par les ondoiements des queues de cheval suspendues à l'un des étages de cette mystérieuse pagode à grelots, et je ne remarque que d'une oreille distraite les interventions - magnifiques - du hautbois et du piccoliste. Saluons l'efficacité de Palpatine, qui a su rapidement identifier ce mystérieux instrument.

Dans le Mozart, malgré le jeu sobre, posé, présent de Leif Ove Andsnes, et la qualité superlative de l'orchestre, je retrouve la perfection un peu glaçante qui m'avait rebutée la dernière fois. J'avais attribué ma relative déception à une consommation excessive de marguerites fumées, mais je crains finalement que ce ne soit une des caractéristiques du Concertgebouw en service minimal.

Une épidémie de 7è de Beethoven s'abat actuellement sur Paris comme une nuée de sauterelles : Sokhiev la veille, Krivine dans quelques semaines. Haitink en mars 2012 avec le Chamber Orchestra of Europe (hiiiiiiiiii !) Est-ce un concours ? Je réalise avec stupéfaction qu'il ne me reste aucun souvenir de la 7è jouée par le Philharmonique de Los Angeles avec Dudamel, pourtant très récent.

L'équipe Concertgebouw-Jansons est la grande gagnante du concours de 7è. Mariss Jansons dirige magnifiquement, avec des impulsions franches, claires (de bras, de mimiques, avec ou sans baguette) qui imposent plus un caractère que des informations prosaïques. Parfois il affiche une expression mi-ravie, mi-étonnée pour aller cueillir un magnifique solo de hautbois ou de flûte qui sonne presque un surpris de sa propre magnificence, ou il peut avoir recours à de grands gestes de tartinade horizontale qui poussent irrésistiblement les basses à initier une lame de fond qui se propage jusqu'aux premiers violons.

Il fait ressortir des éléments auxquels je ne suis habituellement pas sensible : l'orchestre et lui soulignent des tas de petits détails harmoniques troublants (on pourrait presque pointer du doigt le pupitre qui joue dans l'accord la note qui chatouille l'échine et qui préfigure l'accord suivant) ou des éléments de structure (le petit fugato tout mignon du deuxième mouvement).

J'appréhende un peu le deuxième mouvement (toujours un peu risqué, les tubes en concert), mais ils s'attachent à souligner la gravité solennelle et imposante des plounk de basses, les moteurs rythmiques qui sous-tendent les solo-tubes, qui me donne l'impression d'écouter ce passage de la symphonie pour la première fois. A la fin de chaque mouvement, Mariss Jansons rajuste les pans de sa veste d'un air satisfait, il peut, c'est magnifique.

Enfin, enfin, dans le quatrième mouvement, la bride sur le cou, l'orchestre se déchaîne, et je me retrouve non seulement la perfection technique inouïe de l'orchestre, mais aussi l'entrain typique à mon COE adoré. Un des violoncellistes du premier rang lange un sourire réjoui à un copain altiste, on reconnaît chez les contrebasses le cousin germain du contrebassiste solo de l'Orchestre de Paris : un grand ébouriffé qui, lui non plus, ne cherche pas à dissimuler la joie qui lui procure la splendide partition de Beethoven.

Plusieurs choses me frappent particulièrement dans cet orchestre :
  • le son : en effectif relativement restreint (10.12.8.6.4 sauf erreur de ma part, dans le Mozart, un brin plus pour le Beethoven), ils produisent un son incroyablement puissant, mais propre, qui ferait pâlir d'envie le LA Phil, pourtant spécialiste en la matière. Le tout sans les tressautements nerveux qui indiquent un effort physico-musical.
  • les chefs de pupitre : en parlant de tressautements nerveux, je n'en vois absolument aucun chez les chefs de pupitres de cordes. D'ordinaire, on observe des signes (des ondulations de bras, des mouvements du buste, des petits bonds hystériques, des clins d'oeil et des sourires, la boîte à outils est bien garnie), qui permettent - plus ou moins bien, certes, de communiquer avec le reste du pupitre. Ici, nos chefs de pupitre sont impavides : parmi les huit musiciens au premier rang, je suis d'ailleurs incapable de désigner les chefs de pupitre. Damned. Je ne vois que quelques explications possibles : soit tous les membres des pupitres de cordes communiquent par transmission de pensée, soit les chefs de pupitre sont des guignols incompétents (j'ai toutefois un peu de mal à imaginer qu'on puisse monter en grade au Concertgebouw sur un malentendu), soit ils sont complètement responsabilisés et chacun est son propre chef de pupitre.
  • les tournes. bruyantes et catastrophiques. On frôle la catastrophe à l'un des pupitres de violoncelle. Manifestement, on ne peut pas être à la fois un des meilleurs orchestres au monde et effectuer des tournes silencieuses et sécurisées. Bon.
En ce 14 février (Saint-Valentin !), quoi de plus approprié en bis que l'ouverture des Noces de Figaro ? L'orchestre est enfin pleinement réveillé, débordant d'entrain, et nous gratifie d'une ouverture enthousiasmante, pleine d'énergie, et si les motifs pétillants ultra-rapides rappellent plus aux musiciens les loooongues heures de préparation aux concours d'orchestre que les vocalises arithmétiques de Figaro, ils le cachent très bien.

Si Dudamel s'était alors mêlé à ses musiciens pour les saluts (vers l'avant, vers l'arrière-scène!), Mariss Jansons reste campé sur l'estrade pour saluer, sans faire se retourner l'orchestre, se rappelant toutefois de nous adresser un petit coucou lors d'un aller-retour estrade-coulisse. Étrangement, les quelques musiciens restés silencieux pendant l'Ouverture (au moins deux pour chaque pupitre de cordes) ne se lèvent pas. Hum. Cette impression mitigée est contrebalancée par le timbalier-chapeau-siniste, qui se retourne tout seul et nous adresse de grands sourires et des petits coucous discrets.

Aussi : Opera Cake, Laurent, Palpatine, Altamusica

10 Comms':

{ bladsurb } at: 15 février 2011 à 14:46 a dit…

T'as raison, les chaussures de rando, ça fait beaucoup plus contrebassiste.

{ Klari } at: 15 février 2011 à 15:03 a dit…

...de jazz !

Sax at: 15 février 2011 à 21:21 a dit…

Contrebassiste de jazz, je verrais plutôt les tongs ..

{ Klari } at: 16 février 2011 à 00:07 a dit…

Il fait trop froid en février pour porter des tongs, voyons. Et les chaussures de rando évitent de s'enfoncer la pique du violoncelle dans le pied, ou de s'écrabouiller les orteils avec sa contrebasse.

C'est plus étudié que ça en a l'air...

{ Laurent } at: 16 février 2011 à 02:58 a dit…

Pourquoi ça te surprend, que les musiciens qui n’ont pas joué ne saluent pas ? Je crois que c’est conforme à l’étiquette en vigueur dans à peu près tous les orchestres.

Le chef de pupitre des altos, que j’avais en ligne de mire, remuait quand même pas mal la tête.

Et tu n’as pas cité la chute de partition au troisième rang des premiers violons à l’appui de ta démonstration sur les tournes bruyantes.

{ Klari } at: 16 février 2011 à 08:36 a dit…

En fait, j'ai été surprise que certains pupitres soient exclus du bis.. Après tout, 5*2 cordes supplémentaires n'auraient peut-être pas été orthodoxes, mais je doute qu'elles aient pu gâcher l'ouverture. (je n'avais encore jamais croisé ce cas de figure, à vrai dire)

En outre, je conçois vraiment l'orchestre comme un collectif, pour moi tout le monde devrait se lever à la fin du morceau, quelle que soit l'ampleur de la participation au schmilblick !

(une chute de partition !!! remarque, je trouve ce défaut plutôt attachant, comme les tapis persans, il faut une imperfection)

Sax at: 17 février 2011 à 21:13 a dit…

Le milieu naturel de contrebassiste de jazz est
- soit le festival d'été en plein air
- soit la salle de bar généralement surchauffée (mais heureusement plus enfumée)
Autant dire qu'il ne connaît pas le froid.

{ klari } at: 20 février 2011 à 01:21 a dit…

Comment est-on arrivé à discuter tongs dans les comms de ma chroniquette du Concertgebouw ?! ;-)

Oui, bon, quand même, pour rentrer du bar enfumé, il faut bien des chaussures plus couvrantes que des tongs !

{ bladsurb } at: 20 février 2011 à 09:09 a dit…

Sur "google.fr", cet article est désormais le premier pour la requête "concertgebouw en tongs". Formidable, non ?

{ Klari } at: 24 février 2011 à 11:57 a dit…

Oui, pour "mozart en tongs et queue de pie", aussi

Aïe !!

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