lundi 31 janvier 2011

Néo-classique ou oppression


0 Comms'
Théâtre de l’Athénée – Louis-Jouvet, Paris • 29.1.11 à 15h
Maud Ayats, Anne-Elsa Trémoulet (violons), Estelle Villotte (alto), Emmanuel Gaugué (violoncelle)

Dimitri Chostakovitch, Quatuor à cordes n° 8 en ut mineur, op.110
Erwin Schulhoff, Quatuor à cordes n° 1
Hans Krasa, Tanec, pour trio à cordes
Béla Bartók, Duos pour deux violons, Sz. 98
Igor Stravinski, Elégie pour violon seul
(le tout joué dans l'ordre inverse, les musiciens apparaissant au compte-gouttes au fur et à mesure que l'effectif des oeuvres jouées grossit)
***
Le programme-papier de la saison de l'Orchestre de Paris à l'Athénée est lapidaire, dommage, j'aurais aimé en savoir plus sur les raisons qui sous-tendent le choix des œuvres. En ce qui concerne ce programme, j'y vois un échantillonnage des compositeurs aux destins les plus sombres du XXè siècle - les œuvres proposées sont résolument néo-classiques, assez faciles d'accès, mais imprégnées d'une amartume à peine masquée. Toutes relativement connues, au moins de nom, mais rarement données en concert.

Avant de sombrer dans les réminiscences glaçantes du fascisme et du nazisme, un soupçon de sérénité - teintée de mélancolie, avec l'Elégie pour violon seul, empruntée sans vergogne au répertoire de l'alto, honteusement peu jouée. Peu virtuose, contemplative, elle semble correspondre particulièrement bien à la jeune violoniste au jeu fin, très sobre. Personne n'ose rompre le silence après la dernière note, qu'elle laisse lentement mourir. Ni toux, ni applaudissements, conservées pour l'après-Bartók.

J'ai un immense faible pour les duos pour violons de Bartók, que je ne connais qu'en deux versions : celle de Perlman et Zucherman (miam!) et la mienne. Je me dandine avec allégresse sur mon fauteuil, ravie d'écouter ces magnifiques morceaux (qui prouvent par a+b qu'il est inutile de faire cavaler les violonistes en 17è position pour faire de la bonne musique), timbrés, rauques, bondissants à souhait.

On entre de plain-pied dans le tragique avec le Tanec de Hans Krása, compositeur déporté à Theresienstadt puis exécuté à Auschwitz. Faut-il se réjouire que la version réorchestrée en camp de concentration de son opéra anti-nazi pour enfants, Brundibar, ait pu dérider les gamins emprisonnés, ou déplorer qu'il ait été repris par une opération de propagande visant à déguiser le camp de concentration en ghetto confortable. Je ne sais pas. Perdue dans mes pensées, je passe complètement à côté de l'œuvre, un tantinet ensevelie sous les graves massifs du violoncelle (plus discret dans les deux œuvres qui suivent, où on pourra s'extasier à loisir sur ses aigus fantabuleux).

Schulhoff meurt des suites de la tuberculose dans le camp de concentration de Wülzburg, non sans avoir écrit une demi-douzaine de symphonies et trois quatuors à cordes. Difficile de me rappeler les impressions du Schulhoff, crépusculaire et grinçant, mais nettement plus farfelu que le quatuor de Chostakovitch. Moins imposant que Bartok, toutefois.

Quant au Chostakovitch - qui est mort assez âgé, certes, mais a toutefois vu passer le stalinisme, les grandes purges, oh, une guerre mondiale, une censure impitoyable. Atteint de polyomyélite, fortement incité à rejoindre le parti communiste, il compose en trois jours ce quatuor, sublime, et magnifiquement exécuté tout en intériorité et en finesse par un quatuor redoutablement efficace techniquement.

Globalement, je suis enchantée par le choix des œuvres, pas forcément évident, mais très cohérent, rendues très émouvant et lisible par des musiciens qui ont manifestement bien réfléchi à la question. Très reconnaissante d'avoir enfin pu écouter ces œuvres 'en vrai'. Il m'a été un peu difficile, ce samedi après-midi, de m'extirper de mon canapé douillet pour affronter les rigueurs de l'hiver parisien. Je ne dois pas être la seule dans ce cas, car le théâtre est un petit peu dépeuplé. Effet soldes ? Ski ? Coup-de-mou-hivernal ?

Ailleurs : Laurent, Orchestre de Paris, Blog de l'Athénée.

0 Comms':

Enregistrer un commentaire

 

Mentions légales - Copyright © 2007-2012 Le klariscope. Tous droits sur les chroniquettes patati, patata.
RSS Feed. Ce blog est fièrement propulsé par Blogger. La template est signée dzignine d'après le modèle Minima-White