mardi 18 janvier 2011

Chamber Orchestra of Europe - Intégrale Beethoven 1/5


5 Comms'
Mardi 18 janvier, 20h - Salle Pleyel
Chamber Orchestra of Europe (COE), dir. Bernard Haitink

Ludwig van Beethoven : Ouverture de Fidelio, Symphonie n°8, Symphonie n°5

Il devait être écrit dans les astres qu'il fallait à tout prix que j'assiste à ce concert, qui ne figurait pas à mon abonnement, et  pour lequel j'avais omis de réserver. Heureusement, Mademoiselle O. s'est démenée comme une diablesse pour me dégoter des billets à un tarif angélique (merci !). En back-up, la puissance divine qui veille sur mon éducation musicale avait également malicieusement jeté un sort de fatigue à Laurent, qui me propose de récupérer ses places (merci !!)

Glapissant de plaisir, je manque bousculer François Leleux, le hautboïste du COE, qui rôde à l'entrée de Pleyel. Sans son instrument, je ne suis pas sûre de le reconnaître, je préfère réfréner mon envie de lui sauter au cou et lui avouer mon admiration sans bornes pour ses plouh-plouh! délicats mais présents, ses solos irrésistibles et ses ondulations du coude gauche qui ponctuent vigoureusement son phrasé.

Pendant l'Ouverture de Fidelio, je m'amuse à comparer les effectifs : la plupart des protagonistes du concert de décembre sont là, même si je regrette toutefois l'absence du basson farceur et de l'alto solo, chez qui j'avais adoré les clins d'œil malicieux aux collègues et les grand sourires de matou repu. Mme Lorenza Borrani, première violonne en décembre, qui sera soliste en mai, est assise cette fois à l'avant-dernier rang du pupitre de seconds violons : ça ne ronronne pas en somnolant, au fond des cordes. Je trouve d'ailleurs les dernières rangées des pupitres de cordes presque plus engagés que les grands manitoux du devant.
Petite digression en passant : récemment, j'ai écouté un orchestre où le pupitre de second violons, au contraire des autres pupitres de cordes, avait été étiré tout le long du praticable, pour laisser leurs aises aux violoncelles et aux premiers violons, peut-être. Toujours est-il qu'on observait un noyau dur de quatre ou six bonshommes près du chef, alors que leurs collègues se retrouvaient enclavés, qui entre un cor et une harpe, qui exilés chez les premiers violons, et le reste à l'avenant. Résultat : six seconds violons s'ébrouaient joyeusement sous le regard bienveillant du chef, quinze mètres plus loin, le reste du pupitre, détaché, contemplait d'un calme olympien les cabrioles des collègues. Visuellement, assez dérangeant. Imaginez un peu si on faisait tourner les chefs de pupitre, ha !
Bref.

Cet orchestre est génial (en général) pour du Beethoven (en particulier). L'effectif est costaud, sans exagération : le son est généreux mais l'aspect un peu empâté du bon gros orchestre dodu est évité. Je suppose qu'ils doivent aussi bénéficier de leur expérience de chambristes et/de baroqueux (ils sont très nombreux à avoir tâté de la corde en boyau), ce qui confère immédiatement à leur son quelque chose de très lumineux, lisible. Et puis quelle énergie, quelle joie, quelle enthousiasme ! On dirait qu'ils s'attaquent à Beethoven pour la première fois : L'alto solo* agite son archet avec une joie et une ardeur qu'on ne voit d'habitude que lors des accords de fin (ou de début), les vents accentuent les moindres pouh-pouh! de roulades d'épaules et de hochements de tête égrillards.
(Malgré tout, c'est archi-maîtrisé: on jurerait qu'ils jouent à tombeau ouvert, or, or, c'est suffisamment contrôlé pour laisser de la place à un petit solo (timbré, vibré, que demande le peuple) de piccolo, qui passe sans peine au dessus de la mêlée).

Je suis une novice de la Huitième, que je n'ai jamais écoutée. Le baptême de la 8è par le COE, c'est du grand luxe. Aucun passage n'est dédaigneusement survolé, chaque petite farce (cette symphonie serait truffée de gags à la Haydn, me dit-on) est mise en avant, cet orchestre est un conteur-né. On crève d'envie de savoir ce qui va se passer ensuite. Impossible de décrocher dans ces conditions. Les "PLAF!plic" qui reviennent tout le long du premier mouvement laissent pressentir une symphonie n°3 d'anthologie pour le lendemain. je suis en effet en quête de ma troisième idéale.

En ce qui concerne la Cinquième : je sais, cette fois, ce qui va se passer (ouiiii! je l'ai déjà jouée) et malgré tout, ils arrivent à me surprendre. Une gestion du suspense dans le quatrième mouvement, mes aïeux ! On croirait les apercevoir à l'horizon, les grands ploums triomphants de fin, erreur! c'est reparti pour un tour. Tant mieux, on ne s'en lasse pas.

S'il fallait identifier quelques moments plus enthousiasmants que les autres :
  • le solo de hautbois dans le Mvt1. Tout le premier mouvement est pris au pas de charge, ça déménage, ça chahute, on s'amuse. Quand soudain, tout s'arrête pour laisser place à un solo de hautbois, qui a presque toute latitude pour choisir son tempo. M. Leleux en profite pour étiiiiiirer la pulsation au maximum, encore un petit peu plus et ce serait vulgaire, mais c'est parfait. Le temps s'arrête quelques instants, l'aiguille des secondes sur toutes les horloges du quartier s'est ralentie. Si on avait disposé un petit panier avec un serpent à la place du pupitre de hautbois, je me demande réellement ce qui se serait passé.
  • le duo de flûte et de hautbois dans le Mvt2. On l'attend, on l'attend, le basson et la clarinette s'envoient le thème et plaf, le refilent à leurs collègues de devant. On dirait que la même personne joue des deux instruments simultanément. Comment est-il possible de fusionner les timbres d'instruments à ce point différents ? Evidemment, la perfection technique est une chose, mais en plus (et surtout) c'est beau, émouvant, fascinant (gnnnnnn!).
  • le crescendo magique à la fin du Mvt3 qui déboule sur le Mvt4 ! Déjà, c'est génialement écrit : on part du presque rien : un soupçon de basses, et un brahahahouum (un rappel du pom-pom-pom-pom) extrêmement discret mais implacable de timbale. Il ne se passe rien, mais on sait avec certitude que le ennuis vont commencer. Ce silence vaguement inquiétant évolue insidieusement et il faut doser, bâtir puis conserver la tension sur une bonne cinquantaine de mesures ! Et c'est là qu'on comprend tout le foin que font les mélomanes éclairés sur les "nuances". Ben oui, un crescendo, et alors ? Et bien, un vrai crescendo, il se prépare. Normalement, on se débrouille pour créer une attente, une tension chez le spectateur - au point qu'on aurait envie de supplier Haitink de lâcher la bride aux musiciens, là, maintenant, parce que l'attente est devenue physiquement intolérable. Quand on a mis le volume au maximum, il faut encore pouvoir en ajouter un peu. Et quand enfin on se pose, au calme, dans une vallée de montagne verdoyante, idéalement, on n'est pas déçu, ennuyé, mais heureux de savourer ce petit coin. (diagramme ci-dessous, partition là - page 11)

  • Les contreploums de la fin du Mvt4 ! Je ne sais pas comment il est humainement possible de jouer des contretemps qui  font réellement un peu mal au ventre, mais ils le font.

Evidemment, à Pleyel, on n'a pas la proximité avec les musiciens qu'offre la salle de concerts de la Cité de la Musique, en particulier certains recoins du premier balcon, d'où on peut léviter avec joie et félicité au-dessus des violons. (Heureusement, il y a http://citedelamusique.tv/Concert/0955975.html pour ça). Malgré la distance qu'impose nécessairement ce format de salle, j'ai vraiment l'impression de profiter pleinement de l'effet ébouriffant du COE : il arrive de temps en temps qu'une mystérieuse faille spatio-temporelle fasse son aparition entre l'estrade du chef et le premier rang du public et absorbe toute l'énergie diffusée par l'orchestre, mais pas avec eux.

Alors que personnellement, je suis fascinée au point d'en oublier de respirer, dans le dernier mouvement, j'aperçois un Papi qui laisse tomber son programme (schlourfff!), le pousse du pied pour pouvoir le ramasser (frrrsssssshhr), encore un peu, il est un peu loin (wwrrrssch), pour se pencher en soupirant (pffff) et enfin récupérer son bien. Comment peut-on être insensible aux sirènes du COE pour préférer jouer au football avec son programme ? Je ne comprends pas.
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* qui, en hobby, pratique le Cor des Alpes. Si ça ne nous le rend pas immédiatement sympathique..

5 Comms':

{ Delaide } at: 24 janvier 2011 à 22:26 a dit…

Chère Klari. Bernard Haitink y est un tout petit peu pour quelque chose quant à la réussite de ce concert, non ? Pas sûr que le COE soit uniquement en pilotage automatique :-)). Amitiés. Philippe.

{ Rameau } at: 25 janvier 2011 à 12:39 a dit…

C'est typiquement ça, Haitink: il est tellement discret qu'on l'oublie, et pourtant c'est (pas seulement, certes...) grâce à lui que c'est formidable...
Pour la 3e, j'ai eu droit au Concert Parfait : Jansons/Radio bavaroise... Lequel Jansons joue finalement la 7e de Beethoven au lieu de celui de Bruckner le 14 février, ce qui me va mieux et promet un grand moment !

{ Klari } at: 25 janvier 2011 à 13:57 a dit…

Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait qu'Haitink est formidable, et contribue en grande, très grande partie au succès du concert. je le dis très sincèrement, pas du tout pour éviter le lèse-chef-d'orchestre ;-)
Mais :
- à la longue, je suis arrivée à la conclusion qu'il est très difficile, voire impossible, de "mesurer" l'impact du chef en concert. J'ai eu l'occasion de causer avec des musiciens après des concerts (auxquels il participaient) et de recueillir des impressions diamétralement opposées aux miennes. Ou encore d'aller accompagnée d'un pro à un concert pour qu'il arrive à la même conclusion "mouuiii, pas mal, mais il faudrait voir le travail fait en répé". Du coup, j'ose à peine critiquer ce que fait un chef en représentation.
- Haitink est très très discret. Tellement discret qu'il n'y a rien à dire. Pas de mimiques, pas d'esbrouffe, le regard impassible. Comme je me spécialise en petits détails rigolos (ou qui se veulent rigolos) pour rédiger mes chroniquettes, je manque un peu de matériau...Ceci dit, j'ai adoré l'interview qu'il a récemment donnée pour le figaro qui donne une impression de gars carré, respectueux, droit dans ses bottes, avec un ego certain, mais pas pharaonique. Bref. Après, hein, qui sait. Vous remarquerez toutefois que je mentionne l'avis -plus que positif, du chef embarqué avec moi au concert du lendemain dans la chroniquette qui suit !!

Sinon : oui, les trois concerts que j'ai vu avec Haitink étaient fabuleux (deux avec le COE, un avec le CSO), ce n'est pas une coïncidence !!

Oui, oui, j'ai poussé des petits hurlements de joie quand j'ai vu la modification du programme du concert du 14/02 ! (Quel beau cadeau de St-Valentin de la part de M. Jansons!).

C'est important, de trouver ses Concerts Parfaits - j'ai encore un souvenir très très ému de la 9è de Beethoven avec Gardiner/LSO. Et ma 3è de Beethoven avec Haitink/COE, aussi !! Même si ça demande un peu de patience (et un budget)

Amitiés à tous les deux,
Klari

{ Nicholas Eastop } at: 6 mai 2011 à 16:07 a dit…

According to Nikolaus Harnoncourt, the ideal crescendo profile should look like a trumpet bell. From your analysis, it looks like we're pretty close! (I'm bass trombonist in the Chamber Orch of Europe by the way :-) ).

{ Klari } at: 7 mai 2011 à 09:41 a dit…

Congratulations for being part of such an exciting orchestra!

The COE perfectly manages the trumpet-bell-thingy, of course : I drew manually the COE-crescendo instead of using mathematical functions, that's why the COE graph is somewhat approximative !

(I could have used a function, there is actually an equation for trumpet bell shapes)

Anyway. I'm speechless. N. Harnoncourt and I agree on crescendo theory !!? Oh my !

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