lundi 24 janvier 2011

Chamber Orchestra of Europe - Intégrale Beethoven 2/5


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Mercredi 19 janvier, 20h - Salle Pleyel
Chamber Orchestra of Europe (COE), dir. Bernard Haitink


Ludwig van Beethoven : Symphonie n°2, Symphonie n°3 "Héroïque"

PROLOGUE

Le Chamber Orchestra of Europe a pris la place de l’orchestre de Paris (actuellement en vadrouille) pour le concert du mercredi soir à Pleyel. Pour mieux savourer le deuxième et dernier concert de cette mini-saison du COE à Paris, je me suis adjoint les services d’accompagnateurs soigneusement triés sur le volet :
  • un altiste, que nous dénommerons pour le reste de la chroniquette «ALTO»,
  • un chef d’orchestre, «CHEF».*
Une réunion préparatoire s’organise au Do-Ré-Mi , afin de répartir les tâches : le Chef analysera la direction de Bernard Haitink, tandis que l’Alto surveillera de près les cordes. Entre deux tartines de pâté, le Chef nous explique certaines caractéristiques de son job : il mime successivement le chef-pataud, le chef-métronome, le-chef-qui-dirige-du-Brahms-avec-un-large-geste-horizontal-de-tartinade-sonore, l’Alto réagit, larges gestes d’altistes à l’appui, sous les regards interloqués de quelques chalands à qui j’envoie de grands sourires, affichant un air dégagé de second violon.
Peu avant huit heures, nous sommes mis à la porte par un serveur du Do-Ré-Mi, « Ouste, les jeunes, vous allez être en retard ».

SCENE I – Salle Pleyel, Entracte
Entrent : Alto, Chef, Klari, l’orchestre, Bernard Haitink

B. Haitink, impassible, dirige la 2è de Beethoven de gestes parcimonieux mais précis, jouée par un Chamber débordant d’énergie et d’enthousiasme. Pour se faire une idée, je vous recommande, je vous enjoins, je vous ordonne de regarder la vidéo du concert (les caméras ignorant superbement les seconds violons, vous ne pourrez profiter des sourires réjouis des seconds violons ni des regards enchantés d’un violoncelliste, qui semble toujours chercher quelqu’un avec qui partager ses ploums). Elle n'est pas encore en ligne, mais elle le sera. Bientôt. Pendant l'entracte, Alto, Chef et Klari se débriefent dans le hall.

KLARI : Alors ? Alors ?
ALTO : Ah !
CHEF : Oh !

KLARI : Si je te dis PLAF-plic ?
ALTO (agacé) : De quoi tu parles ?
CHEF : Moi aussi, je parle en ploums, plaf, scrontch. Huitième, premier mouvement ?
KLARI : Yep. Les PLAF! du premier mouvement de la Troisième ? Il y en a combien, déjà, à chaque fois que le motif revient ? Quatre ? Cinq ?
CHEF : Six.
KLARI : On va avoir des PLAF!PLAF!PLAF!PLAF!PLAF!PLAF! monstrueux ! De compétition ! Brutaux ! Angoissants ! Je les cherche, mes PLAF. Tiens, récemment, un chef a fait jouer à l’Orchestre de Paris d'ignobles PLAWOUAWOUAF épais, ultra-vibrés. Des plafs pareils, le chef mériterait de passer l’éternité enfermé dans un placard avec une soprano qui chante faux. Le London Philharmonic ont touché du doigt mes PLAF idéaux, mais il manquait un petit quelque chose..
ALTO : Mais oui, tu vas les avoir, tes PLAF!.
KLARI (inquiète) : Sérieusement, si les PLAF! manquent d'urgence, de tension, toute la symphonie tombe à l'eau, et pl... Hem.

ACTE II – Salle Pleyel, Hall

Après une Troisième exaltante, où on aura croisé, en vrac: des Plaf! violents comme une hache de viking, un second mouvement délicat mais tendu comme un fil, un vent de folie souffler quelques instants sur un orchestre où tout le monde s'est mis à jouer plus fort que le voisin dans le Mvt 4. L’Alto, le Chef, Klari se retrouvent, tout ébaubis, au milieu du hall, et se mettent à encenser joyeusement l’orchestre, leur maîtrise de l’acoustique, les couleurs, les nuances, l’engagement des musiciens, etc, etc...

ALTO (mi-frustré, mi-ravi) : Ca joue, chez les cordes ! Miam ! J’ai connu des boutiques, si on ne montre ne serait-ce qu’un soupçon d’enthousiasme, on se fait toiser du coin de l’œil. Tout mezzoforte, au même endroit de l’archet, et surtout, surtout, pas de vibrato sur les batteries de croches. Vous croyez qu’ils me laisseraient jouer avec eux ? Sur un strapontin, au fond ? En promettant de ne pas faire trop de bruit ?
KLARI : Si tu as un C.V. de soliste international, ça ne devrait pas poser de problèmes, j’imagine.
ALTO : Armphf.

CHEF : (radieux).Ils font des pianissimo avec tout l’archet ! Du talon à la pointe ! Avec un son généreux ! Mais un vrai piano quand même. J’adore.
ALTO : et des mini pppp sur deux millimètres d’archet, s'il faut.
CHEF : Oui !! Et en ffff, ils ne font pas semblant. Je veux voir de la fumée sortir des violons ! D’ailleurs, quand je vous demande un ffff, à l’orchestre, c’est ça que je veux ! Cassez les instruments ! Lâchez-vous ! Rugissez, vous aussi !
KLARI : Oui. Enfin. Si tu veux. On ne va pas obtenir tout à fait la même qualité de son.
ALTO (songeur) : oui, on risque plutôt d'évoquer l'indigestion de l'hippopotame.
UN OUVREUR DE PLEYEL : Pouvez-vous sortir, s’il vous plaît ? Nous devons fermer la salle.
KLARI (perplexe) : Comment se concertent-ils, pour les couleurs ? Tiens, ils nous ont fait un accord avec une attaque en bruit de botte mouillée qui s’extirpe de la vase. Toutes les cordes l'ont joué avec la même intention. (Ailleurs, un son délicatement sablonneux et flûté de crin) Comment les 40 cordes pouvaient être au courant ? Ils ne doivent pas avoir le temps de peaufiner tous les détails, en répétition, si ?
CHEF : Ils ont certainement peu l’occasion de jouer très souvent ensemble. Ils doivent être tellement contents, tu sais.
KLARI : Je veux bien, mais entre de la bonne humeur et de la télépathie, il y a de la marge.

CHEF : Y'a pas un passage laissé au hasard, un peu survolé « de toute façon ce sera plus intéressant dans trois mesures », toujours une trouvaille. C’est presque trop fin, trop subtil. Ha, même Beethoven n’aurait pas pu imaginer à quel point sa partition était géniale.
ALTO : Il n'était pas complètement ahuri, non plus.
CHEF : Oui, enfin, Beethoven, quand même (gonfle les joues, ébouriffe un peu plus sa tignasse, se met à composer d’un air bourru à l’aide d'une plume imaginaire).
ALTO : Hmm..

CHEF : J’ai bien observé la direction de Haitink. Sobre, parcimonieuse, juste ce qu’il faut, tout ce qu’il faut. Les impulsions nécessaires, ni plus ni moins.
KLARI : Tu es sûre qu’ils besoin d’un chef ? Ils ont l’air vraiment à l’écoute les uns des autres, les zigues.
CHEF (péremptoire) : Tout groupe a besoin d’un chef.
ALTO & KLARI (en aparté) : Ben voyons.

ACTE III, rue du Fbg Saint-Honoré

Enfin mis à la porte de Pleyel, Chef, Alto et Klari, pour faire perdurer la magie du concert, rôdent devant les bus garés devant l’entrée de la salle, observant du coin de l’œil les musiciens.

ALTO, CHEF & KLARI (relativement discrètement) : Un corniste ! Un alto ! C’est le basson, le grand qui vient de monter dans le bus, qu’en penses-tu ?
ALTO : Il est où, François Leleux ?
KLARI : D’après mes sources, il est parti prendre un pot vers ####. Flûte, je lui aurais bien demandé un autographe. Et le timbalier ? D'ordinaire, les timbaliers toisent dédaigneusement tout l'orchestre, derrière le troupeau de chaudrons rutilants, avec siège spécial, porte-mailloche sur mesure, et tout le toutim. Lui, il était gentiment installé dans un petit coin, à côté des cuivres, la même chaise que les collègues, deux mini-timbales de pique-nique, et les mailloches sur une chaise, tout simplement. Trop mignon.
ALTO : mais quel son de timbale !


L’alto s’éloigne en bondissant de joie vers l’un des musiciens, qui a officié dans un conservatoire de sa ville d'origine. Il revient quelques minutes plus tard, enchanté.

ALTO : C’était la star de la ville de ### !! Elle a un son énorme, puissant, mais très subtil musicalement, ce qu'elle fait. Elle se rappelait de moi !
CHEF, KLARI : ooh!
ALTO : Vous savez ?
CHEF, KLARI : ?
ALTO : Ils sont tous malades !
CHEF, KLARI : ?!
ALTO : Plusieurs musiciens sont fiévreux, notamment un tient à peine debout, il a une fièvre à dégeler la banquise.
CHEF, KLARI : Qu’est ce que çà donne quand ils sont en forme, mes aïeux ! Demain on réserve pour le 24 mai. Zou. 
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*Les personnages de cette chroniquette étant réels, toute ressemblance avec des chef d’orchestre et des altistes imaginaires, serait fortuite.

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