Salle Pleyel - dimanche 31 janvier 2010, 16h
London Symphony Orchestra &
The Monteverdi Choir ; dir:
Sir John Eliot GardinerRebecca Evans (soprano), Wilke te Brummelstroete (mezzo-soprano), Steve Davislim (ténor),Vuyani Mlinde (baryton basse)
Beethoven : Symphonies №
1 &
9La situation est grave: ce concert fut inoubliable. Exceptionnel. Vite, mes notes, afin de concocter une chroniquette. Me voici aujourd'hui bien soucieuse, tentant de déchiffrer les notes prises au cours du concert, ne réussissant guère qu'à identifier un "guk" (?), un "schlourf" et un "amygdale" (incroyable?) qui ne m'aident que peu.
Il va falloir se baser sur des souvenirs enthousiastes, mais brumeux.
Je me rappelle arriver à Pleyel tiraillée entre
mon amour immodéré pour le LSO (♥) et ma curiosité : le trio pour flûte, harpe et alto de
Djac est en effet créé, une heure plus tard, à l'église américaine. J'écoute d'une oreille distraite mes râlouilleurs de voisins qui ronchonnent contre la programmation "Pleyel, c'est nul, je prends les Champs-Elysées l'année prochaine" (gné?) ou la numérotation des places "c'est nul, ce système de sièges pair et impair".. Comment
peut-on être d'humeur grincheuse quand on va écouter le LSO ?! Je songe m'éclipser à l'entracte pour écouter le trio de Djac, mais je réalise bien vite, au bout de la première mesure de la Première de Beethoven, qu'en aucun cas je ne pourrai me risquer à manquer ne serait-ce qu'une miette de ce concert qui s'annonce fabuleux.
Sur la Symphonie №1, l'orchestre m'enthousiasme par sa verve, sa lisibilité, sa précision, son énergie. Tout près de moi, un musicogeek accompagné de son rejeton feuilletait le conducteur avant le début du concert : mais avec un LSO et un Gardiner, on n'a pas besoin de conducteur! Les plans, les mini-plans sont tous plus lisibles les uns que les autres, le son est clair et précis : ouste, le vibrato! Et
les musiciens se prêtent au jeu, sauf une poignée de réfractaires. Et comme ce sont d'excellentissimes musiciens, leur son reste tout aussi chaud et velouté que d'ordinaire, si ce n'est plus. Ainsi la symphonie n'en devient que plus lumineuse, claire, sans perdre de sa beauté ni de son énergie.
Je trépigne d'impatience pendant l'entracte. J'ai du écouter auparavant une fois ou deux la 9è de Beethoven, et me rappelle vaguement une œuvre d'une longueur... Je me doute que cette œuvre assez conséquente va passer à la vitesse d'un TGV au galop avec des interprètes de ce calibre.
En effet. C'est habité, poétique, juste, plein de tension, de maîtrise, d'émotion, d'énergie.* Je suis tour à tour éblouie par deux 2nds violons au taquet (il faut dire que Beethoven ne lésinait pas sur les parties de 2nds, ce n'est pas du Puccini), par la beauté de la voix du baryton, par la capacité de Gardiner et de l'orchestre, à exprimer des nuances, des mouvements dans un ffffff qui devrait n'être que de la soupe sonore, par leur habileté à changer de caractère en une fraction de seconde, par la beauté et la puissance du chœur, par le visage rayonnant de Gardiner au moment où finalement on se décide entre le thème du premier mouvement et celui de l'Ode à la Joie - annoncé par les basses et le chœur fait son entrée fracassante, par la direction de Gardiner que je trouve lisible, habitée, entraînante, utile (et pourtant je n'y comprends d'habitude rien). Et cette musique, cette musique !
A des moments comme ceux-là, j'envie les Londoniens qui peuvent avoir leur ration hebdomadaire de LSO. Ainsi que les musiciens du LSO. Et quiconque qui a pu jouer/chanter avec Gardiner.
D'ailleurs, si vous vous demandiez. Est-ce que ce concert était parfait ? Et bien.. figurez-vous que les musiciens du LSO sont sans conteste les pires tourneurs de pages que j'ai eu l'occasion d'écouter - je frissonne d'effroi à repenser, entre autres, à ce schhllllourrf tonitruant en plein silence, juste avant l'entrée décisive du chœur. Mais c'était si fabuleux par ailleurs qu'on ne peut leur en tenir rigueur.. J'ai d'ailleurs un gros brin de nostalgie à me remémorer ce concert, vivement le retour du LSO à Paris !
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