jeudi 2 décembre 2010

Stabat Mater à Pleyel, et le chat de Pergolèse


9 Comms'
Salle Pleyel, mardi 30 novembre 20h30

Salve Regina, Nicola Porpora
Nisi Dominus, Vivaldi
Stabat Mater, Pergolesi

The English Concert, dir. Harry Bickett, Anna Caterina Antonacci (soprano), Sara Mingardo (contralto)


J'écoute la retransmission du concert sur France Mu' pour me remettre dans l'ambiance de mardi soir, et si je savoure les commentaires avisés de M. Charvet sur un tapis sonore d'accordage d'instruments, il me manque toutefois le métro bondé, le froid piquant qui fait se hâter vers Pleyel et bien sûr, le savoureux MacDorémi du café éponyme. Où, bizarrement, malgré tous nos efforts pour conserver notre incognito, nous voilà identifiés par les serveurs du Dorémi qui s'enquièrent de l'heure de fin du concert. A quoi reconnaît-on un pleyeleux, je ne sais.

La première partie du concert voit chaque chanteuse s'illustrer séparément. Les deux voix sont époustouflantes : une voix de soprano avec la rondeur et la générosité d'une mezzo, une contralto avec le volume et la ductilité que j'associerais plutôt aux dames des cîmes. Et l'English Concert ! Les deux mots magiques associés, pour mon plus grand bonheur : English (pensez lemon curd, Doctor Who, LSO, Charles Dickens, Black Books, Monty Python ) et Concert ! Une petite douzaine de musiciens, égarés au milieu de l'immense plateau de Pleyel, accompagnent Anna Caterina Antonacci sur le Salve Regina de Porpora, Sara Mingardo sur le Vivaldi.

Très étrangement, je n'ai remarqué qu'en écoutant la retransmission-radio les fausses notes assez fréquentes et l'hésitation d'Anna Caterina Antonacci dans le Porpora, je dois avoir l'oreille plus indulgente et enthousiaste en concert. C'est toutefois globalement très bien, pas de galipettes et de grognements à la Patricia Petibon.

Quand Mingardo se met à chanter, j'en ai le souffle coupé. Elle a une voix fluide, grave et ronde, sans l'aspect un peu pâteux de certaines voix de contralto. Très honnêtement, je ne trouve pas les mots pour décrire la beauté de cette voix, capable de couvrir l'orchestre si nécessaire et de se faufiler jusque dans les derniers rangs du balcon avec une facilité déconcertante. Le Cum Dederit est à se pâmer. Ecoutez, ré-écoutez, et quand ce ne sera plus accessible, écoutez ceci.
Soyez indulgents lors de l'intervention de la viole d'amour : malgré une dénomination des plus touchantes, les instruments dits " d'amour " n'ont rien d'aimable : quel que soit le talent de la personne qui les manipulent, ils sont gros, graves, injouables, faux : pensez hautbois d'amour, viole d'amour, clarinette d'amour, même combat. Le concept ne s'applique toutefois pas à mon violonet d'amour, qui est monumental, certes, mais a un très joli timbre, et les fausses notes sont entièrement de mon fait, j'avoue.

Quant au Stabat Mater, ni hésitation, ni fausses notes, évidemment. Je suppose que les chanteuses l'étudient avant même de savoir marcher, aucun problème logistique à déplorer. Le Stabat Mater s'achève bien trop rapidement - l'orchestre, über-baroque* mais avec un son très chaleureux, dégage une énergie formidable, en plus d'être techniquement irréprochable (mais quand abandonnera-t'on aux Concerts Gais l'ignoble répertoire du XIXè siècle pour enfin jouer de la musique civilisée, du Pergolèse, du Vivaldi ?!), les timbres des deux chanteuses s'accordent superbement, se soutenant l'une l'autre, tout en se différenciant avec douceur par endroits, mais j'avoue un faible pour la puissante sobriété de Sara Mingardo.
J'aurais aimé écouter le Stabat Mater trois ou quatre fois de suite. Ou connaître l'oeuvre par coeur pour en savourer les moindres recoins. Demain j'irais m'acheter un enregistrement, tiens. Des versions à recommander ?

Je sais déjà que les lois de la physique en général, de l'acoustique en particulier ne s'appliquent pas à Pleyel - Joël au parterre est déçu, Palpatine est content sans plus, une collègue débriefée aujourd'hui a été enchantée. Quant à moi, je suis ressortie ravie, mais le concert m'a laissé un souvenir très différent de la version diffusée à la radio. Je reconnais l'orchestre, mais la radio est beaucoup moins indulgente : les équilibres sont finement réglés, les fausses notes plus apparentes, les chanteuses mises en avant, les toux discrètement effacées. C'est Schrödingerien : on ne sait pas si le chat a aimé le concert tant que le concert n'est pas achevé, et le résultat de l'expérience dépend fortement de la position du fauteuil du chat, qu'on ne connaît pas..

* je me permets de chiper cet épithète très approprié à Joël ;-)

9 Comms':

{ Joël } at: 3 décembre 2010 à 11:05 a dit…

Je n'ai qu'un enregistrement du Stabat Mater : celui avec Andreas Scholl et Barbara Bonney (Les Talens lyriques, Christophe Rousset). Ma voisine de concert me recommandait la version dirigée par René Jacobs (chantée par lui-même et un garçon, chez Harmonia Mundi). (J'aime aussi la version allemande de Bach : Tilge, Höchster, meine Sünden, BWV 1083.)

{ Klari } at: 3 décembre 2010 à 11:16 a dit…

C'est rigolo, au moment même où tu laissais un commentaire, la collègue qui m'avait vue à Pleyel m'apportait deux CD : le Nisi Dominus avec James Bowman et l'Academy of Ancient Music, ainsi que d'autres oeuvres de Vivaldi et Pergolesi, elles aussi chantées par James Bowman !!

C'est qui qui va se régaler ?

(du coup, à la place je vais peut-être m'acheter la Flûte par René Jacobs).

N'empêche, j'ai fait une chroniquette fausse, dans la mesure où je n'ai pas réalisé au moment de la rédiger que c'est essentiellement les oeuvres et l'orchestre qui m'ont éblouie, plus que les chanteuses. j'imagine avoir tendance à plus facilement décrire/critiquer des personnes que des entités plus abstraites (orchestre, oeuvres..).

Bon. (je ne sais pas d'où ça sort, ce comm-fleuve)

Bonne journée !

{ Joël } at: 3 décembre 2010 à 12:23 a dit…

Comme tu y vas fort : « chroniquette fausse », « ignoble répertoire du XIXè siècle » !

Roland at: 3 décembre 2010 à 15:32 a dit…

Argh, rien que le programme est à se pâmer ! Et si en plus c'est bien joué et chanté... Ca m'apprendra à ne pas me tenir au courant régulièrement...

Un Stabat Mater à conseiller ? Je l'ai découvert dans la version du Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini, avec Gemma Bertagnoli et justement Sara Mingardo. Et je ne peux que la recommander, en notant à l'attention de ceux qui ne connaissent pas encore l'œuvre que cet enregistrement est original dans le bouquet des "Stabat de Pergolèse".
Alessandrini impose ses tempi bien à lui, les accents fusent, Mingardo nous fait profiter de toute l'étendue de sa voix enveloppante, allant de l'outre-tombe à des aigus fleuris (et cette intensité dramatique, aaah...). Bertagnolli et les instrumentistes (un par partie) participent activement à cet élan où l'interprétation brille par son foisonnement.
Depuis, je n'ai pas retrouvé de versions si vivante et attachante.

Merci pour ces chroniquettes !

{ Klari } at: 3 décembre 2010 à 15:52 a dit…

@Joël : ben oui, elle ne réflète pas vraiment mes émotions à la suite du concert, en fait. Pas grave, je vais en refaire une autre !
Sinon, j'ai dûment transmis le lien vers ta chroniquette à quelques colonneux, elle sera lue avec attention et sympathie :-)

@Roland : Bonjour et bienvenue pour votre premier commentaire, si je tiens bien le compte.
C'est de la triche de conseiller la première version connue, on garde toujours une relation particulière avec la toute première version d'une oeuvre qu'on écoute, celle avec laquelle la découverte se fait, je crois (je continue d'adorer la Flûte de Beecham, bien que ça ne corresponde plus vraiment à mes goûts musicaux actuels).

Mais.... c'est la version que j'ai achetée ce midi !! Entre autres pour Sara Mingardo, et aussi pour le Salve Regina de Leonardo Leo qu'on a joué aux Concerts Gais - si vous saviez comment c'est jouissif d'écrire "on l'a déjà joué". Bref. Quelques autres craquages à la boutique, notamment quelques disques avec des mentions sympathiques "gardiner", "english concert" et ce genre d'âneries. Miam !

En effet, Mingardo est impressionnante dans le registre outre-tombe, j'ai hâte de de l'écouter dans d'autres choses.

Et de rien pour les chroniquettes, tout le plaisir est pour moi !

{ Jonathan } at: 4 décembre 2010 à 13:01 a dit…

TU écris bien sur la musique, ça fait plaisir à lire. Je m'abonne allez hop ! Et bonne rencontre avec J.E.G. cet après-midi ! ;-)

{ Roland } at: 4 décembre 2010 à 19:32 a dit…

Merci pour la bienvenue :-) Je vous (te ?) lis depuis quelques temps mais sans encore laisser de traces écrites de mes passages.

Triche, peut-être mais je ne renie pas encore ce choix. Pour être précis, j'avais antérieurement deux mouvements du Stabat dans une compil de chez DG. Mais dans une interprétation chevrotante à souhait. Même si à l'époque je ne savais pas que j'étais baroqueux, cette version ne me plaisait pas vraiment. Et puis j'ai écouté le CD en question ! (le même que le tien à la différence de l'autre oeuvre gravée : tu as le Salve Regina de Leonardo Leo ? j'ai le Stabat Mater d'Alessandro Scarlatti. La direction artistique de Naïve aurait-elle changée entre temps ? ^^)

Déjà joué ? Je connais ce sentiment ;-) Il m'est déjà arrivé de dire "quand j'étais soliste dans le Te Deum de Charpentier ..." ^^ Petites concessions à la bienséance mais à chaque concert ses souvenirs magiques.

Bon appétit pour dévorer tes achats (si ce n'est déjà fait !)

{ Klari } at: 6 décembre 2010 à 20:21 a dit…

@Jonathan : merci !

@Roland : On ne naît pas baroqueux, on le devient ? ;-)
Tu as raison, le 2è morceau sur le CD est le Stabat Mater de Scarlatti, mais, mais ! Il était vendu en coffret, et sur l'un des deux autres cd, j'ai le Salve Regina de Leo Leo.

{ Roland } at: 8 décembre 2010 à 12:10 a dit…

Euh Joker ^^

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