lundi 6 décembre 2010

Stabat Mater à Pleyel, deuxième tentative de chroniquettage


2 Comms'
Salle Pleyel, mardi 30 novembre 20h30

Salve Regina, Nicola Porpora
Nisi Dominus, Vivaldi
Stabat Mater, Pergolesi

The English Concert, dir. Harry Bickett, Anna Caterina Antonacci (soprano), Sara Mingardo (contralto)


Manifestement, ma première chroniquette n'avait pas rendu justice au Stabat Mater de mardi dernier : j'ai en effet passé la semaine entière dans un état d'euphorie, écoutant enregistrement après enregistrement du Nisi Dominus, ne redescendant sur terre que pour quelques instants, le temps d'entrer mon code de carte bleue chez le disquaire de la Cité de la Musique. Bref, écrire "c'était vachement bien" et omettre d'évoquer les choses qui m'avaient le plus marquée pendant ce concert, c'était un peu limite.

Qu'est-ce que j'aurais du écrire ?

Primo, j'ai oublié de mentionner l'accord de l'orchestre. D'ordinaire, l'orchestre s'installe, traînant la savate, le hautbois attend (plus ou moins) patiemment que ses collègues finissent le débrief du week-end puis joue un la à la hauteur de son choix. Lequel est repris par le violon solo, qui essaie tant bien que mal d'imposer son la à l'orchestre, pendant que les cors révisent le trait qui hante leurs cauchemars, que le tuba entonne une petite gamme dans une autre tonalité, que les altistes finissent leur café etc, etc. Pensez Marché d'Aligre vers 10h du matin.

Ici (d'ailleurs, prenez le temps d'écouter Pierre Charvet commenter le début du concert, sur France Mu', on entend l'English Concert s'accorder doucement dans le fond), l'orgue, en donnant les principaux accords de la tonalité, crée d'une part une ambiance sonore apaisante, surtout prépare à l'écoute de l'œuvre qui suit et permet aux instruments à cordes de s'accorder de manière bien plus fine, j'imagine, que sur un vulgaire la de hautbois.

Quelques investigations plus tard, je découvre avec stupéfaction que l'accord d'un orchestre est un sujet bien plus complexe que je ne me l'imaginais - moi qui pensais qu'il suffisait de tourner la cheville de son violon dans un sens puis dans l'autre, en penchant une oreille inspirée vers la mentonnière. Je lis des choses de ce type :

"Pour un accord rapide, opérer ainsi; le résultat est un accord en Do, pour A3= 415Hz. Prendre un diapason à 440Hz et accorder le Si♭. Accorder ensuite en montant , à la quinte pure, le Fa et le Do.

Puis accorder en descendant du Si♭, successivement quatre quintes pures. La dernière note accordée est Sol♭. Nous avons ainsi accordé les six quintes pures du tempérament de Vallotti-Tartini. Bien se familiariser avec les tierces issues de ce début d' accord (La♭-Do, Sol♭-Si♭) qui sonnent "tendues" car leur rapport est de 81/64, typique d' une justesse pythagoricienne.

Le tempérament proprement dit commence à partir du Sol♭ qu'il vaut mieux appeler désormais Fa#. L' accord se continue en descendant de quinte en quinte: Si, Mi, La, etc jusqu'au Sol. Pour chaque quinte, après l'avoir accordée pure, la réduire un peu, obtenir un battement lent. Dans cette formule rapide, on ne chronomètre pas les battements ; on se fonde sur la qualité de la tierce de la dernière note accordée (par ex: Si-"Mi♭ déjà accordé"), qui sonnent plus "doux" c'est-à-dire plus proches de la tierce pure (80/64) que les tierces citées au début. Vérifier la quinte Sol-"Do déjà accordé".

On obtient ainsi un tempérament polyvalent dont le ton le plus juste eut égard aux tierces est Ré maj. Les tons voisins sont excellents. Mais le Sol# (en fait La♭ issu de quintes pythagoriciennes) est un peu bas, ce qui altère la cadence en La." (source : Wikipedia)
Ben voyons. Je m'inscris en musicologie et je reviens. Je feuillette sans y comprendre grand'chose, des articles sur les inégalités dans la musique baroque, les gammes et tempéraments, les loups, les échelles, tempéraments et accordages, la justesse musicale, et j'hésite entre détaler à toutes jambes en hurlant de terreur ou me pourlécher les babines à l'idée des montagnes de choses qu'il me reste à découvrir.

Deuxio : le Nisi Dominus de Vivaldi et le Stabat Mater de Pergolèse sont des œuvres parfaites. je me rends bien compte de l'inanité du mot, mais il ne m'en vient pas d'autre à l'esprit. Écoutez les toutes premières notes du Stabat Mater : chaque note, chaque accord, suit le précédent, comme si c'était une évidence, la seule et unique possibilité à cet endroit de la partition ; la musique se déroule avec sérénité, sans perdre de vue la destination finale. Bouleversifiée, je suis.
Étrangement, il faut parfois patienter avant de tomber dans les bras d'une œuvre qui semblait pourtant n'attendre que nous : il y a cinq-six ans, j'ai eu l'occasion d'écouter ce Stabat Mater (chanté par James Bowman et Catherine Bott, mais, au risque d'attirer un lancer de tomates pourries, je n'en ai absolument aucun souvenir), sans ressentir d'attirance particulière pour l'œuvre à ce moment. Damned, six années perdues ! Et très sincèrement, je n'ai pas le moindre début d'explication quant à pourquoi et comment le Stabat m'est passé entre les deux oreilles sans laisser une trace.

Tertio : l'orchestre. Ajoutons séance tenante l'English Concert à ma liste d'orchestres préférés, où figurent déjà en bonne place le LSO et les English Baroque Soloists (concert du samedi 4 décembre, chroniquette à venir). Ils me sont tout d'abord visuellement sympathiques : les musiciennes sont habillées de jolies robes violet foncé, couleur qui s'accorde particulièrement bien avec le brun ambré des violons et des altos. Les orchestres baroques en général dégagent une énergie incroyable - un débat mené hors-blog suggère que le simple fait d'utiliser un archet baroque force une modification du geste, qui devient de facto plus alerte, vivace, joyeux. Dans leur cas, cette énergie est prodigieusement contagieuse : mon coude droit ébauche des soubresauts et galipettes, comme s'il était en possession d'un archet - baroque, bien sûr.
J'ai beau ré-écouter depuis mardi dernier d'autres enregistrements du Stabat Mater, mais je n'en trouve aucun qui égale la beauté de leur son à la fois rond, chaud, limpide, l'incroyable justesse d'accords un tantinet biscornus. Même si la viole d'amour, ça ne pardonne pas.

2 Comms':

{ Joël } at: 6 décembre 2010 à 20:25 a dit…

La viole d'amour, ne l'a-t-on pas entendue que dans le Nisi Dominus ? ou étais-je tellement concentré par le Stabat Mater que je ne l'ai point remarquée. (Par rapport aux différentes versions que tu as écoutées, que penses-tu des tempis du concert ?)
À propos des accords, je suppose que cela pourrait aussi s'appeler « De l'approximation des nombres algébriques par des nombres rationnels », notamment le fait que le logarithme de 3/2 en base 2 soit à peu près 7/12 mais pas tout à fait (bref, la quinte du « clavier bien tempéré » n'est pas tout-à-fait juste). (Le seul instrument que je torture depuis peu étant un piano électronique, je n'ai heureusement pas à me soucier de l'accorder.)

{ Klari } at: 6 décembre 2010 à 23:46 a dit…

En effet, elle n'apparait que dans le Nisi Dominus, si je ne dis pas de bêtises.

Sinon, euh, comment dire... J'ai du intégrer une fonction pour la dernière fois il y a très très très longtemps (dans une lointaine galaxie, ai-je envie d'ajouter) et "log", ça ne veut plus dire que bûche, ou historique, pour moi.

Par contre, je veux bien des explications (à MON niveau) lors du prochain Pleyel, par exemple.

Ton piano électronique ne te propose pas de tempéraments différents ? Oh le vilain.
Quant au violon, je trouve que le tempérament Klari fait relativement bien l'affaire : tant que ça sonne pas horrible, ce n'est pas complètement nécessaire de s'em*****er à tourner des chevilles qui glissent, se bloquent, tournent trop, pas assez, sautent, se cassent, crissent en début de répétition. Faut pas pousser !

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