samedi 18 décembre 2010

Sacre du Printemps - Pina Bausch


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Dimanche 12 décembre, 20h - Palais Garnier
Bausch, Balanchine, Brown.
Corps de ballet et orchestre de l'Opéra de Paris, dir. Vello Pahn.

Ce fameux jour d'ouverture des abonnements Internet à Pleyel et à Bastille, en mars dernier, je l'ai passé à gronder comme un rhinocéros enragé. Les yeux injectés de sang, je rugissais qu'il me les fallait tous, ces abonnements. Terrorisés, mes supérieurs hiérarchiques n'osaient plus rien me demander, alors que je menaçais de balancer l'ordinateur par la fenêtre - pour la quinzième fois, le site de l'Opéra de Paris plantait au lieu de traiter mon paiement par cb.

Et dimanche, c'était le premier spectacle de cet abonnement chèrement acquis : le Sacre du Printemps par Pina Bausch, accompagné de deux autres ballets, l'Apollon Musagète de Balanchine et O Zlozony de Trisha Brown.


APOLLON - GEORGE BALANCHINE
Stravinsky, Apollon musagète
Cette mention sur le programme me laisse perplexe :
LES REPRESENTATIONS D'APPOLON SONT DONNEES AVEC L'ACCORD DU GEORGE BALANCHINE TRUST SM (??) CONFORMEMENT AUX NORMES D'EXECUTION RELEVANT DU STYLE BALANCHINE AINSI QUE DE LA TECHNIQUE BALANCHINE QUI SONT ETABLIES ET FOURNIES PAR LE BALANCHINE TRUST
Hum ? Je n'arrive pas à me laisser toucher par cette écriture, oscillant entre du classique sans l'élégance aristocratique du ballet classique, et les délires d'un gamin de cinq ans. Les dandinements sur les talons des danseuses et les moulinets de bras frénétiques de l'Apollon me déroutent. Mais, oh ! la musique.

O ZLOZONY - T. BROWN
Laurie Anderson (musique)
Une voix de femme, douce et ouatée, entre la scansion et le fredonnement lit O Zlozony, un poème de Czeslaw Milosz, sur un fond musical électroniquo-bruitiste. La musique, embellie par les magnifiques consonnes douces et chuitantes du polonais, crée une ambiance onirique, irréelle, contrebalancée par une pulsation toutefois très présente. Le même contraste est perceptible dans la danse, les danseurs paraissent à la fois lointains et présents, leurs mouvements sont concentrés, tendus, mais extrêmement fluides (mes aïeux, mon blog ressemble de plus en plus à une note de prog du Théâtre de la Ville).

Mon regard s'est machinalement fixé sur un des danseurs. Evidemment, c'est Nicolas Le Riche. A ses côtés, des danseurs excellents, mais il a toujours ce quelque-chose-en-plus qui occulte tous les autres. Quoi: la gestion de l'accélération dans le mouvement ? le passage quasi-instantanté, parfaitement maîtrisé d'un état de détente à celui de tension extrême au sein du même mouvement? La prévalence de la personnalité sur la technique ? Mais quoi ?!

ENTRACTE
Des hommes en noir font leur entrée par deux, poussant des bennes remplies de terre, vidées sur le praticable. Avec des gestes remarquablement rapides, silencieux, précis, ils déposent des outils de cantonier sur les côtés du praticable, s'emparent de pelles, toutes identiques, répartissent la terre sur scène. Quelques minutes plus tard, ils troquent leur pelle pour un rateau, et dans une apparente anarchie, ratissent le plateau de long en large jusqu'à ce qu'il soit parfaitement recouvert de terre. Le terrassage du praticable, ces mouvement apparemment erratiques, mais efficaces et maîtrisés, font étrangement écho au Sacre.

LE SACRE DU PRINTEMPS -P. BAUSCH

(rien que l'idée d'écouter le Sacre me met dans un état second)

Des oppositions visuellement fortes entre des impressions de lumière et d'obscurité, de force et de fragilité (les robes diaphanes, de plus en plus souillées de terre vs. le plateau sombre). Les gestes sont beaux, saccadés, puissants. Pour la toute première fois, je ne perçois plus l'élégance racée des danseurs du corps de ballet. Ils dégagent quelque chose de primitif, ancré dans le sol, parfaitement en concordance avec la musique.

Il est arrivé jusqu'à mes oreilles de sinistres légendes sur les musiciens de l'opéra : on dit d'eux qu'ils partent avant la fin des saluts - mais ils s'attardent, debout dans la fosse, applaudissant longuement les danseurs et leur chef. Le sacre du printemps est un très agréable accroc à la routine minkusienne, j'imagine.

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