lundi 13 décembre 2010

Inside violinist


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Date et lieu du crime : Concert de l'Orchestre des Concerts Gais, Eglise de l'Oratoire du Louvre, Paris, samedi 11 décembre 2010, 20h30-23h00
Beethoven : Symphonie n°6 'Pastorale'
Brahms : Rhapsodie pour alto et choeur d'hommes (et orchestre)
Sibelius : Finlandia


Il y a cinq minuscules années, je donnais mon tout premier "concert" : un Esti Dal tiré du Mező-Dénes-Lányi-Kállay, volume 1, sous les yeux éberlués du pianiste accompagnateur, qui se demandait où on avait pu trouver une apprentie-violoniste au sens du rythme si hasardeux.
Aurait-il pu m'imaginer cinq ans plus tard, des étoiles dans les yeux, au milieu d'un chaleureux pupitre de seconds violons s'apprêtant à jouer la Pastorale dans une église remplie à ras bords ? Non ! Moi non plus, d'ailleurs.

A l'époque, je nourrissais quelques touchantes illusions sur la vie de violoniste - même amateur : ne passaient-ils donc pas le temps à virevolter d'un air inspiré en robe longue ou en queue-de-pie, discutant des avantages respectifs des Guarneri et des Stradivarius en gloussant délicatement des dernières blagues d'altiste.

Personne, pas même Gentil-Prof, ne m'avait préparée au calvaire des générales dans des églises glaciales. Nous jouons les oignons à l'envers, régulièrement, nous rajoutons une couche de vêtements. Je passe la répétition emmitouflée dans ma doudoune, la fermeture éclair remontée jusqu'au nez, et enfile, retire, remets, retire mes gants. Au moment de jouer, je regarde d'un air méchant mes doigts : si je leur fais suffisamment peur, ils se mettront peut-être à bouger ? Même pas.

Le matin du concert, je file au Monoprix, qui n'a pas de mitaines noires en stock. Un peu plus tard, je constate avec effroi que ma colophane (qui se comportait convenablement avec mon ancien archet), me fait des misères : sur les cordes, elle se transforme en gadoue dans laquelle l'archet s'embourbe, il miaule, siffle, crache. On dirait que j'ai éternué sur les cordes.
Avec quoi peut-on bien nettoyer un archet ? Je contemple mon placard à produits ménagers d'un air perplexe : lessive ? décap'four ? un peu de dissolvant pour vernis à ongles sur un coton ? du white spirit ? canard wc ? Je n'ose pas aller prendre conseil chez le luthier, je vais encore me faire engueuler. D'autant plus qu'il risque de remarquer les griffures de chat sur l'archet.

Je pars la mort dans l'âme vers l'Oratoire du Louvre avec mon archet couineur.
Les hostilités commencent avec Beethoven. Sans prévenir, les délicats ruisselets du Szene am Bach se sont transformés en torrents de montagne dans lequel je me noie*. Je me rattrape tant bien que mal aux archets des copains (mais attendez-moi? c'est quoi ce tempo de malade ?!). A peine le temps de s'ébrouer que ggrrrrrrrRRRRRRRRRROUARRR Plouf ! PLAF ! c'est l'Orage. Étrange comme le temps s'accélère, on dirait que chaque mouvement ne dure qu'une quinzaine de secondes.

Après l'entracte je savoure avec gourmandise le Brahms, dernier instant de poésie avant le Ragnarök. Prise en tenaille entre des cuivres d'humeur féroce et le chef, à la proue du drakkar, affichant une inquiétante mine de viking acariâtre, ma Valkyrie intérieure prend le contrôle, je sors du violon des Schhhhhhhkrrrrrwouah ! d'une violence dont je ne me savais pas capable. Appelez-moi Brynhildr.

Un magret de canard-Bourgogne plus tard, Gentil- prof décrète souhaiter rentrer à pied. Avec mes talons de 8 et mon barda - maquillage, violon & boîte, quelques bouquins, flyers, affiches, je boitille et gémis. Qui a dit que c'était glamour, la vie de musicien (même amateur) ??

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* à la maison, ça passait fingers in ze nose, les ruisselets. Écoeurée !

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