lundi 22 novembre 2010

Quatuors n°3 pour les Trois Soeurs


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Musique russe : Taneïev et Tchaïkovski
Athénée Jouvet - samedi 13 novembre 2010, 15h

Sergueï Taneïev Quatuor nº 3 en ré mineur op. 7
Piotr Ilitch Tchaïkovski Quatuor nº 3 en mi bémol mineur op. 30
Extraits de la correspondance d'Olga Knipper & Tchekhov
Antonin André-Requena et Pascale Meley violons, Nicolas Peyrat alto, Thomas Duran violoncelle


L'Athénée-Jouvet est un endroit parfait pour la musique de chambre : chaleureux, intimiste, il fait bon s'y réfugier les samedis grisouilloux d'hiver. Le hic : il faut affronter sans peur les meutes avides qui entrent et sortent des grandes enseignes avoisinantes, d'immenses sacs dans leur sillage.

La différence entre un instrumentiste à cordes amateur et professionnel tient à peu de choses, en fait :
- le professionnel ne se sauve pas en hurlant de terreur à la vue d'un bataillon de bémols (cf. image ci-contre),
- à la musique d'orchestre, il préfèrera la musique de chambre. Alors que l'amateur, timoré, refusera catégoriquement d'émettre un son à moins d'être entouré de quatre ou cinq coreligionnaires jouant la même partie que lui,
- il peut arriver que la fréquence de fausses notes, de crissements, de cordes-fantômes soit marginalement plus élevée chez l'amateur que chez le professionnel. Cela reste à prouver.

Par contre, il semblerait que la démarcation entre comédiens amateurs et professionnels soit plus floue : trois jeunes comédiennes lisent de magnifiques extraits des lettres d'Olga Knipper à Tchekhov*, mais leur voix vacillantes, peu assurées rendent difficile de se plonger dans le texte. C'est dommage, car les décors, des bouleaux métalliques stylisés, ainsi que les textes, ancrent la musique dans un contexte historique, culturel. En effet, le programme du concert a été choisi en résonance avec les Trois Soeurs, actuellement joué dans le théâtre.

Taneïev, comme Martinu, semble bénéficier d'un regain d'attention ces dernières années. Tant mieux, les orchestres et ensembles de chambre qui se penchent sur le sujet seront fin prêts pour le centenaire de sa mort, en 2015. Pour ma part, je découvre avec plaisir cette œuvre, mais elle est, je crains, trop délicate, trop subtile pour m'émouvoir profondément.

Après un échange de violons (je trouve ça très bien, que le poste de premier violon soit occupé tour à tour par les deux violonistes), le quatuor enchaîne sur un Tchaïkovski** aux généreux bémols. Je me régale, je retrouve la fougue, la énergie, que j'associe à Tchaïkovski, sans le caractère pompier, voire bourrin, qu'il peut afficher quand il a recours à une orchestration massive. La partition aurait été un peu triturée par les musiciens, Tchaïkovski "compose comme un pianiste, il empile les notes dans l'ordre", ce qui donnerait lieu à des torticolis de doigts chez les non-pianistes.

Je suis tout particulièrement charmée par les soubassements du quatuor : le son rond et chaud de l'alto et du violoncelle m'enchante. Apparemment, la salle favorise les graves et moi aussi, je deviens en effet avec l'âge de plus en plus indifférente au son des violons, et lorgne avec envie les altos et les violoncelles. Peut-être M. André-Requena est lui aussi un altiste en puissance, car il prend un plaisir non feint à faire ronronner sa corde de sol. Et si on transposait le répertoire du quatuor pour des formations deux altos, violoncelle et contrebasse ?

J'ai désormais mes habitudes à l'Athénée-Jouvet, mon fauteuil préféré, tout là-haut dans la galerie : j'aime beaucoup cette salle, qui malgré sa configuration à l'italienne, permet à pratiquement tous les spectateurs de voir la scène, et qui offre une sensation de proximité avec les musiciens. Par ailleurs, j'apprécie énormément d'écouter ces formations créées ad hoc, de très haut niveau, mais chez qui on ne perçoit pas le moindre soupçon de routine ou de lassitude. Par conséquent, j'ai réservé pour les deux prochains concerts de l'Orchestre de Paris à l'Athénée-Jouvet, youpi, une bonne chose de faite !

* encore une histoire d'amour à la russe qui finit mal
** tiens, mon correcteur d'orthographe veut absolument remplacer Tchaïkovski par Dostoïevski !? (Ou Tcheliabinsk, à la rigueur)

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