jeudi 4 novembre 2010

Orchestre du Capitole à Pleyel - chaud et réconfortant comme un grog


4 Comms'
Salle Pleyel - mercredi 3 novembre 2010
Orchestre du Capitole, Tugan Sokhiev (direction), Nicolas Angelich (piano)
Concerto pour piano n°20, Rachmaninov
Tableaux d'une exposition, Moussorgski (orchestration Ravel)


Arrivée largement en avance dans le quartier des Ternes, je prends quartier dans un accueillant troquet, où je commande un thé d'une voix gutturale à la Lauren Bacall*. Trop toussé. Saurais-je tenir les deux heures de concert sans éternuer, ni renifler, ni tousser ? Nécéssité, je réquisitionne les réserves de miel du Do-Ré-Mi.

J'ai hâte de faire connaissance avec cet orchestre, et avec ce chef, à propos duquel je lis des chroniquettes dithyrambiques sur mes blogs préférés depuis quelques années. Il s'est concocté un programme bien russe qui devrait lui convenir comme un gant.

La soirée commence avec l'archi-connu concerto pour piano n°2 de Rachmaninov, celui que dans mon adolescence, j'appelais le 'Rach 2' (oui, j'ai vu Shine à sa sortie), et dont j'écoutais en long, en large et en travers l'Enregistrement par Rachmaninov en personne. Soixante-dix ans de friture et de grésoullis nous séparent de la prise de son, mais quelle musique ! Quelle fougue ! Quel concentré d'émotion ! Depuis, toutes les versions que j'ai écoutées me semblent pâles des genoux, à l'exception de Nelson Freire qui s'en tire magnifiquement.
Nicolas Angelich, qui, je suppose, ne doit pas être tout à fait dans son élément,en donne une interprétation un peu déroutante, mettant en lumière des éléments anecdotiques, sans créer ce flux musical impétueux qui déracine les bouleaux sur son passage que l'on peut ressentir à l'écoute de l'Enregistrement.
Globalement, je suis surtout charmée par l'orchestre, par les cordes en particulier, dont je trouve le son délicieusement ample et chaleureux, avec ce petit quelque chose généreux, épais, que j'associe aux orchestres russes. Le souriromètre, autre bon critère d'appréciation d'orchestre monte assez haut : si les musiciens boudent, vous écouterez une soupe à la grimace. S'ils se sourient les uns aux autres, la probabilité d'écouter de la bonne musique se rapproche joyeusement de un.

Je les attends ainsi au tournant après une expédition kleenex-verre d'eau-doliprane menée avec brio pendant l'entracte. J'ai un souvenir ému des Tableaux d'une exposition, que j'ai entendu jouer l'année dernière par l'orchestre Colonne et Jean-Philippe Collard (l'orchestre et le pianiste jouaient chaque tableau à tour de rôle, l'orchestre émulant la vivacité et la virtuosité du pianiste, le pianiste cherchant presque inconsciemment à rivaliser avec la palette de couleurs de l'orchestre). Et boudiou, c'est magnifique ! Les cordes sont soyeuses, chantantes, ronronnantes, on aimerait qu'elles se roulent sur le dos pour leur chatouiller le ventre, les autres pupitres de l'orchestre ne sont pas en reste : le trompettiste sur-exposé dans la Promenade (écoutez plutôt) s'en tire magnifiquement, ce qui lui vaudra un joyeux mélange d'applaudissements et de clameurs diverses quand le chef le distinguera lors des saluts.
En général, les vents manifestent un aplomb et un engagement impressionnant, lors de leurs très nombreuses interventions solistes, même si, en chipotant un tantinet, on pourrait trouver leur son imperceptiblement moins ciselé et solide que celui de leurs confrères de l'Orchestre de Paris. Mais j'ai un faible pour les pupitres à anche double de cet orchestre. Hop, c'est dit.

Je suis postée à l'arrière-scène, derrière les cors, ce qui me permet de tenter une discrète quinte de toux silencieuse quand ils sont occupés d'une part, mais aussi de voir Tugan Sokhiev diriger. Pour les nouveaux : jeune chef en poste au Capitole depuis 2008, brillant, talentueux, etc. Contrairement à son compatriote Gergiev, pas de frétillements intempestifs de doigts, sauf dans le sémillant Ballet des poussins dans leur coques, où les gazouillis des cordes répondent aux pépiements des vents. Je suis frappée par la retenue de ses gestes, petits, mais très intenses, qui transmettent à la fois des indications de tempo et de couleur.

Etrangement, Palpatine n'est pas le seul à être intrigué par le contrebasson : un des spectateurs du premier rang de l'arrière-scène se demande en sortant quel peut bien être le mastodonte en forme de basson abandonné sur le plateau. Vendredi, un de mes voisins s'extasiait sur le méga-basson. J'avais été tentée de lui indiquer qu'il s'agissait d'un contrebasson, mais mégabasson est un nom aussi bon qu'un autre, non ?

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* Actuellement, tout le monde se marre dès que j'ouvre la bouche, je dois tomber à côté de l'effet bacallien. Humpf.

4 Comms':

{ Gamacé } at: 9 novembre 2010 à 19:46 a dit…

Voui, le Capitole je les ai entendus à Pleyel aussi l'année dernière, dans Alexandre Nevski (que je ne connaissais pas du tout). Waouh. Gros choc, impressionnée j'étais !! Et vi tiens, le chef, ça me dit quelque chose, ça rassure, on se dit que si on n'a pas Gustavo il y en a un autre :D

{ Klari } at: 9 novembre 2010 à 20:39 a dit…

Euh, je vais l'écrire tout petit car j'ai un peu honte, mais je crois que je préfère Sokhiev a Dudamel. Certes, je me pâme devant le beau vénézuélien, et le voir diriger est une expérience mystico-érotique, mais musicalement, je trouve Sokhiev plus convaicant. Je vais cependant tester ma théorie sur la durée.

Nous, aux Concerts Gais, on a trouvé notre Gustavo - tu veux venir tester le bonhomme ? Je te mets une place de côté ? (11 déc, 20h30, ca va être vaaaaachement bien)

A bientôt !

(zut, blogger me refuse tout html servant de près ou de loin à écrire en petit)

{ Gamacé } at: 13 novembre 2010 à 00:09 a dit…

Ah ben avec plaisir pour venir voir un troisième hot-chef ! :D
Pour les qualités musicales j'avoue que je ne saurais pas dire, je ne les ai entendus qu'une fois chacun, dans des oeuvres très différentes, et qui plus est Dudamel en générale (m'enfin c'est peut-être pas si grave/différent).

{ Klari } at: 15 novembre 2010 à 09:42 a dit…

Youpi ! On voit par mail pour les détails logistiques ? (si tu viens, surtout prends une prévente, c'est assez cher en 'sur-place').

De plus en plus, je me dis que, à l'instar des voitures, on ne peut juger un chef que si on l'a essayé sur quelques tours de piste. Il est malheureusement fort peu probable que j'aie l'occasion (dans cette vie du moins) d'essayer Dudamel, mais bon.. (soupir résigné)

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