mardi 23 novembre 2010

London Philharmonic & Julia Fischer aux Champs-Elysées


5 Comms'
Samedi 13 novembre, 20h - Théâtre des Champs-Elysées
LPO, Julia Fischer (violon), V. Jurowski (direction)

Anton Webern, Passacaille
Chostakovitch, Concerto pour violon n°1
Beethoven, Symphonie n°3, Héroïque


Vos yeux ne vous ont pas trahi. Vous avez bien lu LPO, pas LSO. J'ai trahi à la fois mon orchestre, et ma salle préférés. Me voici au Théâtre des Champs-Elysées, pour un concert du London Philharmonic. (Peu importe, le London Symphony est à Pleyel le lendemain ! Joie, bonheur, exultation)

Il fut un temps où pour moi, Théâtre des Champs-Élysées évoquait le Sacre du Printemps, Déserts, toute une imagerie mystérieuse mêlant histoire et culture. Depuis que je fréquente l'endroit, il me vient plutôt des impressions de torticolis, de lumbago et de genoux meurtris. Ce soir ne fait pas exception: en plus d'être trempée comme une soupe (rappelez-vous les hallebardes de samedi dernier), d'avoir risqué ma vie à plusieurs reprises*, je suis assise à une place minuscule, sans la place d'écarter mes jambes, devant ainsi me résigner à ratatiner mes genoux contre une barre de fer, coincée dans le creux si sensible entre les condyles et les ménisques. Pour arriver à coincer mes 55 cm de fémur dans cette place de 40 cm de long, je dois me résoudre à m'asseoir non sur le postérieur, mais sur mes lombaires. Mon lumbago en hibernation ouvre un oeil, s'étire, se pourlèche les babines. Et je ne vois qu'une mince moitié de la scène ! Non, je ne souffrirai pas le martyre pour les beaux yeux de Julia Fischer.

A l'aide ! Je supplie l'ouvreuse qui m'envoie illico vers un strapontin, puis détale retenir les débordements d'un troupeau de spectateurs, poussant en route des "Oh là là " affolés, provoquant quelques sourires chez une famille allemande, qui trouve ceci so typisch französich. Pendant ce temps, je m'affale en ronronnant dans le strapontin le plus confortable de l'univers. D'où je vois pratiquement tout l'orchestre. Sainte-Cécile veille sur moi !

Après une passacaille de Webern ajoutée in extremis au programme, voici la star de la soirée : Julia Fischer en personne, dans une improbable robe beige, brodée de fleurs rouges et vertes d'un autre temps, le tout surplombé de guirlandes rouges. Si ses choix vestimentaires paraissent douteux, elle a un jeu d'une présence implacable qui fait oublier l'orchestre, la robe, les conditions climatiques de la salle**. Impeccable est le maître mot : ni glissouillis, ni franfreluches, ni distance aseptisée. Il est pratiquement impossible de libérer son attention de la ligne mélodique du violon, qui déroule l'insistante mélopée du premier mouvement avec une intensité qui me mettrait presque mal à l'aise.

L'ambiance est plus folklorique quand, pendant la cadence, subitement l'orchestre s'anime : voyant la fin de la cadence approcher, tous s'affairent : les cornistes jonglent avec leurs instruments, les violonistes rajustent coussins et chiffons, les vents triturent leurs anches, les contrebasses replient leur magazine. Assister à ce genre de scène improbable me rend toujours perplexe - j'ai encore du mal à accepter que des ensembles aussi imposants puissent, aussi fréquemment, à un tel niveau d'exigence, produire un résultat irréprochable. Statistiquement, ça devrait être impossible.

Après l'entracte, le plat de résistance : la symphonie Héroïque de Beethoven. Laurent m'avait prévenue : d'une part, la partition est revue et corrigée par Mahler, d'autre part, Jurowski a instauré un mur de contrebasses, surplombant tout l'orchestre, au fond.
D'après le programme, les modifications de Mahler sont minimes (ouf) : compléter un solo de trompette tronqué pour causes techniques, ajouter ou retirer quelques touches par-ci par-là. Par ailleurs, le mur de contrebasses est réellement fascinant : il attire l'écoute sur les basses, et l'impact visuel est fort : les archets des contrebassistes sont parfaitement alignés, on croirait voir un archet unique d'une dizaine de mètres de long. L'impression visuelle donnée par le geste - un ploumet délicat, un coup d'archet ferme et décidé complète les sensations auditives.

Cette troisième est irréprochable. Un premier mouvement haletant et nerveux à souhait, une cavalcade de cuivres pétillantes et belliqueuse, un dernier mouvement flamboyant. C'est parfait. Etrangement, je me rappelle être sortie de bien meilleure humeur de Pleyel après une Héroïque correspondant pourtant moins à mes goûts. Je me demande si le confort de la salle n'y est pas pour quelque chose. Vivement que le LPO ait lui aussi une résidence à Pleyel. Ou mieux encore, à la Philharmonie !

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* j'ai miraculeusement survécu à un lancer de cigarettes allumées, et à une bousculade qui a bien failli me faire dégringoler du premier balcon (je sais bien que ça va m'arriver un jour)
** il fait une chaleur étouffante,je lutte contre l'assoupissement

5 Comms':

{ Rameau } at: 25 novembre 2010 à 00:14 a dit…

Ne me dis pas que ce n'était pas possible de se replacer ? Certes, le TCE est une salle où il faut le faire discrètement, mais quand même... A part Vienne, les concerts d'orchestre ne sont d'habitude jamais pleins, on peut toujours "s'arranger"...

{ Klari } at: 25 novembre 2010 à 01:27 a dit…

C'était presque plein. Disons à 97%. Mais c'est que je me suis replacée - et ce strapontin du premier balcon m'a offert une vue excellente sur le plateau.

Par contre, pour l'anecdote, je n'ose jamais me replacer loin de ma place d'origine - j'ai toujours l'impression que la salle entière sait que j'usurpe mon nouveau fauteuil et me regarde d'un oeil courroucé. Je m'attends toujours à ce que le service d'ordre m'attrape par la peau du cou et me fasse regagner ma place fissa.

{ Klari } at: 25 novembre 2010 à 10:21 a dit…

PS: Fascinant, ce débat chez toi, sur l'Opéra de Metz.

{ bladsurb } at: 25 novembre 2010 à 10:25 a dit…

Le concert ayant été enregistré par FranceMusiques, il est actuellement diffusé, et sera disponible quelques temps ici :
http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/concert-matin/emission.php?e_id=80000054&d_id=420000594

{ Klari } at: 25 novembre 2010 à 10:31 a dit…

Oui !!! C'est même pire que ça, ils ont en diffusé un extrait sur France Mu, vers 9h et quelques, alors que je m'apprêtais à partir.

La grôôsse surprise : le son de Julia Fischer est mieux retransmis sur le haut-parleur pourri de mon radio-réveil qu'au premier balcon du TCE. Je pouvais presque palper la rondeur de son son (ahhh, mais quel son, quelle sensualité, quelle classe, quelle présence! (je crois que je suis secrètement amoureuse de Julia Fischer))

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