jeudi 7 octobre 2010

Vaisseau Fantôme - Bastille


1 Comms'
Le Vaisseau fantôme / Der Fliegende Holländer, Wagner
Opéra Bastille - mercredi 6 octobre, 19h30

Matti Salminen, Daland,
Adrianne Pieczonka, Senta
Klaus Florian Vogt, Erik
Marie-Ange Todorovitch, Mary
Bernard Richter, der Steurmann (le pilote)
James Morris, Der Holländer
Peter Schneider, direction - Public et musiciens, toux et schourlfs.


En revenant de chez le dentiste, je réalise avec stupeur que mon premier et dernier vaisseau fantôme date d'à peu près aussi longtemps que mon dernier rendez-vous chez le dentiste. J'étais gosse, l'opéra était chanté en hongrois (aïe), les sur-titres n'étaient pas encore à l'ordre du jour (ouïlle), et je ne disposais que d'un livret en langues exotiques. Hongrois, allemand, anglais, probablement. Ce qui explique pourquoi je vais aussi rarement écouter un Wagner à l'opéra que chez le dentiste.
Heureusement, Richard a remis les pendules à l'heure en 2008, mettant un lien le podcast-référence sur le Ring, à écouter, ré-écouter sans modération. Depuis, Wagner m'intrigue.

Aller à l'opéra avec une collègue peut s'avérer cocasse. Très vite, la conversation dégénère : "la signalétique de l'accueil pèche ... tu as une idée de leur budget de maintenance ? .. le flux des visiteurs sortant est mal géré, les Romains faisaient déjà vachement mieux.. bizarre, ce matériau..tu crois qu'il y a un code-barres sur la porte coupe-feu ?". Nous en sourions et nous amusons de l'ambiance de supermarché qui règne dans le hall d'entrée : des stands de livre, de CD, et des jeunes gens un peu partout qui coassent "Demandez le progrâââme !"

Le prélude du Vaisseau Fantôme, magnifique et jubilatoire, présente bon nombre des motifs repris plus tard dans l'opéra, qu'on peut s'amuser à identifier - même si, à mon sens, la musique n'évolue pas encore organiquement comme dans le Ring. Encore un peu timides, l'exploitation de ces motifs. Je suis charmée par les décors, minimalistes mais suffisants, un peu dérangée toutefois par tous ces plans obliques qui me donnent le mal de mer.

Je souffre d'un court moment d'absence peu après la première intervention des fileuses. Trop de musique, trop de son, mon attention vagabonde. Je suppose que je dois avoir plus de facilités à mon concentrer sur des musiques plus austères et aérées (on trouve beaucoup de renaissance et de dhrupad sur mon ipod, ces derniers temps - un soupçon d'Abba, aussi). Mais l'histoire, la musique (et la voix de Senta) me remettent dans le droit chemin. La rencontre de Senta et du Hollandais est électrique, soulignée par une musique diaboliquement efficace : les ondes sonores court-circuitent les oreilles pour titiller à la source les canaux lacrymaux.

Manifestement, les voix sont plutôt d'obédience wagnérienne. Aussi amples, sonores, et sombres que l'orchestre. Tous sauf Erik, (chanté par Klaus Florian Vogt, transfuge de chez Mozart) la voix de la raison dans cet opéra. Que tous ignorent allègrement : il est mis à mal par ces rustauds de marins, avant que Senta ne le quitte définitivement. Étrangement, au moment de son aria désespéré, la musique franchit un trou de ver spatio-musical pour se retrouver presque chez Mozart : soudain, l'orchestration s'allège, laisse s'épanouir son ténor délicat. Comme un lointain descendant de Don Ottavio, un ovni échappé d'un roman sensible parachuté dans un environnement de zinzins prêts à se jeter dans le Rhin les uns après les autres, à grands coup de sturm und drang. Foutu XIXè siècle.

L'oeuvre ne dure "que" deux heures et demie - sauf pour le cor anglais, qui à filé à la fin du prélude, mais il faut saluer la performance à la fois sportive et musicale que représente une telle oeuvre : les cornistes enchaînent les solos, ça tricote sans interruption chez les cordes, les solistes chantent (et à quel volume!) vaillamment.

Récemment, j'ai fait un test sur facebook, je crois, sensé définir mon profil musical : mozartien ou wagnérien. Le test m'a proclamée wagnérienne : analytique, réfléchie, sombre, paraît-il. Ceci dit, sur une île déserte, Mozart vient avec. Après tout, j'irais volontiers écouter le Siegfried et le Crépuscule des Dieux au printemps.. Et je me réjouis d'avance de ne plus avoir à soliloquer demain au bureau, d'enfin papoter musique à la machine à café ! Hourrah !
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Ailleuurs : Livres et cinéma, Fomalhaut (beaucoup de photos), Carnets sur sol, Carnet sur sol - un autre article, e-torpedo, Opera Chroniques et Palp'. Et certainement de nombreux autres.

1 Comms':

{ makeityourring diamond engagement rings } at: 12 décembre 2011 à 11:56 a dit…

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