mardi 19 octobre 2010

Trois symphonies, trois chefs, un orchestre


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"Talents chef d'orchestre 2010"
Salle Gaveau, 12 oct 2010, 20h
Orchestre Colonne, Direction : Elisabeth Askren, Stilian Kirov, Gwennolé Rufet.
Mozart, LA 40ième en sol mineur,
Beethoven, Symphonie n°2
Prokofiev, Symphonie Classique


Le concept de "Un concert, trois chefs" (quatre, en comptant M. Petitgirard qui présente la nouvelle garde) est alléchant, comme une farandole de pâtes, un café gourmand, un ballotin de chocolat. Ne pas avoir à choisir, comparer, et tenter - vainement, d'identifier un chocolat meilleur qu'un autre.

La première édition des Talents Chef d'Orchestre a eu lieu il y a deux ans (que le temps passe vite), et peu de choses ont changé : le concert commence par une saynète rigolote, illustrant les talents de comédiens de M. Petitgirard. Une des plaisanterie de septembre 2008 revient : ceux dont la sonnerie de téléphone n'est pas en sol mineur (sol, si bémol, ré, à la rigueur un fa de temps en temps) sont priés d'éteindre leur téléphone portable. En 2008, seules les sonneries en do majeur étaient tolérées.
D'autres choses ont changé entre temps : Djac est temporairement alto solo, le co-soliste s'est entre temps vu affublé du titre Gentil-Prof, le jeune homme au fond des violons est devenu mon co-pupitre au dernier concert des Concerts Gais, et la veille, un dîner de copains d'école a révélé qu'une des violoncelles est la tante d'un ancien camarade de classe. En 2010, je peux ainsi proclamer l'opération "Infiltration Colonne" achevée : trois Colonneux sont venus grossir les rangs des Concerts Gais en avril dernier, visons cinq l'année prochaine. Ou attaquons-nous à un autre orchestre, le Philhar' ? le National ?

Voir se succéder ces combinaisons chef-orchestre-symphonies me donne l'impression d'assister à un entretien de recrutement. Je crois qu'on ne sait jamais vraiment ce qui fait qu'un entretien est un réussite. Ou une débâcle innommable. Parfois le candidat est incompétent, certes, mais le recruteur peut être distrait, ressentir des préjugés, avoir ses règles. Dans d'autres cas, la conversation ne se dirige jamais vers les sujets épineux qui auraient permis au candidat de briller, ou de se liquéfier. Ou de révéler que le recruteur avait plus de points communs avec un tueur à gages du KGB qu'avec un être humain. Le paragraphe précédent marche aussi si vous remplacez candidat par chef d'orchestre, recruteur par orchestre et conversation par symphonie. On peut arguer du fait qu'un orchestre souffre de douleurs menstruelles, mais j'ai mes réserves sur la question.

Le Mozart se passe très bien. L'oeuvre est tellement belle en soi, que même les efforts concertés des pires orchestres et du pire chef du monde (je ne fais référence ici ni à l'orchestre Colonne ni à M. Ruflé) ne pourraient la gâter. Je savoure le son rond et chaleureux des altos et des violoncelles, en particulier les dougoudigui d'alto, spécifiques au premier mouvement. Fort de son expérience sur le sujet, en particulier de la rédaction d'une mini-thèse sur l'impact des dougouduigui sur la musique classique en général et la forme symphonie en particulier, Djac altosolise avec maestria le Mozart. Côté premiers violons, des bruits de ronchonnade me reviennent aux oreilles. Il paraîtrait que certains considèrent l'irruption d'un tempo de valse chez Mozart une impardonnable transgression.

Après l'entracte, le Beethoven. Sur le programme on lit
2.1 1 Adagio molto - Allegro con brio
2.2 2 Larghetto
2.2 3 Allegro etc.

Un petit stagiaire a mené une vaillante lutte avec l'option numérotation de MS Word. Et a perdu.
Dans l'adagio, l'accent est lourdement mis sur le molto de 'adagio molto'. Je crains pour la suite, cette introduction malingre et anémiée n'augure rien de bon. Mais l'arrivée des tempi énergiques annonce une époque plus glorieuse. Le chef, un jeune bulgare, est des trois celui qui est le plus à l'aise avec l'idée de gesticuler bêtement devant quelques centaines de personnes. Ses gestes sont plus larges, plus francs, par là-même plus précis et plus lisibles.

La symphonie classique de Prokofiev m'agace un peu. Classique sans être du Mozart - déficient par essence, j'aurais aimé qu'on ne se contente pas de la jouer proprement, au tempo canonique. J'aurais voulu de la fantaisie, du second degré, qu'on me montre où sont les prokofieveries dans cette musique un peu terne et convenable. Le Prokofiev est dirigé par une femme, c'est bien. Les femmes chef d'orchestre sont rares, trop rares. Je vais lamentablement manquer une conférence de Claire Gibault, début novembre. Je lui aurais volontiers demandé en bafouillant un autographe, ainsi que l'imitation de la signature de mon John Eliot adoré, dont elle a longtemps été l'assistante (hiii).

Il faut quand même avouer que malgré tous leurs efforts, l'Adami, Colonne et ces jeunes chefs n'arrivent pas à cheville des Concerts Gais et de leur Jeune & Talentueux Chef Adoré : ça se passe le 11 décembre à 20h30 à l'Oratoire du Louvre, il y aura de jeunes et belles mezzos, des choeurs d'hommes, du Beethoven pêchu à souhait, des gentils violons, en bref, tout pour assouvir vos fantasmes musicaux les plus fous.

Aussi : Zvezdo.

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