jeudi 28 octobre 2010

Quasthoff & Camerata Salzburg, Pleyel


4 Comms'
Thomas Quasthoff - Camerata Salzburg
mardi 26/10 20h, Salle Pleyel

Wolfgang Amadeus Mozart : Ballettmusik "Les petits riens", Récitatif et air "Così dunque tradisci", Air de concert "Per questa bella mano", Air de concert "Mentre ti lascio, o figlia", "Rivolgete a lui lo sguardo", "In diesen heil'gen Hallen" (bis)
Joseph Haydn : Symphonie n° 85 "La Reine"


Aujourd'hui, j'ai mis des talons. Bilan , auto-croche-pied & glissade sur les genoux dans le métro le matin, roulé-boulé dans un escalier en pierre le soir. J'arrive en boitillant à Pleyel, l'amour-propre en miettes, les tibias violets et ornés de bosses. Joie, miracle. Les spectateurs de l'arrière-scène, dont je fais partie, sont replacés à l'orchestre. Moins de marches à gravir ! A moi un confortable fauteuil, près des musiciens, où je peux confortablement étendre mes jambes.

J'ai acheté sur un coup de tête un billet pour ce concert : 'Mozart' et 'Camerata' figurent sur l'emballage, c'est plutôt bon signe. J'apprécie de plus en plus ces formations souples de taille réduite, de type Chambre Philharmonique, Dissonances, qui exsudent un enthousiasme, un plaisir de jouer ensemble que je pensais réservés aux amateurs. Si on avait le temps, on pourrait d'ailleurs discuter du positionnement amateur de la Chambre Philharmonique. Et que demande le peuple, il y a plein de hongrois chez les cordes de la Camerata.
Étiquetage toutefois trompeur, car on nous sert en entrée 'les Petits Riens', musique de ballet en 16 morçeaux dont seule la moitié est de Mozart. On reconnaît parfois le non-Mozart à certaines ignominies musicales (non, Mozart n'aurait jamais écrit des vvvvooooooum aussi bourrins pour des altos, je proteste énergiquement), on reconnaît l'authentique Mozart à son je-ne-sais-quoi à la fois simple et complexe, sophistiqué et limpide.

J'avoue, je fais partie de ceux qui n'ont jamais entendu parler de Thomas Quasthoff, pourtant très connu pour une voix de baryton-basse exceptionnelle, et pour sa maman, médicamentée à la thalidomide dans les années 50.
Quand il arrive sur scène, j'ai un instant de crainte - serai-je capable de faire abstraction d'une vague fascination morbide ? Saurai-je apprécier le chant sans être influencée par des sentiments de gêne, pitié ou de compassion ? Or, dès que M. Quasthoff se met à chanter, après avoir grimpé un petit escalier formé d'estrades et s'être juché sur un tabouret de piano, ces interrogations sont balayées. Il ne reste plus que la musique, et un magnifique chanteur, engagé et charismatique.
S'ajoute à une présence extraordinaire un sens de l'humour délicieux : annonçant - sans accent, que son français est un désastre, il explique pourquoi Mozart a composé un truc diabolique pour contrebasse soliste. Sa femme aurait eu une aventure avec un contrebassiste, how french, s'exclame t'il.
(Ca nous change des feulements et des rodomontades de Patricia Petibon)

La voix de Thomas Quasthoff est magnifique, de beaux aigus clairs et aisés, des graves amples, faciles, sonores. Un petit quelque chose me chiffonne dans ses médiums, un petit quelque chose un peu rauque, métallique, peut-être ? Immensément compensé par l'intensité avec laquelle il habite son texte.

Au rang H, je reste suffisamment proche des musiciens pour admirer la précision avec laquelle le premier violon, qui doit aussi diriger, se cale sur les respirations, le rythme de M. Quasthoff. Parfois son pied droit fait mine de s'envoler, mais il garde une certaine dignité, évitant les bonds et galipettes auxquels ont recours certains de ses congénères premier-violons. On reconnaît le jeune altiste co-soliste, déjà présent le samedi soir, avec l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique, resté à Paris attendre ses collègues de la Camerata Salzburg. Sa technique de co-soliste n'a pas évolué d'un iota : coup d'oeil au voisin de droite - sourire - coup d'oeil à gauche - risette - on démarre.
J'adopte immédiatement cette astuce : coup d'oeil à gauche, oh ! une lectrice et amie. Nous échangeons moults sourires ravis, et papotons barytons, techniques de chute en talons et chefs d'orchestre anglais pendant l'entracte.

En dessert, la symphonie 'La Reine' de Haydn, une pièce délicieuse comme on n'en fait plus depuis trop longtemps. Appréciant sûrement l'absence de chef, les musiciens semblent savourer de pouvoir vraiment faire de la musique ensemble. Foin de ploums et pooons isolés, noyés dans la masse. Avec le même enthousiasme que les Menus Plaisirs des Concerts Gais, et un minuscule brin plus de technique, ils donnent un excellent aperçu du plaisir qui peut être pris à jouer de la musique en groupe. Je les vois partir avec un petit pincement au coeur - d'autant plus que je serais bien restée encore quelque temps dans mon bon fauteuil : ça grogne dans les tibias.

Aussi : Joël.

4 Comms':

{ Joël } at: 28 octobre 2010 à 13:11 a dit…

Une image vient de me revenir en mémoire : j'ai aimé la façon dont, le concert terminé, ils se salués les uns les autres, poignées de mains et accolades...

{ Klari } at: 28 octobre 2010 à 14:06 a dit…

Oui, moi aussi ! Et c'est d'ailleurs quelque chose que l'on observe souvent dans ces formations ad hoc. je me rappelle les généreuses accolades des musiciens de la Chambre Philharmonique (surtout qu'ils viennent de toute l'Europe, j'imagine qu'ils ne se croisent pas tous les 4 matins !), itou pour les loustics de l'Orchestre Romantique (..). Je pense que le plaisir d'être ensemble, de se retrouver, doit impacter la qualité du son. Après tout, ce n'est pas comme si tu retrouvais les même collègues répé après répé après répé. Evidemment, on peut s'opposer l'argument inverse : jouer toujours ensemble permet de façonner un son sur la durée..

Ah, bref, de toute façon, il faut de tout pour faire un monde ;-)

{ Gamacé } at: 3 novembre 2010 à 14:22 a dit…

Ah ben alors, j'ai croisé Joël ce soir-là qui m'a juré que tu n'y étais pas !! (bon moi c'était de dernière minute, j'aurais pas pu prévenir).
Et par contre je suis impressionnée : je serais incapable de faire un compte-rendu aussi détaillé ! (c'est l'analyse de l'instrumentiste). Et j'ai été impressionnée par la voix de Thomas Quasthoff aussi, que je ne connaissais pas non plus.

{ Klari } at: 4 novembre 2010 à 01:14 a dit…

Coucou ! Dans mon cas aussi, une décision de dernière minute. Ou de derniers jours, disons.

Détaillé ? Ah, disons que je raconte ma vie en long et en large ! En fait, je triche : j'ai un petit calepin dans lequel je note les choses qui me passent par la tête pendant le concert. Sinon, je les oublie dans la demi-heure. Réincarnation humaine de la linotte : la klari.

A lundi prochain ?! ;-)

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