vendredi 1 octobre 2010

Orchestre de Paris (Widmann, Dvorak, Beethoven)


4 Comms'
Salle Pleyel, Paris • 29.9.10 à 20h
Orchestre de Paris, Christoph von Dohnányi

Jörg Widmann (1973–) : Con Brio, ouverture de concert
Dvořák : concerto pour piano (Martin Helmchen, piano)
Beethoven : symphonie n° 3


En consultant le site de la salle Pleyel pour imprimer (en mode économie d'encre, cela va de soi) le programme de la soirée, j'avais été bien surprise de voir que ce concert figurait dans l'abonnement 'Création contemporaine' ! Beethoven ? Dvorak ?! 12 minutes de contemporain - au demeurant très écoutable, ont suffi à faire fuir les habitués de l'Orchestre de Paris. Le staff et les musiciens de l'orchestre ont de nombreuses invitations à distribuer: l'âge moyen de l'assistance s'en voit réduit, et on verra pendant l'entracte plusieurs petits attroupements autour de musiciens, de parents et amis, venus applaudir leur ami-frère-père-mère-soeur.

Je crois que le hall de Pleyel est devenu mon deuxième salon - en plus des fauteuils, à l'abri des griffes d'un chat trop enthousiaste, j'ai l'immense plaisir d'y retrouver la généreuse donatrice de l'invitation, un vieux copain du lycée (aïe, ça ne nous rajeunit pas), la propriétaire de la bouteille de byrrrh et je crois apercevoir au détour d'une rangée le chapeau de Palpatine.

L'orchestre brouille les pistes : les altos sont à la place des violoncelles, les seconds à la droite du chef, etc. Le Con Brio qui a terrifié l'audience s'avère relativement accessible - à défaut d'être jouable (il paraît que c'est une vacherie sans nom de mise en place). Les instruments sont sollicités pour de divers fffrrrrt, prouhourhwhou, et autres bruits improbables - je suis incapable d'identifier la provenance de certains sons, mais sans exagération, ce n'est pas du Lachenmann.

Un jeune pianiste aux allures d'adolescent efflanqué vient s'attaquer au Dvorak - il joue avec une sensibilité et une délicatesse indéniables, mais son jeu est trop en demi-teintes pour me tirer de l'endormissement qui me vient automatiquement à l'écoute d'une musique aussi indécrottablement romantique. Je continue dans ma tête la conversation entamée quelques semaines auparavant avec un ami, à propos du concept de concert numérique. Je savoure trop la liberté de choisir mon point de vue : alors qu'un caméraman préfère sans doute fixer la mine inspirée (et par là-même assez ridicule) du chef, je préfère rêvasser en contemplant le basson qui dodeline paisiblement derrière le piano, les contrebasses qui se dandinent, le poignet élégamment éclairé d'un des violonistes.

Je compte sur la Troisième pour me revigorer - symphonie initialement dédiée à Bonaparte avant qu'il ne se proclame Empereur "maintenant, il va, comme les autres, fouler aux pieds les Droits de l'Homme et n'obéir qu'à ses ambitions : il ne sera guère qu'un tyran de plus.." lit-on dans le programme*. La grande tradition des hommes d'état à la française, je suppose. On a un très bon orchestre, une symphonie hors du commun : tout se passe bien. Les cordes (16-14-12-10-8 (y'a tout le monde?!) sont frénétiques, les vents enchaînent les magnifiques solos (en particulier le hautbois). On m'a toujours dit que cette symphonie est absolument euphorisante (à jouer), Beethoven sachant faire monter la mayonnaise comme personne. A voir les gestes de plus en plus nerveux des musiciens - l'amplitude du dandinement des contrebasses s'est accrue, les violonistes appuient certains accents de balancements saccadés du buste, les violoncelles ont ce petit mouvement de tête qui leur est propre. Étrangement, les cors sont les plus sereins, se préparant peut-être psychologiquement à leur impressionnante ribambelle de notes du troisième mouvement.

C'est toutefois à la musique ce que le goulasch est à la gastronomie. Avec beaucoup de saindoux. Réconfortant et goûtu sans aucun doute, mais un peu lourd. Le parti pris d'adoucir le dernier accord des flamboyants PLOUM! PLOUM! PLOUM! PLOUM! du premier mouvement me déçoit un peu. Nourrie que je suis à la sauce Harnoncourt, je me suis habituée à trépigner sur mon canapé, la tension - pourtant très contrôlée, qu'il installe est pratiquement insoutenable, en particulier par le biais de redoutables PLOUM! PLOUM! d'une brutalité parfaitement pertinente. Pas de plouhoum chaleureux et vibré qui viendrait réconforter l'auditeur chez lui.

Le concert de février dernier (mes Gardiner et LSO adorés sur les 1èere et 9ème de Beethoven) m'a définitivement fait passé du côté HIP** de la force. Tout ça n'est pas très hip,n'est-ce-pas, et je suis un peu submergée : trop de monde, trop de son trop épais, trop de vibrato, mais la troisième reste toutefois bigrement efficace et bonnehumeurogène.

Tout ça se finit au Do-Ré-Mi. Deux demi, me voici déjà un peu trop de bonne humeur. Plus vingt ans, moi.

A lire aussi : Laurent, Palpatine, Grignotages

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*Ceci prouve aussi la supériorité intellectuelle de Beethoven sur ma prof d'histoire du lycée, qui vénérait Bonaparte. Je m'étais sournoisement vengée en lui décrivant par le menu, en deux copies doubles, la célèbre bataille d'Iéna, qui avait vu s'affronter Bonaparte et Bismarck.
** historically informed performance. Je ne crois pas que ce terme ait réellement un équivalent en français. baroqueux est vraiment trop restrictif. Et un tantinet péjoratif, non ?

4 Comms':

{ bladsurb } at: 3 octobre 2010 à 19:22 a dit…

J'avais qualifié le programme "contemporain" de la salle Pleyel cette année de "foutage de gueule". http://bladsurb.blogspot.com/2010/03/salle-pleyel-saison-2010-2011.html
Il est en fait particulièrement raté, si son nom suffit à éloigner le public traditionnel, alors que le contenu attire si peu les amateurs de contemporain.

Pour traduire HIP, il faudrait étendre la notion "sur instruments d'époque", peut-être un truc genre "en interprétation d'époque" ?

{ Klari } at: 4 octobre 2010 à 11:56 a dit…

Oui, je me rappelle, j'avais lu ton billet quand tu l'avais posté.

En effet, d'un point de vue marketing, c'est un parfait exemple de positionnement "entre deux chaises". Je pense qu'un moderneux comme toi doit être mal à l'aise à l'idée d'un programme 80% Beethoven et Dvorak, et un romantiqueux-classiqueux effarouché par la mention "création contemporaine". Très perplexant, tout ça.

On en avait déjà discuté, je crois, si je me souviens bien, tu n'aimes pas la programmation du type 'Colonne', i.e. une pièce contemporaine qu'il pleuve, qu'il grêle, qu'il vente - moi si ! Mais tu admettras que ça a le mérite d'être franc du collier. Le format de leurs concerts se veut classique, avec un soupçon de contemporain, et est annoncé comme tel !

On se voit bientôt à un concert ? Je sècherai (comme toujours..) le prochain paris-carnet. Tu diras coucou à Gamacé de ma part ?

A bientôt !

sax at: 7 octobre 2010 à 20:43 a dit…

"C'est toutefois à la musique ce que le goulasch est à la gastronomie."

Ou comment se fâcher en une seule phrase avec les amateurs de Beethoven et avec les amateurs de goulash

{ Klari } at: 7 octobre 2010 à 20:51 a dit…

Oups ! C'est pas faux, mais c'est hors contexte !! Pas fâché, j'espère ?

J'ai écrit, n'est-ce-pas, que c'est 'goûtu et réconfortant'. ;-) Et je pense que les Beethovenomaniaques ne me tiendront pas rigueur de préférer Beethoven à la sauce Harnoncourt. Ou Gardiner.

Et puis, j'adooooore Beethoven et le goulasch ;-)

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