lundi 4 octobre 2010

Les quatre percussionnistes


2 Comms'
Samedi 2 octobre - 15h, Athénée-Jouvet.
Nicolas Martynciow, Eric Sammut, Emmanuel Curt & Florent Jodelet : percussions

John Cage : 3e construction quatuor de percussions
Béla Bartók / Luciano Berio : Transcription de duos pour violon de Bartók et de Berio pour quatuor de percussions
John Cage : She is asleep quatuor de percussions
Eric Sammut : Lost in the Ocean quatuor pour deux vibraphones et deux marimbas
Nicolas Martynciow : Sweet Swaff quatuor de percussions


Dans l'ordre musiciens d'orchestre, la famille percussionistes m'intrigue particulièrement. Certes, j'ai mes chouchous : en premier, le timbalier du LSO pour l'introduction de La Mer. Et parce que, j'en suis certaine, il a joué dans Star Wars. J'apprécie aussi le cymbalier du LSO : j'aime le regarder somnoler pendant une heure, ouvrir un oeil, s'étirer langoureusement, puis assener un pssscccchhhwwhii à réveiller les morts. Last but not least, le jeune timbalier de Radio-France, qui avait assené un épique coup de timbale, comme un implacable couperet, à la fin du Des Knaben Wunderhorn, dont le souvenir me fait encore sursauter.

Assurément, ils habitent un monde mystérieux : leurs partitions sont illisibles, leurs coutumes étranges, leur habileté à compter ("mesure 1966, un chbilm? , pas de problème, chef !") impressionnante. Je m'apprête à en observer quatre dans leur environnement naturel avec une immense curiosité.

L'environnement s'est adapté à leurs besoins. La scène est recouverte jusque dans les moindres recoins. Je ne sais reconnaître que les timbales et le triangle. Or il y a de tout, sauf timbales et triangles. De lointains cousins de nos xylophones d'enfant. Une douzaine de cylindres de toutes tailles couverts de peau. Des machines à grou. Une machine à pshrr. Des guéridons couverts de mailloches. Si la plupart des objets semblent provenir d'un magasin de percussions, ils ont du faire un détour au Galeries Lafayette Maison ou dans un magasin de jouets pour compléter leur attirail. On distingue en effet un jeu de casseroles renversées, à moins que ce ne soient des thermos, ainsi qu'une tête de balai (ce balai-ci, pas celui-là). Une peluche à secouer et quelques cloches de vache, évidemment.
Une voix désincarnée nous annonce que Robert Wilson n'introduira pas le concert : en plus d'être retenu à Séoul, il n'a pas la place d'intervenir sur le plateau.

Pendant tout le concert, je suis soufflée par la précision de leur gestes : attraper la paire de mailloches Z6745b, frapper, tourner la partition, poser les mailloches, ah non, les poser sur la tablette B, retenir d'une main la machine à grrrr qui manque de tomber de la chaise, attraper les castagnettes, cliquetiquecliqueclac, demi-tour, cloche de vache, sans faire de bruit inopportun, manquer un temps, ni provoquer de catastrophe domestique (pourquoi ai-je l'irrésistible certitude que le commun des mortels déclencherait une avalanche sur ce plateau surencombré ?). La disposition du plateau, même s'il a juste l'air bordélique de mon perchoir, est manifestement ultra-réfléchie. Je me fais la réflexion que des percussionnistes pourraient mener de brillantes carrière en supply chain management. Enfin. Qui souhaiterait faire de la logistique au lieu de souffler dans des boîtes de jus d'orange écrasées (John Cage) au Théâtre de l'Athénée ? A noter que le seul objet de tout le spectacle à subir une chute est un archet - un objet qui ne fait pas partie de leur quotidien.

Les morceaux sont complémentaires : le premier Cage est un festival de sons et de dynamiques, alors que la transcription de Bartok et Berio montre l'incroyable éventail de couleurs des marimbas et des vibraphones, évoquant tour à tour le violon, le cymbalum.. Lost in Ocean, pour vibraphones et marimbas, m'évoque un Debussy maritime qui aurait fricoté avec du jazz : le morceau est très doux et délicat. Sweet swaff prend le contrepied : l'attention se porte sur le rythme et les dynamiques. Quelques moments délicieusement régressifs : un des percussionnistes s'empare du balai pour jouer de la grosse caisse, juste avant un vigoureux vlan! vlan ! de cloche de vache jouissif (je soupçonne un pari "t'es pas cap' d'écrire un passage pour balai").

Il y a quelques années, j'avais été prise d'une furieuse envie de grimper sur scène pour allonger quelques taloches à un violoniste presque célèbre, qui dévouait plus d'énergie à des grimaces, mimiques et pirouettes diverses qu'à la musique. Les quatre percussionnistes sont beaucoup trop occupés pour se permettre le luxe de faire les clowns : il n'y a guère de que légers mouvements de tête ou quelques fléchissements des genoux qui laissent apercevoir leur émotion. C'est bien.

Alors que le public est déjà enchanté, ils nous régalent d'un bis luxueux : une comptine (je suppose, cela commence par Once upon a time, quant à la suite, mystère et boule de gomme, leur accent français est aussi fort que le mien) chantée a cappella depuis les loges d'avant-scène, et ça swingue que le diable ! 2011-12, je prendrai un abonnement Percus !

A lire aussi : le blog de Clémence, le blog de Clémence - un autre article, la chroniquette du blog de l'Orchestre de Paris.

2 Comms':

{ Joël } at: 5 octobre 2010 à 01:06 a dit…

En dehors des ensembles indiens (qui ont des percussions rigolotes, cf. gattam), la seule fois où je crois avoir vu un orchestre de percussions, c'était pour le ballet Kaguyahime en juin/juillet dernier, avec d'un côté des musiciens « occidentaux » et de l'autre des percussions japonaises démentielles et au milieu trois sages formant un ensemble Gagaku. C'était très impressionnant, et du côté des percussions occidentales, le nombre d'instruments au mètre carré dans la fosse de Bastille était effectivement assez élevé !

{ Klari } at: 5 octobre 2010 à 10:38 a dit…

Oh, c'est malin, ça ! J'ai du googler trois mots dès le petit déjeuner.

Ce qui m'a surpris - et que je n'ai pas vraiment fait ressortir dasn ma chroniquette, c'est à quel point les percus ne se limitent pas à un rôle rythmique, mais aussi mélodique et harmonique. Bluffée,je suis !

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