jeudi 23 septembre 2010

Roland Petit - Opéra Garnier


3 Comms'
Roland Petit - Palais Garnier
Répétition Générale
21/09/2010 - 19h30

Le Rendez-Vous (Kosma, Prévert), Le Loup (Dutilleux, Anouilh), Le Jeune Homme et la Mort (Bach, Cocteau)
Les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet, Orchestre Colonne
Yannis Pouspourikas, Direction musicale


Arrivée à Garnier, je ne me pose plus de questions : inutile d'espérer une place décente, je file à toutes jambes à la recherche d'une place dans l'air raréfié des cîmes. Chou blanc. De ma place, si je ne me contorsionne pas, je ne vois que le haut du rideau, et le magnifique plafond de Chagall. Tout espoir n'est pas mort : mon voisin de devant garde une place, le destinataire de ladite place risquant de rester coincé dans les embouteillages. Je lorgne ce fauteuil tout en adressant une prière muette au dieu des bouchons.

Prière exaucée, car je peux me faufiler au premier rang. Tout en continuant de râler contre la vision sauvagement anti-démocratique du spectacle à l'époque de la construction du bâtiment. Mes voisines de droite causent architecture. Si je disposais d'un gadget pomifère, je serais allée sur le champ sur wikipedia consulter l'article sur l'opéra Garnier, qui explique l'absence d'arbres sur l'avenue de l'Opéra, le choix des matériaux en réponse à la morosité des paysages haussmanniens, et des tas de choses qui satisferont les esprits friands d'anecdotes.

Les spectateurs de la répétition générale et de la première ont un petit supplément : le défilé du Ballet de l'Opéra et un petit ballet supplémentaire, inspiré d'un argument de Proust. Sur la musique fine, aérienne et délicate de la Marche des Troyens, défilent les tout petits de l'école de danse, chaleureusement acclamés, puis les 'grands', du corps de ballet. On reconnait les étoiles au diadème de princesse surplombant leur chignon ainsi qu'aux applaudissements plus nourris.

Le premier ballet ne commence pas sans embûches : quelques instants après le début du ballet, un rideau s'écroule sur la danseuse, encore allongée. Imperturbable, le chef continue de diriger. Il faut que Brigitte Lefèvre herself accoure sur scène pour stopper l'enthousiasme du chef. Ce n'est pas Kevin Rhodes, le chef adoré et vénéré des musiciens de l'orchestre Colonne*: qui sait réconcilier les désirs divergents des musiciens et des danseurs : les premiers préfèrent des tempo plein d'allant, quant aux danseurs, leur bonheur croît au fur et à mesure que le tempo décélère.

Le clou du spectacle est le magnifique Rendez-Vous, un who's who de l'establishment artistique du XXè siècle : musique de Joseph Kosma, chorégraphie de Roland Petit, argument de Prévert, rideau de scène par Pablo Picasso, décors de Brassaï ! Sur scène, Nicolas le Riiiiche ! Je savoure les occasions, trop rares, que j'ai de voir danser M. Le Riche, expériences que je mets au niveau de Gardiner dirigeant la 9è, de Zakir Hussain en compagnie de Charles Lloyd et Eric Harland, ou de Gundecha Brothers en plein dhrupad à la Cité de la Musique. Ou Xavier Phillips.

Mon attention a tendance à s'éparpiller, quand j'assiste à un ballet : entre les décors, le corps de ballet, les gesticulations du chef, le public, le Chagall. Quand Nicolas le Riche danse, j'oublie que je me contorsionne sur une chaise minuscule, avec quelques 15 cm2 pour mes genoux. J'oublie l'existence de l'orchestre, des autres danseurs, du public. Chacun de ces gestes est à la fois limpide et lourd de sens. Il semble occuper l'intégralité de la scène, sans être un gros gabarit. Une force de la nature ! Plus qu'un danseur-étoile, un concentré d'énergie ! Une supernova !
(quel homme)

Après le spectacle, on s'interroge sur le caractère unique du personnage. Bien qu'on ne dépasse pas le stade des platitudes ("il a un truc.. euh.. du rythme"), on note toutefois quelques particularités :
- M. Le Riche a un sens du rythme extrêmement développé. Le moindre de ses gestes est complètement en phase avec la musique (ce qui rend d'autant plus riche (no pun intended) l'écoute de cette dernière) ce qui, je crains, n'est pas la cas de tous les danseurs, certains donnent l'impression de pouvoir danser la même chorégraphie sur n'importe quel accompagnement musical,
- l'occupation de l'espace : techniquement, je n'ai aucune idée de la méthodologie de production d'un "geste grand", toutefois M. Le Riche semble mesurer 2m50 et ses gestes paraissent avoir plus d'amplitude qu'ils n'en ont en réalité,
- le concentré d'énergie : chaque mouvement donne l'impression d'être contenu, maîtrisé, imaginons une Porsche à 15km/h : malgré la lenteur, on perçoit nettement la capacité de l'engin à filer à un 300km/h plus adapté à ses capacités. Je ne serais pas étonnée outre mesure de voir un jour M. Le Riche s'envoler au dessus du public pour aller taquiner le lustre du palais Garnier.

Tout ceci ne répond toutefois pas à la question "c'était bien?". Oui, très. Les décors, la musique (Bach, Dutilleux (encore très écoutable) et Kosma) contribuent au plaisir des oreilles. Par contre, je trouve l'ensemble, les danseurs et l'orchestre, un peu mollichons. Est-ce l'effet je-m'économise-à-la-générale-pour-mieux-assurer-la-première ? Un coup de fatigue passager ? Je n'en sais pas grand'chose, mais j'aurais aimé un peu plus de peps. L'enthousiasme, il est au poulailler : les gamins de l'école de danse y sont cantonnés, après le défilé, et ils transforment des applaudissements polis en hurlements sauvages particulièrement vivifiants.

3 Comms':

{ Joël } at: 25 septembre 2010 à 05:23 a dit…

À propos du Palais Garnier, ce n'est qu'avant-hier que j'ai remarqué que la lyre d'Apollon (point culminant du bâtiment) était dorée ; et que sur les murs du foyer entre la rotonde du Glacier et le grand foyer, il y avait une sorte de calendrier érotique (les soirs de représentation, il n'y a pas assez de lumière pour voir ce que représentent ces peintures...).
À part ça, le défilé du ballet et l'extrait bonus de Proust ou les intermittences du cœur, ce n'était pas que pour la première (Gala AROP), mais aussi pour la deuxième :-)

{ Klari } at: 27 septembre 2010 à 10:22 a dit…

Oui, on en découvre tous les jours, à Garnier. Depuis des années, je me promets de m'inscrire à une visite guidée et... euh, je ne l'ai toujours pas fait. Du coup, j'ai d'autant plus aimé le film 'La Danse', où la caméra se balade dans des couloirs secrets et des ateliers mystérieux.

Youpi pour le défilé. Je suppose que ça devait être trrrrèèèèès impressionnant vu d'en bas. D'en haut, ça n'a pas grand intérêt, je crains..(snif)

{ Joël } at: 27 septembre 2010 à 10:39 a dit…

J'aurais préféré être un peu plus bas que le premier rang de l'amphi', puisque je ne voyais pas jusqu'au fond de la scène, mais c'était quand même très impressionnant.

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