jeudi 30 septembre 2010

Così fan tutte (oh oui!) à Pleyel


5 Comms'
Salle Pleyel - lundi 27 septembre, 19h
Freiburger Barockorchester, Coro Gulbenkian, dir. René Jacobs
Alexandrina Pendatchanska (Fiordiligi), Marie-Claude Chappuis (Dorabella), Sunhae Im (Despina), Johannes Weisser (Guglielmo), Magnus Staveland (Ferrando), Marcos Fink (Don Alfonso)

Così fan tutte, Mozart.

Depuis l'arrivée de mon précieux petit paquet de tickets de concert, au printemps, régulièrement, je me surprends à regarder avec amour ma liasse de billets roses (car ils sont roses, à Pleyel) à les compter, les caresser, les ranger par ordre chronologique, comme Gollum et son trésor. Così est le premier concert de la saison, attendu depuis longtemps - la période de désintoxication estivale a été trop longue, je suis en état de manque.

Difficile de retrouver le rythme : mon lundi préalablement marri par un abus de byrrh le dimanche, c'est d'un pas alangui et démotivé que je me dirige vers Pleyel. Étrangement, la salle n'est pas remplie : quelques instants avant l'entrée des artistes, les ouvreurs engagent une opération de replaçage massif. Youpi pour le troisième rang du premier balcon.

L'énergie, l'enthousiasme si typique aux orchestres baroques, me requinque en un clin d'œil. Ils sont en mini-effectif, certes, mais les ensembles baroques, en plus de leur son clair et lumineux, sont, à l'instar des petits suisses, petits mais costauds. Le premier acte de l'opéra est en demi-teintes : si l'orchestre est frétillant à souhait, les chanteurs me semblent avoir du mal à doser leur voix dans la salle : il me faut parfois tendre l'oreille pour entendre Ferrando (le ténor), les autres aussi semblent tâtonner un peu. Don Alfonso est truculent à souhait, et s'amuse comme un petit fou.

Oreilles un peu déçues, mais je me régale visuellement ! L'opéra est donné en version de concert, certes, mais l'équipe met à profit les escaliers, les portes, les recoins : une mise en scène, simple, mais efficace, servant bougrement bien l'intrigue. Je trouve d'ailleurs en général que des costumes trop fouillées, des décors trop imposants détournent l'attention de l'intrigue et de la musique.

Au premier balcon, l'arrivée de Ferrando et de Guglielmo, qui ont troqué leur uniforme de chanteurs (costume noir + chemise blanche) pour un déguisement de médecin albanais (jean+ chemise blanche + foulard coloré + improbables lunettes de skieur colorées) est saluée par un gloussement général. Le jeu de scène, les costumes (aaah, Despina), les sous-titres délicieusement traduits concourent à rendre le spectacle extrêmement divertissant. Les deux héros sont chantés par de jeunes, beaux, grands, talenteux scandinaves, il serait idiot de bouder son plaisir. Des jumelles ! Des jumelles ! Mon royaume pour des jumelles !

Mon neurone de violoniste se rallume au moment du Soave sia il vento, certainement l'un des plus beaux airs de l'opéra, mais pas très soave pour les violinistes en général et les seconds en particulier. Je suis éberluée par l'aisance des musiciens du Freiburger, pas froissés le moins du monde par les vertigineuses ondulations mélodiques, qui m'avaient rendu vaguement nauséeuse à l'époque.

Musicalement, ça s'énerve, après l'entracte (un petit byrrh, peut-être). La révélation. Johannes Weisser (oooh, Guglielmo) a trouvé ses repères et je réalise qu'il n'est pas seulement jeune, beau, grand, talenteux, et scandinave, mais qu'il possède également l'une des plus belles voix de baryton qu'il m'ait été donné d'entendre (aaaaah), souple, légère, très peu de vibrato. Il ne chantera probablement jamais du Wagner - ouf, mais sa voix projette une chaleur et une tendresse phénoménale. On s'y blottirait. Ferrando est également nettement plus à l'aise, mais le pauvre, il n'est que ténor, je suis moins sensible à ses charmes.

L'intrigue devient de plus en plus bondissante : Despina est de plus en plus folichonne, Dorabella s'encanaille, Fiordiguili essaie tant bien que mal de rassembler sa dignité en lambeaux. Les dialogues oscillent entre l'humour, l'absurde et le sarcasme "vous les aimez quand même, vos corneilles déplumées". Je glousse, je crie (un 'braov' enthousiaste m'échappe après un air particulièrement réussi) je trépigne sur mon siège d'impatience - j'ai vu un Cosi il y a quelques années, mais j'ai oublié les divers rebondissements de l'intrigue. Comment vont-ils réussir à se remettre ensemble ? Guglielmo (ooh) va t'il retrouver sa Fiordiligi ? Le suspense est insoutenable ! J'en oublie ma faim, ma fatigue, je me dandine sur mon fauteuil toute excitée.

Je ne suis pas la seule : le public rechigne à laisser partir les musiciens et les chanteurs, et n'arrête d'applaudir qu'à contrecœur. Dans le métro, je croise d'autres spectateurs (reconnaissables au programme) qui affichent le même sourire réjoui que moi. Le lendemain, déjà en manque, je file à la Cité de la Musique m'acheter le Don Giovanni enregistré par René Jacobs il y a quelques années. Le vendeur, petit veinard, a déjà pu jeter une oreille sur sa Flûte - sortie la semaine prochaine, il paraît qu'elle est fan-ta-bu-leuse. Hii ! Hou !

A lire aussi : Cinedouard, I hear voices, Opera Cake

5 Comms':

{ Gamacé } at: 1 octobre 2010 à 12:00 a dit…

Ahah, toi aussi tu ne défailles que pour les barytons :D
Je n'avais pas du tout vu passer cette soirée dans le programme de Pleyel (quoique je préfères ne pas l'éplucher trop attentivement, c'est très dangereux pour mes finances)... J'attends la production de l'opéra, en juin !

{ Klari } at: 1 octobre 2010 à 20:43 a dit…

(les goûts et les couleurs..)

Je comprends ton point de vue : je m'interdis de regarder de trop près les programmes d'autres salles que PLeyel et la Cité de la Musique.. Mon salaire ( pas plus que ma résistance physique) n'est pas extensible !!

Dis-moi, c'est quand où quoi comment, Cosi en version opéra ??! .-)

{ Klari } at: 1 octobre 2010 à 22:48 a dit…

Ps : j'oubliais ! Va faire un tour là-bas : barihunks.blogspot.com

{ Joël } at: 2 octobre 2010 à 01:42 a dit…

Ce sera au Palais Garnier...

{ Klari } at: 2 octobre 2010 à 22:20 a dit…

Merci ! j'ai été voir sur le site de l'opéra, c'est pas pour tout de suite. SI vous y pensez, vous me faites un coucou, au moment où il faut s'affoler pour réserver un billet ?

Merci à tous les deux pour le tuyau !

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