mardi 13 juillet 2010

Un dernier LSO avant l'été


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16 juin 2010, 20h - Salle Pleyel
P. Eötvös, direction ; M. Pollini, piano
Johann Sebastian Bach / Anton Webern : Ricercare - Fugue pour six voix BWV 1079/5
Helmut Friedrich Lachenmann : Double
Johannes Brahms : Concerto pour piano n° 1

Depuis septembre dernier, traîne dans mon inbox le ticket électronique pour ce concert, tout en bas de la page, tenant compagnie à des messages antédiluviens auxquels je n'ai pas répondu, mais qu'un sentiment de culpabilité diffus m'empêche d'archiver. Je suis donc extrêmement soulagée de l'imprimer, enfin, mais un peu triste d'assister au dernier (ouin!) concert de la saison parisienne du LSO.

***

Je n'apprécie guère les tickets électroniques. Avec raison :

¤A l'entrée de la salle de concert, 19h40 : " Désolée Madame, le lecteur de code-barres ne fonctionne pas, pouvez-vous demander l'édition d'un ticket en bonne et due forme à l'accueil invités ?"
¤A l'accueil invités , 19h45 (il pris d'assaut par des invités , je dois patienter) "Ce n'est pas ici, c'est au guichet places payées"
¤Au guichet 'places payées', 19h53 (idem) : "Mais Madame, je n'ai pas besoin de vous éditer un ticket, ma collègue peut entrer manuellement le numéro qui figure sur le ticket électronique". Cloué sur place par mon terrifiant regard de sorcière, ce jeune homme n'insiste pas et m'imprime derechef un ticket. Je me dirige enfin vers la salle de concerts, mortifiée, avec la désagréable sensation d'être le dindon de la farce. J'imagine que M. Boulez (assis au milieu du rang G) n'a pas eu ce genre de petits soucis, lui, on ne le fait galoper comme une poule sans tête dans le hall. Humpf.

***
J'attends le début du concert en grommelant. Soudain, je sursaute. Sur scène, les chaises ne sont pas disposés comme d'habitude. Une estrade à chef, au milieu, côté parterre. Jusque là, tout va bien. Entourée d'un rang d'une demi-douzaine de chaises. Soit, pourquoi pas. Par contre, entre le premier et deuxième rang de l'orchestre, une gigantesque zone démilitarisée de plusieurs mètres de large. En fin de compte, je ne comprends pas très bien pourquoi. Les solistes - des vents, cherchent-ils à se venger des cordes et les reléguer le plus loin possible ? Mystère. En attendant, je constate que je ne suis pas mûre pour la musique contemporaine : le Ricercare est meilleur que du Webern pur jus, mais moins attachant que du vrai Bach. A réessayer plus tard.

La disposition des chaises est encore plus étrange pour le Double de Lachenmann. Le chef trône, seul, au beau milieu du praticable, éloigné de cinq ou six mètres des musiciens, assis sur deux rangées de chaises (la zone bleue du schéma disparaît). Quant au Double, mon oreille de béotien ne perçoit guère qu'une succession de "Crouic ! Frrrrrrrrrrrr ! Tgadazouip ! Plop ! Cronch !" que définit ainsi dans la note de programme : "La musique d’Helmut Lachenmann met en crise les conventions et les habitudes d’écoute avec une radicalité sans précédent. Il édifie un univers unissant son et bruit dans une conception nouvelle d’une surprenante beauté, exploitant des aspects cachés du matériau sonore. Avec Double, (...) un seul corps sonore réagissant aux mauvais traitements avec toute sa corporéité : résonance, frémissement, respiration, pression." Ne trouvez vous pas cette description délicieusement mallarméenne ?

Plus sérieusement, les sons émis par les instruments -maltraités en effet, sont d'une beauté rugueuse étrangement fascinante, mais, après une page ou deux, toutefois, je me lasse - je jette un coup d'oeil indélicat sur la partition des seconds violons : le morceau fait trois pages (un mouvement allègre mais pas trop d'une symphonie de Beethoven fait deux-trois pages, pour comparaison). La fin approche. L'espoir m'envahit. Horreur et damnation ! Les partitions s'avèrent scotchées en accordéon ! La partie de second violon ne fait pas trois pages, mais cinq ! Non ! Sept ! Heureusement, l'oeuvre s'achève sur un vigoureux Scronch! salvateur avant une éventuelle huitième page - soit l'équivalent d'une bonne symphonie, assez dodue.

La direction de Péter Eötvös est néanmoins impressionnante : dans ce magma de criiiic, dzing et tigadaplouf, il a une gestuelle extrêmement précise, fluide, où chaque changement de mesure, chaque piège est indiqué sans risque de confusion. Impossible pour les pupitres de manquer leurs entrées. Le chef est manifestement dans son élément. Du coup, je m'interroge : va t'il savoir diriger du Brahms ?

Oui et non. Personnellement, j'adorerais jouer sous sa direction : les gestes sont clairs, les entrées lipides. Le rêve. Ceci dit, je peux affirmer sans grand risque de me tromper que 95% des musiciens du LSO sont capables de jouer le concerto en dormant, yeux bandés, et pourquoi pas à l'envers, pour pimenter un peu l'exercice. Bref, je doute que le pupitre de violoncelles ait réellement besoin qu'on lui indique les entrées, surtout sur ce concerto.

On a trois protagonistes sur scène, nez dans le guidon, pédalant chacun dans sa direction : P. Eötvös dirige comme si le LSO était un orchestre amateur, Maurizio Pollini me semble jouer le concerto avec un certain détachement, voire un soupçon de second degré, pas déplaisant, mais en totale opposition avec l'orchestre, à fond les ballons, entraîné par son (génial) premier violon : les musiciens manquent s'envoler de joie sur les fortissimo, et jouent les parties d'orchestre avec une passion ébouriffante. Pour la part, je suis déçue par ce mélange un peu trop expérimental, mais le public ne partage pas mon opinion : les musiciens sont récompensés par une chaleureuse standing ovation. Pendant ce temps, je me drape dans mon mécontentement et me dirige vers la station de métro, tout en me maudissant jusqu'à la cinquième génération pour avoir omis de réserver des billets pour le concert du lendemain - complet : le concert des gamins, encadrés par des musiciens de mon LSO adoré, dirigés par mon Sir John Eliot vénéré !

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