jeudi 20 mai 2010

Patricia Petibon - Pleyel


4 Comms'
Venice Baroque Orchestra - Salle Pleyel
Andrea Marcon, direction - Patricia Petibon
mardi 18/05 2010 20:00

Une collègue - dont le mari souffre actuellement d'une maladie tussigène, me propose en début de semaine une place pour le récital de Patricia Petibon. Je suis partagée : ce mardi, l'Orchestre du Rail donne son concert de printemps (Miss S. , oui, celle qui m'a recrutée pour l'Orchestre du Chantier, celle grâce à qui tout a commencé, en fait partie ! Vive les orchestres amateurs !), les Dissonances font une petite démonstration de climatologie à la Cité de la Musique ..
Par curiosité (car je n'aurais pas pris spontanément de billet pour ce concert), j'opte pour Petibon. Après tout, un programme 100% baroque ne peut pas être foncièrement mauvais.

Comment dirais-je. Patricia Petibon est une soprano. Oserais-je assener des lieux communs et des généralisations à l'emporte-pièce ? Osons ! Personnellement, je me sens plus d'atomes crochus avec les barytons, et les altos. Même si j'ai eu le plaisir de rencontrer des sopranos très fréquentables, j'ai parfois entendu des jugements hâtifs sur les soprani "elle en fait des caisses ... une diva ... sans jamais arrêter de minauder ... centre de l'attention".
Pas totalement incongru dans le cas de Patricia Petibon. C'est une très belle femme, un peu dans le style de Christina Hendricks (Mad Men), et elle en est parfaitement consciente. Elle changera deux-trois fois pendant le concert de robe rouge, l'agrémentant soit d'un haut-de-forme en satin rouge, soit d'une couronne à fanfreluches qu'elle fait tournoyer, soit de colliers - très gros et très brillants. Elle joue beaucoup la comédie (la salle a beaucoup ri quand elle a déshabillé le chef, drague dans le public tout en chantant, se roule par terre), ce qui donne une petite ambiance de cabaret à ce récital.

Je ne peux pas profiter vraiment du concert : je suis au premier balcon, au tout premier rang, certes, mais elle chante la tête légèrement penchée en avant, pour le parterre, le son peine à grimper vers les hauteurs de la salle. Bref, trop de théâtre, pas assez de musique. Mes voisins de droite sont particulièrement agacés par les choix d'ornementation de Patricia Petitbon, qu'ils trouvent un peu faciles, voire vulgaires. Du coup, moi aussi (je suis très influençable). Mais l'ornementation est un sujet de débat inépuisable, n'est-ce pas ?
Par contre, elle chante le bis (l'inévitable Lascia ch'io piangar) avec une sobriété remarquable, qui permet enfin de savourer sa voix : chaude, timbrée, somptueuse.

Mais il y a toujours quelque chose à apprécier à Pleyel ! Ce soir-là, c'est le violoncelle. Je laisse mon oreille vagabonder : mon attention est immédiatement happée par le premier violoncelle - sa partie n'est pas passionnante (une partie de violoncelle baroque, que voulez-vous), mais il prend tellement de plaisir à jouer chaque note, à la vivre, fût-ce un ploum ! Son son est rond, velouté, puissant, pertinent. C'est fabuleux. Je suis fascinée - et un peu perplexe (passer deux heures à écouter la partie de basse de pièces baroques ? voilà autre chose), et fixe son archet, comme un chat guettant des moineaux à la fenêtre.

Une chose est sûre : il faut que je passe fissa-fissa à l'alto, pour jouer moi aussi des parties de basse - ou presque. Vite, vite !

A lire aussi : Palpatine, ForumOpera.
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Le programme :
Georg Friedrich Haendel, Concerto grosso en sol majeur Op.VI n°1
Alessandro Stradella,San Giovanni Battista "Queste lagrime e sospiri"
Alessandro Scarlatti, Griselda "Se il mio dolor t'offende"
Antonio Vivaldi, Concerto pour flûte traversière Op.X n°1 RV 433 Michele Favaro
Georg Friedrich Haendel, Giulio Cesare "Piangeró la sorte mia", Ariodante "Neghittosi, or voi che fate"

Georg Friedrich Haendel, Alcina extrait : "Ah! Mio cor"
Antonio Vivaldi, Concerto pour violon Op.VIII n°5 RV 253 "La tempesta di mare"
Georg Friedrich Haendel, Alcina "Tornami a vagheggiar"
Antonio Vivaldi, Concerto RV 157 en sol mineur
Alessandro Scarlatti, Sedecia re di Gerusalemme extrait, "Caldo Sangue"
Antonio Sartorio, Giulio Cesare in Egitto, "Quando voglio"

4 Comms':

{ Rameau } at: 20 mai 2010 à 16:42 a dit…

Je n'ai pas pu voir ce concert, mais j'ai écouté le disque (puisque le concert sert à vendre le disque, c'est comme si c'était pareil... non? ah ben non) : c'est déjà très chichiteux en boîte, ça doit l'être encore plus à l'état naturel...
Pour l'acoustique, ce n'est pas forcément qu'une question de position de la chanteuse : les voix, à Pleyel, de toute façon...

{ Klari } at: 20 mai 2010 à 18:32 a dit…

C'est probable, en effet. Il y a quelque temps, j'avais essayé d'écouter M. Goerne (sur les Kindertotenlieder) à Pleyel : un jour de l'arrière-scène, le lendemain du premier balcon, et... bref... pas entendu grand-chose! Mais la partie d'orchestre des Kindertotenlieder est de toute façon somptueuse !

Un tantinet trop chichiteux, en effet. Ceci dit, je suis perplexe : si des carrures comme Gardiner, Harnoncourt bossent avec elle, c'est qu'elle doit être capable de choses incroyables ! (enfin, j'espère, flûte)

{ Rameau } at: 21 mai 2010 à 10:48 a dit…

Mais oui, c'est une chanteuse très intéressante, à condition qu'elle soit tenue. On a l'impression que ce qui intéresse les maisons de disques chez elle, ce n'est pas sa voix, c'est ses clowneries. Dommage, j'ai un souvenir extraordinaire de sa Constance (Dialogues des Carmélites), qui était au contraire d'une remarquable sobriété...

{ Klari } at: 21 mai 2010 à 11:28 a dit…

Je prends note ! En effet, le format 'récital' n'était peut-être pas adapté pour faire connaissance avec elle.

En parlant d'Harnoncourt, il semble qu'il ait annulé son concert à Pleyel l'année prochaine avec le Concentus Musicus, je suis dé-goû-tée.

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