vendredi 21 mai 2010

Martinu, Schnittke, Beethoven - Pleyel


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Orchestre de Paris
Hartmut Haenchen, direction - Tabea Zimmermann, alto
mercredi 19/05/2010 20:00

Bohuslav Martinu, Lidice (Mémorial pour Lidice)
Alfred Schnittke, Concerto pour alto
Ludwig van Beethoven, Symphonie n° 5

J'ai récemment réalisé avec stupeur avoir délaissé l'Orchestre de Paris cette année, pourtant un de mes orchestres-chouchou : l'oubli est réparé (un peu) avec ce concert, au programme mitonné aux petits oignons : deux œuvres rares, qui font toutes deux des clins d'œil à la 5è de Beethoven, nous signale la note de programme. Quant à la 5è, elle est si connue qu' on ne l'entend pas si souvent..

La perspective d'écouter du Schnittke me rend un peu anxieuse : Schnittke a le don de me vriller les tripes, lesquelles sont facilement vrillables. Contre toutes mes attentes, le Martinu, m'affecte particulièrement : quelque chose d'immensément douloureux mais très digne, dans cette belle pièce paisible, résignée me touche- quand l'œuvre se termine, je me retrouve l'œil humide et la gorge serrée.

Je me reprends mes esprits alors qu'une petite armée de techniciens s'affaire sur le plateau : pour le concerto, pas de violons : il faut donc installer les altos à la gauche du chef, les violoncelles à la place des altos, et les contrebasses à la place des altos, à la droite du chef, tout près. Corollaire : la fantastique alto solo de l'Orchestre de Paris, la maître-à-penser des altistes de France et de Navarre, celle qui ne se trompe jamais*, occupe enfin la place qui lui revient de droit : la chaise du premier violon solo, à la droite de Dieu.

Elle est rejointe par sa consœur, Tabea Zimmermann (quelle allure! quelle classe!), pour le concerto de Schnittke. Elle a une présence époustouflante, un son clair, riche, assuré, tel qu'elle pourrait tétaniser son audience sur une ritournelle des plus quelconques. Un ami croisé à l'entracte regrette toutefois qu'elle n'ait pas choisi une couleur plus 'Chostakovitch' pour le concerto - je suppose qu'il avait en-tête quelque chose de plus rugueux, douloureux ? En tout cas, je me régale ; au lieu de me morfondre à écouter l'orchestre se déliter, la pièce se déconstruire (cette ambiance de fin du monde est redoutablement éprouvante) je peux savourer le son magnifique de son alto - comme un violon magnifiquement joué (mais en tellement mieux) et me laisser porter par son jeu.

Au retour de l'entracte, chacun reprend sa place habituelle. L'effectif de l'orchestre** me paraît plus adapté à du Bruckner/Malher qu'à la 5è de Beethoven, mais qu'importe ! Ça marche aussi avec du gros son. Depuis l'arrière-scène, on profite très bien des effets de spatialisation qu'a mitonné Beethoven : on pourrait presque voir les vents s'échanger des petits motifs, les envoyer vers les cordes et vice-versa. Dans le fugato - pris à toute allure , j'ai l'impression de voir la musique tourner dans le sens des aiguilles d'une montre, d'un pupitre de cordes à l'autre. C'est certainement une des spécificités les plus attachantes de cette partie de la salle Pleyel.

L'orchestre est au taquet (comment ne le serait-on pas ? Il y a tant de petites choses réjouissantes à jouer dans cette symphonie ! Des petits pianissimos plein de retenue ! De grands fz et fffffff jouissifs ! Et cette montée en tension depuis la deuxième moitié de l'Andante ! rââ !). Au plaisir de l'écouter se superpose le souvenir des émotions ressenties la dernière fois que j'ai eu l'occasion d'en jouer un extrait, et je n'arrive ainsi plus du tout à me contenir pendant le 4è mouvement : je bondis sur mon fauteuil, tape des pieds, lance de grands coups de menton décidés pour les accords de fin, éprouvant ainsi la patience de mes voisins, qui ne semblent pas m'en tenir rigueur - merci.
Le public est au taquet aussi ! Une généreuse partie du public applaudit chaleureusement à la fin des premiers et deuxième mouvements - et mes paumes brûlent d'envie d'applaudir - comment pourrait-on ne pas avoir envie d'applaudir ? Ces accords finaux sont faits pour déclencher un besoin irrésistible de frapper dans ses mains, c'est physique. Je dois retenir une envie terrible d'applaudir après un solo de basson, mon bassoniste préféré est de service, et j'aime le basson, surtout chez Beethoven.

Je rentre à la maison, traversant Paris dans les traces d'un des cuivres de l'orchestre (qui manifestement est un voisin (coucou!)) qui finit par me regarder d'un œil inquiet après avoir remarqué mes regards insistants et curieux en direction de sa boîte à instrument. Soyez rassurés, je n'ai jamais agressé d'instrumentistes, ni volé d'instruments de musique - même si j'ai parfois été tentée.
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* Elle ne se trompe jamais. Si vous aviez l'impression un jour qu'elle s'est trompée, cela signifie sûrement que le reste de l'orchestre s'est plantée. Axiome : ABC ne se trompe jamais. (physiquement impossible)
** Huit contrebasses ! Une dizaine de violoncelles et altos ! Foultitude de cordes ! Chez les vents et cuivres, l'effectif reste raisonnable. L'effectif réduit, c'est pour le concert du lendemain !

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