lundi 17 mai 2010

Bayadère (Opéra Garnier)


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La Bayadère, répétition générale
Samedi 15 mai - 19h30
Opéra Garnier
Orchestre Colonne, dir. K. Rhodes
Danseurs et corps de ballet de l'Opéra de Paris.

Un ballet à Garnier, ça se mérite :
Vous avez (cochez la bonne réponse)
- de l'argent et de la chance : vous réservez une place pour une représentation,
- de la chance et du temps : vous dégotez une invitation pour la générale, arrivez TRES en avance pour trouver un siège d'où vous pourrez voir une portion raisonnable de la fosse et de la scène
- de la chance uniquement : vous dégotez une invitation pour la générale et explorez les 5è loges, où l'air se raréfie, et d'où on voit un demi-mètre carré de scène. J'opte finalement pour une place debout, au fond du poulailler - mais en face de la scène.

On souffre - mais en silence ! (comme les danseurs)
Au bout d'un demi-acte, la plante de mes pieds hurle de douleur, mes vertèbres couinent, mes mollets grincent des dents. Je répète inlassablement mon mantra spécial-poulailler "je-n'ai-pas-mal, j'empile-mes-vertèbres-et-me-tiens-archi-droite-JE-N'AI-PAS-MAL". Après tout, mon sort est plutôt enviable: j'aurais pu être garde à Buckingham Palace, ou altiste : les ploum du deuxième et troisième actes vous transforment irrémédiablement les trapèzes en compote*. Mes voisins admettent souffrir aussi : les sièges du fond du poulailler sont manifestement taillés pour cisailler cuisses et lombaires, et calibrés pour permettre aux genoux du voisin de derrière de mieux taquiner vos omoplates.

Le poulailler est solidaire !
Au premier entracte, des hordes de spectateurs (les malheureux des quatrième et cinquième étages) se ruent pour occuper qui un coin de marche, qui un strapontin laissé vacant. On se met d'accord pour garder les places les uns des autres : je garde les sièges de mes voisins et doit montrer les crocs alors que deux jeunes femmes lorgnent avec convoitise MA demi-marche : je manque arracher le nez d'une d'entre elles (qui s'avère être altiste à Colonne). Mes voisins reviennent, me proposent gentiment de m'asseoir à leur place puis prennent une option pour moi sur un siège qui se libère ! Après que chacun a trouvé place, une excellente ambiance s'installe dans ce coin de poulailler, et les entractes passent en un clin d'œil à discuter gaiement chefs d'orchestre, ploums, chorégraphies, strapontins, etc.

Disney + Bollywood + Minkus = La Bayadère
¤ le scénar':
Le scénario semble directement inspiré d'un Bollywood standard : un prince (ou un guerrier ?) et une bayadère sont amoureux. Deux vilains moustachus - riches et puissants, complotent contre eux. Il s'avère que le guerrier devrait plutôt épouser une princesse : la Bayadère s'énerve. Mais elle sous-estime la perfidie de la princesse et de son papa, qui cachent un serpent venimeux dans un bouquet de fleurs qui lui est offert. Elle meurt (mais continue de danser depuis l'au-delà, ouf). Notons toutefois que dans des Bollywood, les fameux intermèdes chorégraphiés s'intercalent dans l'histoire : dans ce ballet, tout le scénario - excepté la mort de la Bayadère, est exposé pendant le premier acte. Le deuxième acte est réservé aux numéros exotiques : l'Idole Dorée (arg, ces bonds), le numéro de bhangra ! (Personnellement, ces joyeux bonds me rappellent énormément mes cours de bhangra - enfin, dans la mesure où ils sont passés par la moulinette d'un chorégraphe classique, évidemment. Voyez plutôt)
¤ décors et accessoires :
des palais, des lustres, des saris brodés en veux-tu en voilà : le gamine de cinq ans qui sommeille en moi est toute chose. Quant aux accessoires, les décorateurs se sont fait plaisir : un éléphant à roulettes, un tigre en peluche capturé et ligoté en coulisses par de vaillants danseurs, et le reste à l'avenant.
¤ la musique :
Minkus a tout donné pour le premier acte - la musique et le scénario s'accordent particulièrement bien. Par la suite, ça se dégrade : Minkus a recours à la recette typiquement elgarienne**, dite du "Plaf-ploum-ploum" : un plaf de grosse caisse - voire de cimbale sur le premier temps, deux ploums (seconds violons et altos, typiquement, pourquoi pas les cors, aussi ? ) sur les deuxième et troisième temps, pendant que les premiers violons et les vents jouent une mélodie écœurante comme une tartine banane - beurre de cacahuète.

D'après Wikipédia, Nureev avait souhaité utiliser l'orchestration originale de Minkus pour sa production du ballet : il fit ainsi un aller-retour à Saint-Pétersbourg pour copier les partitions et n'aurait photocopié, par erreur, que les moitiés inférieures des partitions. Ainsi, Minkus ne serait peut-être pas le seul coupable quant à ces ignobles plaf-ploum-ploum.

Et le troisième acte ?
Après deux premiers actes franchement bollywoodiens, un acte pour les fins connaisseurs : tutus blancs et variations techniques (je suppose). L'orchestre joue depuis deux bonnes heures, et pourtant le premier violon est sollicité pour un long et difficile passage soliste. Itou pour le corps de ballet, qui fatigue, je crains : au loin, un tutu vacille et manque s'effondrer, quelques instants plus tard une jeune fille chute mais se relève instantanément. Leur professionnalisme - et leur résistance à la douleur, m'impressionne. Quelles autres disciplines artistiques exigent un tel engagement ?

Et encore après ?
Je vais récupérer quelques musiciens à la sortie des artistes. L'atmosphère est à la fois un peu 'glamour' (M. XXXXX attend sa copine dans une Jag' aux vitres très fumées, un danseur rejoint ses copains en trottinant-bondissant d'un air altier) et déroutante : les musiciens, reconnaissables à leur boîte à instrument, s'en vont les uns après les autres ; les danseuses (qu'on reconnaît à leur 1m20 de gambettes et leurs joues creuses) sortent et disparaissent dans les rues environnantes. En fait, il y a tout bêtement une atmosphère de sortie de taf.

* le ploum est terriblement douloureux, au niveau des épaules, surtout. Il vaut mieux un trait injouable que des pages et des pages de ploums. Mon record s'élève à quatre pages de ploums (à la fin, je m'écroule en hurlant de douleur). Pour une Bayadère, il faut compter une bonne cinquantaine de pages de ploums. Faites-moi penser à rédiger une chroniquette à ce sujet, un jour.

** Elgar est le maître incontesté du plaf-ploum et par extension, du plaf-ploum-ploum (la même chose en ternaire).

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