vendredi 23 avril 2010

Petit lexique à l'usage du second violon en goguette en Allemagne


6 Comms'
Il fut un temps où je me débrouillais correctement dans la langue de Goethe : je pouvais débiter à la commande des âneries comme "Inflation bezeichnet einen andauernden, signifikanten Anstieg des Preisniveaus infolge längerfristiger Ausweitung der Geldmenge".

Super.

Dans une dizaine de jours, les contrôleurs du Thalys pourront observer de première main une migration de masse d'instrumentistes des Concerts Gais : Cologne, nous voilà* ! Si je sais pouvoir mimer l'essentiel: 'je vais boire une kölsch', 'où sont les toilettes', 'je veux visiter le musée du chocolat' 'où habite Beethoven?' comment pourrai-je toutefois remplir mon rôle avec dignité si je ne maîtrise pas le vocabulaire du second violon ?


Le coup d'archet ?
L'archetologie est certainement le passe-temps favoris de nombreux violonistes: un violoniste en bonne santé peut s'interroger des heures durant, "je tire ou je pousse ?" sans se lasser ni trouver de réponse satisfaisante. C'est ainsi qu'une partition propre ornée de signes, cabalistiques certes, mais théoriquement lisibles, devient, au fur et à mesure que le chef de pupitre change d'avis, un torchon :





Aux coups d'archet indécis s'ajoutent les doigtés qui évoluent jusqu'à devenir d'infâmes gribouillis, les éventuelles indications de nuance, et les notes prises à la va-vite. Maudissons au passage ceux qui entourent rageusement les notes altérées, détruisant à jamais tout espoir de deviner quelles sont les notes qui précèdent, ou suivent, celles-ci.
Moralité : toujours porter ses lunettes en orchestre, ceci permet en outre de réduire - pas totalement - le risque de perdre en œil : un archet (der Bogen) c'est pointu. Ne pas paniquer pour les doigtés, le second violon joue toujours en première position (Erste Lage). Ceux qui grimpent vers les cimes, le font uniquement pour fayoter et obtenir leur 'promotion' (pfff) en premier violon**. Les altistes (die Bratsche) allemands l'ont bien compris, identifiant trois positions : "Erste Lage, Notlage, Niederlage".
Vocabulaire :
* les lunettes : die Brille
* tirer/pousser : Ab-, Auf-strich. Petit moyen mnémotechnique : 'Ab' à l'envers devient ba, l'archet doit aller vers le bas (haha), 'auf' à l'envers: fau, l'archet se dirige vers le (f)haut (hoho).
* à la pointe / au talon : an der Spitze / am Frosch. Le son au talon évoquant plus des croassements que les gazouillis du rossignol, il est tout à fait logique que le talon soit désigné par le vocable Frosch en allemand.

A, B, C, D ?
Évidemment, de l'autre côté du Rhin règne un autre système de notation musicale. Qui, en toute objectivité, est bien plus efficace que le nôtre, qui donne souvent lieu à des conversations complètement absurdes. En Hongrie en particulier, deux systèmes de notation coexistent de manière particulièrement astucieuse, on sait immédiatement de quoi on parle. Je me demande ce qu'il en est en Allemagne. En attendant, je ne peux que respecter une langue ou 'fa dièse' se prononce tout simplement Fis. Trois lettres, au lieu de trois syllabes. Bingo.
Moralité : réviser l'alphabet avant le départ.

Corde ? Page ? Sourdine ?
Une autre angoisse existentielle des violons est liée à la sourdine. Omettre d'installer ou d'ôter la sourdine est un péché mortel. Si un violoneux hurle sur un ton courroucé "Dämpfer!", il est probable qu'il est requis non pas de jouer à toute vapeur, mais de toute urgence prendre les dispositions qui s'imposent: poser/enlever la sourdine.
Même remarque pour les tournes. Dans les orchestres amateurs, il existe une règle tacite entre deux co-pupitres : celui qui joue tout, joue. Celui qui peine joue les co-pilotes et gère les tournes de pages et les cafés.
Vocabulaire : attention, piège !
die Saite : la corde,
die Seite : la page,
der Dampf : la vapeur,
ein Kaffee ohne Zucker mit einem Klecks Sahne, bitte ! : un café sans sucre avec un soupçon de crème,
der Dämpfer : la sourdine.
Moralité : pas de panique, surtout prendre le temps d'évaluer la situation posément => tourner une page ? dégainer une corde de La neuve ? Un sucre, deux sucres ?

Entretenir la conversation ?
Si certains sont d'avis qu'en répétition, le silence est de rigueur, les seconds violons savent qu'en réalité, il en est autrement.
Entretenir une conversation en allemand peut s'avérer ardu pour le second violon francophone : quand vous aurez fini de demander le nom de tous les instruments de l'orchestre à votre gentil voisin (cf. infra), vous pourrez toujours lui demander 'Zeichne mir ein Schaf'. Vous paraîtrez raisonnablement cultivé, et votre voisin sera de toute façon trop interloqué pour continuer de discuter.


* Ce sera un magnifique programme en commun avec un orchestre allemand, avec entre autres La Liste de Schindler, de généreux extraits de Peer Gynt, et diverses ploum-ploumeries.
** ceux-ci n'ont pas compris que l'essentiel de la musique se fait chez les seconds..(lire chroniquette précédente)

6 Comms':

Anonyme at: 24 avril 2010 à 07:54 a dit…

Aber es gibt doch violonisten die hoch "ab" spielen !
Dann ist das 'ab-bas' dings doch umgekehrt.

"ab-ba(s)" ça vient de Suède, non ?

DV.

{ klari } at: 24 avril 2010 à 10:58 a dit…

Ein Kommentar auf deutsch ! Das erwartete ich gar nicht :-)

Tu n'ergoterais pas un peu, avec les violonistes qui poussent vers le haut mais vers le bas, etc ?

Ca me fait penser que j'ai oublié de mentionner la formule magique qui répond à toutes les questions stratégiques "on reprend où?", "c'est quoi le coup d'archet?", "on joue quoi?", "on mange où?" :
j'ai le plaisir de présenter le célèbre "Keine Ahnung!"

Anonyme at: 25 avril 2010 à 08:38 a dit…

Klari explique les lettres repères en v, w, y etc... à ses collègues :

"non, v se dit faou et w se dit vé , a se dit aaa, h se dit haaa, j se dit yott et y se dit eupsilonn'

faou-ous eupsilonn' afaou-ez compris guelgue choz ? "

Pon courach!

M.

PS: mais comment peut-on bien dire 'fa bémol mineur' en allemand ?

Anonyme at: 25 avril 2010 à 08:42 a dit…

enfin je voulais signer DV évidemment... ça se vermischt dans mon Gehirn.
D'ailleurs, pourquoi Klari parle la langue de Goethe avec telle aisance ?

{ Klari } at: 26 avril 2010 à 12:50 a dit…

C'est fin et délicat, tiens ! (pffff)

{ klari } at: 3 mai 2010 à 14:13 a dit…

Ceci dit, tu avais raison.. Un moment, le chef a demandé qu'on reprenne à "Ji/Yott": une moitié de l'orchestre est partie à J, l'autre à G, et je ne serais pas étonnée que quelques plaisantins soient partis à I ou H...!

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