vendredi 9 avril 2010

Orchestre Colonne en mode printanier à Pleyel


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Salle Pleyel - 6 avril 2010, 20h
Thierry Pécou, Trémendum pour piano et orchestre
Katchaturian, Concerto pour violon
K(G?)asparov, Morceau magnifique pour violon seul dont je n'ai pas saisi le nom
Stravinski, Sacre du Printemps
Jean-Marc Phillips, violon; Laurent Petitgirard, direction.

Complètement ra-pla-pla après une nuit passée à regarder les 14 épisodes de Little Dorrit*, je me dirige vers Pleyel d'un pas hésitant, dans un état de conscience altéré (Avenue des Ternes, je me fais la réflexion, à la vue d'une jeune fille en deux-roues, que c'est une drôle d'idée de mettre une Vespa bleu clair avec des collants rouges). Bref, je m'attends à un concert "je-pique-du-nez-je-me-réveille-je-pique-du-nez-je-me-réveille".

La queue devant le guichet est longue comme un jour sans sommeil : je crains à un moment de ne pouvoir obtenir de places, en effet, à la deuxième sonnerie, je suis toujours sans billet. In extremis, je dégote une place, perchée sur mon arrière-scène adorée, pour moins cher qu'une séance de cinéma ! (Merci la politique tarifaire Colonne)
A l'arrière-scène, je retrouve un membre du fan-club de Gentil-Prof / Super-soliste des Concerts Gais: depuis notre point de vue avantageux, nous pouvons observer les faits et gestes de nos poulains respectifs.

Enfin, les musiciens entrent en scène, sous les applaudissements du public. Qui reprennent au moment où le premier violon entre. Mais, il se faufile -hilare, derrière la harpe, se glisse entre deux pupitres... et s'asseoit chez les seconds! Désarçonné, le public refuse d'applaudir le 'vrai' premier violon quand celui-ci fait son apparition.

Le concert commence avec le Trémendum de Thierry Pécou - qui assure la partie de piano également, ainsi qu'une introduction à la pièce. Sa pièce, inspirée du Brésil, est très joyeuse, enlevée, accessible sans tomber dans le simplisme, agrémentée de beaux rythmes caféinés qui font du bien. J'y trouve quelque de joyeux, qui ne se prend pas au sérieux, qui me réjouit : lors d'une partie énervée de piano, le pianiste abandonne l'usage des doigts pour taper les touches avec poignets, coudes, bras, et se retrouver à quatre pattes dans le piano pour taper des cordes. Quand cette intervention du piano s'achève, les percussionnistes se mettent à siffler énergiquement dans des sifflets de chef de gare.** Que voulez-vous, ça me fait du bien. La partition de Thierry Pécou est manifestement exigeante vis-à-vis des percussionnistes : l'un d'entre eux perd un bout de mailloche, qui fait un looooong vol plané au-dessus des cuivres et des vents, pour aller s'écraser dans un petit glingeloung tout compte fait assez discret chez les altos, sans envoyer ni musicien, ni instrument, à l'hôpital.

Après quelques remues-ménage d'instruments et de pupitre, on attaque ensuite, le concerto pour violon de Katchaturian. Le soliste est Jean-Marc Phillips, le frère de mon Xavier Phillips adoré. On m'avait prévenue : "le concerto ? Lui, c'est fingers in the nose".
En effet.
Je dirais même plus.
Sidérant.
N'oublions pas que je suis sur l'arrière-scène, d'où on perd un peu (mais pas non plus énormément) de son du soliste. D'habitude. Or, Jean-Marc Phillips est un soliste extrêmement présent : il force l'attention sans agressivité. Même si je dirige mes deux oreilles vers, disons, la partie des altos, la partie soliste reste complètement présente, sans qu'on ait le moins du monde l'impression qu'il force. Katchaturian s'est amusé à écrire des hexadécimoctuples croches qu'il enchaîne avec une facilité déconcertante. A l'entendre, c'est facile, léger, primesautier. A le regarder, je ne vois même pas les doigts de la main gauche bouger, ça va trop vite pour mes petits yeux ensommeillés.
En outre, j'aime beaucoup le sobriété de sa posture : il nous épargne les grandes arabesques et les sauts de biche que certains violonistes jugent nécessaire à l'exécution d'une œuvre. Et ses tournes ! Qu'il prépare avec un soin minutieux, n'hésitant pas, pendant une pause, à légèrement corner le coin de la page pour pouvoir la tourner sereinement peu après, au cours d'un passage énervé.
C'est même musical.
Bref, me voici désormais membre du fan-club des deux frères Phillips.

En bis, un magnifique morceau qui lui a composé un copain russe d'origine arménienne - qui est dans le public, Alexandre Gasparov (ou Kasparov), assez long, mais qui me parait durer deux-trois minutes maximum, chaleureusement applaudi.

Après l'entracte (que les bassonistes ont passé à potasser leur terrifiant solo), voici le gros morceau de la soirée: le sacre du Printemps. Je m'étonne quelques instants que tant d'orchestres s'amusent à programmer le Sacre du Printemps (les Orféeries le lendemain à Gaveau, l'orchestre de Paris dans quelques jours), quand soudain, je me rappelle qu'avril est un mois printanier.

Les musiciens s'entassent sur scène, et quand le praticable est rempli, d'autres viennent s'ajouter à eux. Manifestement, ils ont fait appel à tous les copains : cinq clarinettes, huit cors, un petit bataillon de percus... Les musiciens, eux, sont bien réveillés, en particulier les bassons, et prennent à mon avis un plaisir manifeste à jouer, bien échauffés après les deux premières œuvres, bien différentes mais dans un même style. Même si par instants, certains pupitres se courent les uns après les autres, je me délecte à écouter un Sacre du Printemps énergique, enlevé, sans hystérie, où les cordes me frappent par leur assurance et leur présence.
L'orchestration est passionnante, les pupitres s'échangent les rôles,se passent et se repassent des thèmes, au point qu'on a l'impression que les bassons jouent des pizz quand ils reprennent les ploums des cordes, que les violonistes font des schwouchhh de tam-tam et que les trompettes font d'énergiques tire-pousse (à moins que ce ne soit la fatigue qui parle).

Pour l'anecdote, un magnifique passage en crescendo, ponctué par une intervention plus qu'énergique d'un des percussionistes, laisse place à un silence réparateur, marri par une tourne brutale et grossières des xxxx, qui bien sûr, ne jouent pas immédiatement après. Je marmonne un "les mecs, la tourne!" désappointé, qui fait sourire mon voisin.***
Et merci aux cuivres, qui ont la délicatesse de penser aux spectateurs de l'arrière-scène et de se retourner pour nous saluer. Quand les cordes pensent (enfin) à nous, les cuivres se sont déjà retournés face au parterre, et personne ne regarde dans la même direction. Un joyeux remue-ménage qui clôture sympathiquement ce concert.

Mais globalement, quel régal d'écouter un beau programme joyeux, accessible mais riche. J'en oublie mon manque de sommeil et repars revigorée, au point de proposer à Djac d'aller manger un morceau dans le coin : nous atterrissons au Do-Ré-Mi (pris d'assaut par les effectifs du Sacre) au beau milieu d'une table de cordes, qui sont en train de se fredonner le Sacre :
"Tiens, les pizz du ti-gou-dou-dou-da-da-pim sont tous passés, je n'y arrivais pas en répét' !
- Ah oui ? Moi, j'ai eu du mal au Schlam-pif! Schlam-pif! il manquait le boum-boum-boum sur lequel je me cale".
Ils ne vont pas chanter tout le Sacre, non ? Si. En partant, Djac s'amuse à saluer ses collègues tout en reculant et manque s'écraser contre la boîte à violon de Jean-Marc Phillips.

Dans laquelle il y a un Guarneri, normalement.
Gloups.

Moi, ça me fait quelque chose, d'avoir mangé un morceau dans la même brasserie qu'un Guarneri.

*ils ne font qu'une demi-heure, certes. Mais bon. Comment voulez-vous résister à du Dickens ?
** quand je m'étonne qu'on confie les sifflets au percussionnistes et non aux vents, on me répond que les gadgets, y compris les gadgets à vent, sont du ressort des percussionnistes.
***Quand ma co-pupitre adorée et moi créerons Tourne Consulting, nous embaucherons J-M. Phillips en tant que consultant, et nous ferons un super chiffre d'affaires avec des clients prestigieux : le LSO, Colonne, l'orchestre de Paris aussi... Tssss!

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