lundi 12 avril 2010

Le symphonique orchestre d'état "Nouvelle Russie" à Pleyel


2 Comms'
Orchestre Symphonique "Nouvelle Russie", dir. Yuri Bashmet
Gidon Kremer, violon
Alfred Schnittke,Concerto pour violon n° 4
Piotr Ilitch Tchaïkovski, Symphonie n° 5
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Après une loooongue journée de répétition d'orchestre ponctuée de cafés, de viennoiseries et de Plaf-Chut! Plaf-Chut ! Ploums pédagogiques, je craignais avoir atteint l'overdose de musique. Mais il est tout à fait contraire à mon éthique personnelle de gâcher une place de concert. Sauf à la rigueur, si Schumann occupe une place prépondérante dans le programme.

Je me retrouve au deuxième balcon, à une place très sympathique d'où je vois et entends très bien, à côté d'un jeune couple manifestement peu habitué au cérémonial classique, dont l'enthousiasme et le questionnement est rafraîchissant (et me fait regretter l'époque où toute la cuisine de l'orchestre me paraissait relever de la magie plutôt que euh.. du travail). Entre temps, l'orchestre et Gidon Kremer entrent en scène (mes voisins se demandent s'il s'agit du premier violon - j'adorerais leur raconter mes salades d'orchestre, mes histoires de premiers et seconds violons, la ploumologie, les salaceries des cornistes, mais je crains que cela ne soit malvenu. après tout, on ne m'a rien demandé. Mais je continue de sourire intérieurement, leur curiosité m'émerveille).

Le Schnittke, comme tout Schnittke qui se respecte, est magistralement mais horriblement désespérant, torturé, cynique. Cette atmosphère de désespoir post-apocalyptique est un peu trop en décalage avec mon humeur post-Schubertienne (la Tragique, comme son nom ne l'indique pas, est très guillerette, même si épuisante du point de vue du second violon standard). A ceci s'ajoute une sensation d' "à quoi bon" : l'orchestre nécessaire pour exécuter cette œuvre est pléthorique, sans que cela ne soit, à mon avis, justifié. Quelques belles phrases au violon laisse entrevoir le son très particulier des cordes russes et me fait trépigner d'impatience, j'ai tellement hâte d'écouter du Tchaikovski joué par des russes ! Gidon Kremer est un monument de maîtrise - je n'ai même pas perçu l'ombre du soupçon d'une note à côté, il est formidablement impressionnant. Et ce bis, d'une délicatesse à peine marrie par l'exode bruyant d'un contrebassiste (qué?).

Le Tchaikovski par des russes. Voilà 10 minutes que je fixe mon clavier, ne trouvant pas les mots pour décrire cette demi-heure de pur bonheur. vous serez indulgents, car tout ce que je pourrai écrire ne rendra certainement pas justice à leur magnifique interprétation de la symphonie. Si les bois et les cuivres sont bons (mais pas exceptionnels), les cordes sont magistrales : elles ont un son riche d'une rondeur, d'une puissance, d'une générosité qui rappellerait un peu les voix masculines des grands chœurs russes (religieux ou militaire...). Alors qu'elles suivent scrupuleusement le tempo, elles dégagent toutefois une sensation d'excitation qui donne une impression trompeuse d'accélération. Il en est de même pour les nuances : à nuance constante, j'ai une impression de crescendo permanent, qui est juste du à cette tension que l'orchestre sait installer. Et quelle homogénéité de son chez ces cordes ! Quels ffff beaux et clairs malgré la puissance sonore ! Quelle fougue ! Djac me confirme cette particularité du son des cordes russes, sans pour autant en savoir la raison.
Ce sont des musiciens fougueux, certes, mais ils me font une impression très différente des autres orchestres que j'ai qualifié de fougueux cette année : puissants comme le CSO, certes, mais avec une chaleur et une générosité que (danger, cliché!) j'associe à la musique russe, emballés comme les Lipsiens, mais avec une spontanéité bien particulière.

Si le Philharmonique de Berlin est du chocolat noir dégustation 70%, le LSO du délicieux chocolat noir aux amandes, ou aux noisettes, s'adaptant au chef, si un orchestre amateur est un chocolat au lait qui a un peu débordé au micro-ondes, cet orchestre russe est une crème à tartiner aux noisettes et au praliné : riche, gourmand, généreux, sucré. Et on en redemande ! On finit le pot à la cuiller !

C'est ainsi qu'on clot le concert par rien moins que trois bis : un dans le ton, l'ouverture de fête de Chostakovitch, lis-je sur les commentaires de la chroniquette de Palpatine, la danse hongroise #1 de Brahms (ce qui met ma voisine en émoi) puis quelque chose de plutôt sud-américain, enjoué et guilleret. Une bonne série de bis un peu kitschounets mais joyeux qui laissent revigoré, et de très bonne humeur.

2 Comms':

{ Djac Baweur } at: 12 avril 2010 à 18:38 a dit…

"On finit le pot à la cuiller !"

Voilà encore un de ces klarismes comme on les adore !
Encore, encore ! :o)

{ Klari } at: 13 avril 2010 à 10:01 a dit…

Merci ;-)

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