lundi 19 avril 2010

Des Concerts Gais (et Beaux) euphoriques, joyeux et passionnés !


0 Comms'
Orchestre des Concerts Gais (& Beaux), direction Marc Korovitch
Concerto pour violon, Beethoven, Pierre Hamel
Symphonie #4, Schubert

Chroniquer un concert auquel on a participé est un exercice particulièrement périlleux, l'oreille et la mémoire étant sélectives, et je ne me rappelle guère que de trois jours passés dans la bonne humeur et la joie, de nuits raccourcies à force de compter des doubles croches et des contretemps avant de s'endormir. Ainsi, une seule chroniquette pour une générale et deux concerts, unanimement salués par un public de connaisseurs dont une jeune mélomane de 3 ou 4 ans qui a du affronter sa phobie des contrebasses, un ancien violon solo de Radio-France (!) et une pléthore d'amis et de collègues enthousiastes.

Vendredi 15
Ligne 2, 19h15, bondée. Munie d'un stock de partitions dûment réglées, d'un four, d'un violon, d'un pupitre, je joue les sherpa, aussi fière que si j'avais été la première second violon au monde à escalader l'Everest. Je croise le regard d'une grande et belle femme blonde. Qui m'adresse un immense sourire.
Une violoniste ! Avec une boîte à violon blanche !
« -Bonsoir ! Vous jouez où ?
- Pleyel.
- Oh. Vous êtes au National ? Au Philar'?
- Au Philhar'. Nous jouons du Suk et du Szymanovski. Avec Tetzlaff. Et vous ?
- Aux Concerts Gais !» claironne-je triomphalement «Nous jouons le concerto de Beethoven et la 4è de Schubert. Enfin, dans le 4è mouvement, il nous arrive de faire semblant.
- ! »

Samedi et dimanche - Concerts

De ma (courte) vie de second violon, je n'ai jamais été aussi heureuse de travailler un morceau : primo, ce n'est pas du Schumann, deuxio, j'ai le privilège, la joie, l'honneur, la fierté d'accompagner mon propre prof de violon. Qui nous a rejoint très tôt dans les répétitions pour mettre en place le concerto, dont les parties d'accompagnement ne sont pas insurmontables, mais dont la mise en place est épineuse ('je le mets où, mon ploum?').

Ayant pu régler ces difficultés au préalable, on peut pleinement profiter de ce concerto, qui renferme pleins de gâteries pour un second violon un tantinet motivé : d'euphorisants sforzandi, de vigoureuses et sportives séries de croches, et des passages d'une délicatesse inouïe, où l'archet ne peut être manié qu'avec un toucher de félin. Et en particulier un passage que je savoure toujours autant à chaque fois: un instant trop court d'une beauté inouïe* (2'30'' à 3'30''), où, à partir d'un silence presque parfait– une note suraïgue du violon solo, les cors et les violons créent délicatement un univers harmonique et rythmique, dans lesquels ces veinards de bassons jouent la plus jolie ligne mélodique jamais écrite, simple mais redoutablement efficace, ponctuée d'imperceptibles ploum-ploum des seconds.
Et la cadence. Ecoutez plutôt. (5'17'' - le visage radieux de Perlman qui s'émeut lui-même est magnifique)
Heureusement, les seconds violons peuvent se défouler après ce trop-plein d'émotions accumulées pendant les deux premiers mouvement au cours du troisième avec son lot de batteries, de généreux motifs fortissimo. Avant d'attaquer le tragique et terrifiant Schubert.

Ce Schubert.. En janvier, j'avais décrété ne pas aimer Schubert, tout comme j'avais décidé ne pas aimer les champignons quelque vingt-cinq ans auparavant. Si le troisième mouvement ne trouve toujours pas grâce à mes yeux, il me faut bien admettre, après ces concerts, que les trois autres mouvements ont quelque chose de fascinant – une mine joyeuse, un fond angoissé qui ne me laissent pas indifférente, malgré mes réticences.
Quelque part, un sol dièse en particulier me fait de l'œil : il se fait attendre, après de longues batteries de la-s frustrés, procurant une puissante sensation à la fois de satisfaction, d'excitation et d'attente. Le quatrième mouvement est plus difficile d'accès, alternant des passages burlesquo-forains avec des zones franchement troublées. La partie de second violon n'est qu'un gigantesque trait: bémols à foison, coups d'archets ésotériques, vitesse supersonique. Dans ce genre d'obscénité, je serais tentée de poser gentiment mon violon sur les genoux et feuilleter une gazette dûment dissimulée à cet effet sous les partitions. Mais c'est impossible, car notre partie est certes peu apparente, toutefois nous autres seconds violons détenons manifestement l'intégralité du pouvoir : cette sensation de déséquilibre ? Les seconds ! La marche harmonique ? Les seconds ! La pulsation ? Les seconds ! La tension dramatique? Les seconds !
Dans l'ombre, avec le dévouement et l'abnégation dont seuls des seconds – des altos ou des jedis, à la rigueur, sont capables, nous besognons à toute allure, récompensés par une grisante sensation de pouvoir et la certitude d'être indispensables. Pendant ce temps, les vents et les premiers ajoutent paisiblement les finitions.

C'est certainement pour cela que le chef, malgré nos mises en demeure répétées, nous fait rejouer une généreuse moitié du quatrième mouvement en bis. Deux fois.

A lire aussi: Zvezdo, et l'inénarrable chroniquette de Richard, qui est certainement mon mon auteur anglophone favori - bien qu'il possède un Iphone, et qui permet d'entrevoir le monde étrange de la cuivrerie.

* preuve qu'écouter un orchestre de l'intérieur est trompeur, je trouve les CG aussi bons que l'orchestre de la vidéo mise en lien, qui n'est guère que le Philharmonique de Berlin. Oups.

0 Comms':

Enregistrer un commentaire

 

Mentions légales - Copyright © 2007-2012 Le klariscope. Tous droits sur les chroniquettes patati, patata.
RSS Feed. Ce blog est fièrement propulsé par Blogger. La template est signée dzignine d'après le modèle Minima-White