mercredi 3 mars 2010

Le Philharmonique de Berlin


2 Comms'
Berliner Philharmoniker
Sir Simon Rattle - Mitsuko Uchida
vendredi 26/02 2010 20:00

György Ligeti, San Francisco Polyphony
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano n° 4
Jean Sibelius, Symphonie n° 2

Indéniablement, c'est un orchestre intimidant, légendaire : un de ces orchestres si connus qu'il en a quelque chose d'irréel. Et pourtant il existe bel et bien et le voici en chair et en os à Pleyel, à la Cité de la Musique, pour toute une ribambelle de concerts, tables rondes et autres joyeusetés. A l'entrée de Pleyel, je manque me cogner au plus grand musicien du monde : 2m et des poussières de corniste anglais en queue-de-pie, ca ne se trouve pas au coin des rues.

Je prends ma place à l'arrière-scène, mon perchoir préféré, alors qu'une harpiste et les contrebassistes s'échauffent les doigts. Le résultat, quoique improbable (qui composerait pour quatre contrebasses et harpes, je vous le demande) est très doux, apaisant et toutefois un tantinet étrange. Pour l'occasion, Pleyel a même fait un peu de surbooking : deux spectateurs se retrouvent assis à la même place, sur une des banquettes de l'arrière-scène, au grand dam des ouvreuses qui se retrouvent à négocier au talkie-walkie pendant l'entrée des musiciens. Finalement, tout le monde se serre un peu, et on n'en parle plus. (une demi-place au premier rang de l'arrière-scène, ça ne se refuse jamais). Entre temps, je fais des grands coucou à un ami pianiste, placé à quelques sièges de moi.

On commence par un Ligeti, étrange, beau et dissonant, qui me laisse suffisamment perplexe pour que je ne me risque pas à le commenter. Sans transition, un concerto de Beethoven : je reste un peu sur ma faim, sans réussir à mettre le doigt sur le pourquoi du comment. Tout en accompagnant mes déambulations dans les escaliers de Pleyel (je cherche à localiser d'éventuels acheteurs de places pour les Concerts Gais), l'ami pianiste réussit bien mieux que moi à mettre en mots son ressenti : d'après lui, Mitsuko Uchida est juste une pianiste, pas un ovni à la Sokolov, Berezovski, etc. Une pianiste, avec beaucoup de sensibilité, mais des moyens techniques raisonnables, avec lesquels elle fait de son mieux, ce qui la rend touchante, humaine. En effet, elle émeut, sans qu'on ressente cet effroi admiratif que d'autres peuvent provoquer : par exemple, je ne me suis toujours pas remise d'un concerto de Brahms par Kissin, que j'avais eu le privilège d'écouter au TCE en 99, j'ai des frissons rien qu'en y repensant.

Après l'entracte, le Sibelius. Il paraîtrait que ce soit l'une des œuvres les plus appréciées du finlandais, mais je suis un peu déçue par l'alternance entre des passages délicats, poétiques, très émouvants, et des passages franchement pompiers. Le Philharmonique de Berlin ne se laisse pas démotiver, et bien que cette pièce ne soit pas, à mon avis, dans leur cœur de métier, ils jouent avec un engagement qui laisse pantois.
Ceci est d'autant plus frappant dans les passages ffff grandiloquents et dramatiques, où le Philharmonique évoque un Boeing qui décolle - dans le genre long courrier qui manœuvre, j'aimerais les voir jouer une Symphonie Alpestre, bref - où ils donnent à ces passages une intensité que Sibelius n'avait à mon avis pas prévue.. La symphonie me parait trop mignonne, trop étriquée pour donner lieu à tant de déchainement musical. Globalement, je suis un peu sur ma faim, ayant l'impression d'avoir écouté une succession de beaux passages, sans unité. Djac me suggère plus tard que Rattle était en petite forme, peut-être ?

A la fin du concert, nous réalisons que pratiquement personne n'a toussé à ce concert - je n'ai compté que quatre "rrhhheuuuurph", pendant toute la soirée. J'émets alors la théorie que le Philharmonique de Berlin doit sérieusement intimider ses spectateurs, certainement terrorisés à l'idée d'être foudroyés par le fantôme de Karajan. Quelques instants plus tard, j'ai l'occasion de vérifier ma théorie : l'ami mélomane-musicien a ses entrées, et nous nous retrouvons dans les loges. Cernée par des dizaines de musiciens en train de se changer / trimballer d'immenses étui à contrebasses, je n'en mène pas large. Au bord de la panique, je me retrouve en train de serrer la main à un très courtois premier violon qu'on me présente (du Philharmonique de Berlin ! parlant français sans accent ! amateur de baroque ! élève de Heifetz !), à sourire timidement aux musiciens que l'on croise, que manifestement nous gênons - ca prend de la place un violoncelle. Après avoir franchi l'embouteillage qui entoure Simon Rattle, et fait un grand sourire à Mitsuko Uchida, qui sautille en souriant de toutes ses dents, nous descendons l'escalier de service derrière un vieux monsieur que je crois déjà avoir vu quelque part : "mais si! Tu connais!" Euh non, je ne vois pas. "Ivry Gtlis, voyons!" . Oups. Il ne reste plus qu'à traverser le long couloir de l'entrée rue Daru, en affichant un air digne et serein, alors que des dizaines de musiciens (du philharmonique de Berlin!) s'y massent.

Pfiou, en effet, c'est intimidant.

2 Comms':

{ Djac Baweur } at: 3 mars 2010 à 13:35 a dit…

Rattle en petite forme ou pas très Sibélien...
Et un peu de la faute de Sibélius, aussi, qui veut faire cohabiter une sorte de fondu sombre d'un Turner à la sauce norvégienne et du grandiose fanfaresque comme tu l'as noté. La 7e symphonie est à ce titre infiniment mieux aboutie que cette 2eme.

Mais, heu, pourquoi y'avait un corniste anglais en queue-de-pie ?

{ Klari } at: 3 mars 2010 à 14:02 a dit…

Je ne sais pas, je n'ai pas osé lui demander ;-)
(il papotait avec une jeune femme de ma taille, qui du coup, avec l'air d'être grande comme une schtroumpfette)

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