mardi 19 janvier 2010

Boudiou, mais à quoi donc sert un chef d'orchestre ?


6 Comms'
Il s'agit là d'une question qui mériterait d'être posée à l'écrit de l'agrégation de musicologie, voire de philosophie, n'est-ce pas. Mon flûtiste adoré de mon orchestre préféré apporte quelques éléments de réponse sur son blog:
"The question people ask me the most is, does a conductor make a difference to an orchestra or couldn’t you just all do it yourself. Well, the truth of the matter is, yes and yes sometimes"
puis il s'interroge sur Gergiev et son 'fluide'.

Le week-end dernier, l'orchestre 'Les Concerts Gais' a eu l'occasion, assez exceptionnelle, d'auditionner quatre chefs. Pas Gergiev, certes, mais du très beau monde toutefois. Je ne sais pas si cela a été intéressant pour les chefs auditionnés, mais pour un musicien (y compris pour un violon très très second, comme moi), c'est une expérience riche en enseignements..

Conditions du test :
- quatre chefs en lice, tous chevronnés et dotés d'un beau pedigree,
- une bonne trentaine de musiciens
- un jury de quatre musiciens professionnels, dont deux incognito, dans les pupitres d'alto et de hautbois,
- le premier mouvement de la 5è de Beethoven, aka Pom-pom-pom-POOOM

Constat #1
Deux musiciens d'un même orchestre peuvent être d'un avis diamétralement opposé. Sur une même spécificité d'un chef.
Ex 1: "- C'est quoi ce tempo d'hystérique?
- Très très bien, ce tempo plein d'allant !"
Ex 2: "- J'aime bien la manière dont il nous fait travailler en détail un passage.
- M'enfin, on se la file un peu cette symphonie!"
Ex 3: "-Sa battue est très claire!
-je ne comprends rien à sa battue"
Ex 4 : "Hum, ce chef ne nous a pas fait progresser.
- Ah si!".
Bref.

Constat #2
Manifestement l'échantillon des chefs semble représentatif, du moins en ce qui concerne le ratio homme/femme dans la profession: quatre chefs, quatre hommes.
(merci la parité)

Constat #3
Même une œuvre aussi carrée que ce Pom-pom-pom-POOOM peut donner lieu à des visions très différentes. Il y a celui qui cherche à mettre en valeur l'aspect rythmique, frémissant du Pom-pom, celui qui insiste sur l'aspect mélodique du fameux ta-da-di-da-da-dam :
ou encore celui dont les yeux pétillent tout en expliquant en quoi l'utilisation des timbales et des trompettes dans ce passage est géniale (de fait, ça évoque un certain vénézuélien qui affirme - et prouve, que Stravinsky est l'inventeur du heavy metal)

Conclusion :
La plupart des chefs ont des qualités x, y très appréciables, des défauts z, w, moins attachants; au-delà, on trouve le chef-ovni. Rarissime, y compris chez les pros. Le chef-ovni possède a minima les qualités suivantes :
- le chef-ovni sait ou fait semblant de savoir où il va: pas d'hésitation avant de désigner le passage à fignoler et/ou les heureux pupitres qui vont avoir l'immense privilège de jouer et re-jouer ce passage devant leurs petits camarades,
- il exprime clairement ses objectif musicaux, pas uniquement le moyen d'atteindre ledit objectif : demander un pppp aux seconds violons, c'est bien. Leur faire comprendre que le pppp, c'est pour laisser passer les flûtes, c'est mieux. Expliquer l'intérêt musical dudit pppp, exiger que les flûtes jouent fffff même si c'est écrit pppp parce que de toute façon, si on ne les entend pas, le morceau n'a pas raison d'être, c'est encore mieux.
Et quand le pupitre de seconds violons du fond lève enfin le nez de sa partition pour écouter le forte impérieux des trompettes ou le thème des flûtes en se disant que c'est fichtrement joli, on frôle le miracle.
- il fait croire à tous ses musiciens qu'ils sont géniaux (pendant quelques instants, je me suis prise pour Julia Fischer, c'est dire) et que leur faire rejouer un passage ou modifier un petit quelque-chose, c'est pour mieux mettre en valeur leur talent.
- il peut être trop petit, trop grand, trop ébouriffé, trop jeune, trop vieux : peu importe, il est charismatique. D'une part, on comprend mieux qu'un Gergiev, semblant toujours sortir d'une poubelle à légumes, ait pu taper dans l'œil d'une jeunette, d'autre part on regarde le chef quand on joue - même si, comme d'habitude, on ne comprend rien à sa battue.

Les Concerts Gais donneront ainsi leur tout premier concert les 17 et 18 avril au temple des Batignolles, sous la direction de leur tout nouveau chef-ovni, choisi à l'unanimité du jury, Marc Korovitch.

A lire aussi: le compte-rendu plus sérieux, de Zvezdo l'altiste.

6 Comms':

zvezdo at: 19 janvier 2010 à 19:35 a dit…

oui, sérieux.... limite soviétique, modèle 1965! j'ai honte.

{ Klari } at: 19 janvier 2010 à 19:42 a dit…

bah, entre URSS et youpi-les-petits-oiseaux-land, le mélange de nos deux chroniquettes forme un bon compromis !
par ailleurs, elle n'est pas soviétique, ta chroniquette, elle est objective et argumentée..

{ Laurent } at: 19 janvier 2010 à 23:13 a dit…

J’ai pas suivi : pendant que zvezdo devenait altiste, toi tu devenais violoniste ??

{ Klari } at: 19 janvier 2010 à 23:32 a dit…

Laurent, c'est moi qui ne te suis pas ?

(ou peut-être croyais-tu que j'étais altiste? ai-je à ce point une tête d'altiste ?! toujours été au (second) violon, moi! )

{ Laurent } at: 21 janvier 2010 à 00:42 a dit…

Ben oui… C’est tout un mythe qui s’écroule… Mes neurones sont décidément en mauvais état…

{ Klari } at: 21 janvier 2010 à 10:20 a dit…

Mais non.

De toute façon, il est écrit en quelque part que je vais tourner alto un jour ou l'autre. Tu as tout simplement su voir au-delà des apparences et déchiffrer mon destin. (tu vois, c'est déjà plus flatteur ;-)

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