Salle Pleyel - 12-XII-09, 20h
Raag
Yaman,
alap,
jod,
jhala,
rupak talRaag ??? puis Raag Mala,thumri,
dadra tal puis
teental (exemples de
taal ici)
Cela faisait longtemps que j'avais marqué d'une pierre blanche ce 12 décembre 2009 :
Shivkumar Sharma et
Zakir Hussain, ensemble, à Pleyel ! Cette fois, je mets toutes les chances de mon côté : places réservées bien en temps et en heure, tickets en ma possession, ralliement à l'avance.
Du beau monde se dirige vers Pleyel : dans le métro, la strapontin à ma droite est occupé par un indien d'âge mûr, d'allure fort distinguée, qui lit un ouvrage en anglais traitant de la difficulté de l'interprétation des
textes Palî du fait de leur dispersion. Ma foi, je ne serais guère étonnée que nous nous rendions au même endroit. A Pleyel, du beau monde nous attend :
Bladsurb*, quelques représentants du corps diplomatique indien, le
très talentueux violoniste du Freylekh Trio, et deux amis, dont
celui qui avait bien failli causer ma mort prématurée l'année dernière.
La salle Pleyel s'est faite cosy pour l'occasion : l'arrière-scène est cachée par de grands rideaux noirs, une estrade est installée au milieu du praticable pour accueillir les solistes et leurs instruments. Au moment où les lumières s'éteignent, j'ai un instant d'appréhension : vont-ils choisir l'option
Musique-Indienne-Pour-les-Nuls, comme Amjad Ali Khan, ou sera-ce débrouillez-vous-on-vous-fait-de-l'authentique-z'acez-qu'à-suivre ?
Les trois musiciens - nos deux solistes sont accompagnés du discret préposé à la
tambura, prennent place. S. Sharma consacre un long moment à accorder son instrument, les notes qui s'égrènent doucement créent une atmosphère de tranquillité, et annoncent d'ores et déjà la couleur du raga choisi pour inaugurer le concert.
La première partie du concert est consacrée à un magnifique développement du raga Yaman, au santoor seul. Malgré les efforts de mon
guru adoré - qui avait tenté tant bien que mal de reprendre en main mon éducation musicale, je n'étais pas à même d'apprécier leur talent, les premières fois où j'ai pu écouter S. Sharma et Z. Hussain ensemble. Aujourd'hui, un révélation : écouter un raga (bien interprété), c'est un peu assister à la création d'un monde.
Au début il n'y a rien.
Puis le soliste crée un univers modal (et vit que c'était bon).
Puis une mélodie.
Puis une pulsation.
Selon le musicien, on aimerait qu'il en finisse rapidement, ou à l'inverse que le septième jour n'arrive jamais: Shivkumar Sharma montre ici toute l'étendue de son intelligence musicale, et développe ce magnifique raga lentement, sereinement, note après note, sans esbrouffe, sans fanfreluches. Mais avec une présence, un sens de la mélodie, une capacité à commander l'attention époustouflants. Pendant la partie lente ou alap - pratiquement arythmique, il crée, lentement, imperceptiblement, la sensation d'une pulsation, qui petit à petit, se renforce jusqu'à laisser place au jod et au jhala, les parties plus 'pêchues' du développement habituel d'un raga. A la fin, un respectueux silence ponctue ce magnifique et envoûtant raga, avant de laisser place à de généreux applaudissements.
Mais j'étais aussi venue pour écouter Zakir Hussain, que j'ai déjà eu le privilège d'écouter en formation classique, en jazz, et qui à chaque fois, m'éblouit par une facette différente de son talent. Aujourd'hui, il brille par sa retenue. On me sussure que le professeur de tabla de la Cité de la Musique aime à raconter des anecdotes datant de son apprentissage en Inde: en substance, aux tablas, il est beaucoup, beaucoup, plus facile d'envoyer un
ba-da-ba-boum-clipciclop-dounloung-bim-bom à toute allure que d'inventer un accompagnement dépouillé, musical et pertinent.
Pendant le thumri, Zakir Hussain frappe par sa sobriété, le dépouillement maitrisé de son jeu, et par une capacité à marquer certains temps forts.. en ne les jouant pas. Il accompagne avec une pertinence et une présence terrible son compère, sans lui voler la vedette, sans se rendre invisible non plus. Autant le thumri donne parfois lieu à une débauche de virtuosité ( ce qui parfois a son charme, certes), Hussain et Sharma privilégient la musicalité de la pièce et ne se laissent que modérément aller à l'étalage de virtuosité. Leur évidente complicité et leur écoute mutuelle (Zakir Hussain déjoue avec aisance les pièges rythmiques que lui tend avec malice Shivkumar Sharma) est unique.
Quand le concert se termine, et que les deux musiciens ont fini de se relever (ils ont beau ne pas faire leur âge, les genoux semblent engourdis après avoir passé deux bonnes heures en tailleur), leur fabuleuse performance est saluée par une standing ovation bien méritée.
Le retour à la réalité est un peu difficile : la salle Pleyel met un certain temps à se vider, quelques badauds font durer le plaisir et viennent admirer les instruments encore sur scène, applaudir Zakir Hussain quand il vient récupérer le santoor de Shivkumar Sharma. Une ouvreuse doit finalement mettre à la porte quelques irréductibles spectateurs bien décidés à rester toute la nuit..
La soirée se prolonge par un agréable débrief au désormais célèbre do-ré-mi, puis par un chaleureux anniversaire où j'ai le plaisir de rencontrer deux autres spectateurs de ce concert, et un membre de l'équipe de la future Philharmonie : hip hip hip uuh hourra ! Je vais pouvoir admirer la maquette de la Philharmonie !
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Si ce concert a été pour moi un des tous meilleurs du cru 2009 (à peu près avec le Simon Bolivar Youth Orchestra), ce n'est pas le cas pour tout le monde: le couple de spectateurs rencontrés au chaleureux anniversaire est resté sur sa faim, et ont préféré les concerts de Ravi Shankar, par exemple. Je pense que le concert de ce soir était magnifique, certes, mais un poil ardu peut-être, plus exigeant certainement vis-à-vis du spectateur que Ravi Shankar ou Amjad Ali Khan.