Opéra Garnier - samedi 14 novembre, 14h30
Amoveo, B. Millepied, musique : Ph. Glass
Répliques, N.Paul, musique : Gy. Ligeti
Genus, W. McGregor, musique : Joby Talbot et Deru
Trois ballets pour le prix d'un - chacun durant entre 25 et 45 minutes. Pile-poil ma capacité de concentration :
- Amoveo : un ballet joyeux et enlevé, frais, magnifiquement interprété par des danseurs vêtus de costumes aux couleurs vives. Un mini-moonwalk au passage dans un coin. Voir des danseurs en costume "normal" (jupe/pantalon + t-shirt) me fait réaliser que la plupart ne sont pas maigres, mais extrêmement musclé(e)s et dessiné(e)s. Sauf deux trois pucettes aux genoux proéminents qu'on a envie d'expédier quelques semaines en stage gastronomique. Le tutu doit amincir, je suppose. Il faut se taper 25' de Philip Glass, c'est regrettable.
- Répliques : de magnifiques décors et rideaux translucides abritent ce ballet conceptuel. Une chorégraphie douce et onirique sur une musique-de-fin-du-monde.
-Genus : une gigantesque claque dans la gueule. Les décors, la musique et les vidéos ne servent pas de support, mais, forment un tout avec la danse à couper le souffle (la moitié du ballet en apnée, je vous jure). Les généreuses lignes de basse de la musique m'ont mis dans un état de semi-hallucination me permettant d'apprécier encore plus les danseurs exécutant sur scène de magnifiques enchaînements de mouvements, parfois saccadés, tordus, mais toujours exquisement beaux et fluides. Pour la première fois, je ne suis plus seulement admirative, mais complètement, irrésistiblement émue par ce que je vois/entends/perçois. Wayne McGregor est désormais mon maître à penser.
A lire : la critique de Répliques par le modérateur du forum dansomanie. Conceptuel, vous disais-je.
jeudi 19 novembre 2009
mardi 10 novembre 2009
Concert-éveil : Schéhérazade racontée par l'Orchestre Colonne
Salle Pleyel - Dimanche 8-XI-09, 10H45Orchestre Colonne, dir. L. Petitgirard
D'après mes souvenirs brumeux, je n'ai pas assisté à un concert pour gamins dans mon enfance. Je n'ai guère que de vagues souvenirs de m'être dandinée des heures lors d'un interminable Requiem de Verdi. Un Wagner sans fin chanté en hongrois. Voilà une lacune aisément comblée grâce au concert éveil de dimanche dernier: au programme, la Schéhérazade de Rimsky-Korsakov.
Il y a une ambiance de joyeuse rentrée des classes aux environs de Pleyel : des bataillons de mouflets accompagnés de parents trottinent en direction de la salle. D'estimables parents, l'air perdu, demandent où peut bien se trouver la rue St-Honoré, on a envie de leur dire de suivre la marée d'enfants. Dans le hall, une ambiance globalement détenue et joyeuse. Je gâche l'humeur avec ma mine angoissée : un couple d'amis, peut-être pour se venger d'avoir été entraîné de force à un concert-éveil, a décidé d'arriver à 10h44. Un papy dépité partage mon désespoir : il n'a pas pu trouver de place, le concert est désormais complet.
L'orchestre a lui aussi quelques difficultés à se mettre en place : deux violonistes arrivent bien en retard : des partitions ont disparu. Le chef , Petitgirard, arrive : même le dimanche aux aurores, il est en verve, et fait s'esclaffer, les petits et les grands :
" Cà c'est le thème du méchant sultan qui assassinait ses épouses le lendemain du mariage: ca peut aller une fois, deux fois, mais il ne faut pas exagérer"
"Pour savoir si le tam-tam joue piano, forte, ou fortissimo, il suffit se regarder les trombonistes. Là, ils font la grimace, c'était un fff".
"La différence entre un concerto et une pièce concertante, c'est que le soliste est assis. Vu son grand âge, c'est mieux"
Chaque mouvement est précédé d'une courte introduction où Petitgirard fait jouer le ou les thèmes principaux par l'orchestre et/ou les solistes concernés, et donne quelques clés d'écoute du mouvement, le tout assaisonné de plaisanteries. Une surprise nous attend au début du quatrième mouvement, La Fête à Baghdad ("Heureux temps où on pouvait écrire des titres come çà") : le chef fait venir le petit Thibault, et lui donne les rênes de l'orchestre. Il tente de lui inculquer les principes du "cinoche du chef", mais le petit Thibault, avec raison, est un adepte de la direction épurée : une simple battue suffit amplement.
" Tu dois prendre l'air cruel, c'est très important, l'air méchant. Très méchant. Fais de grands gestes quand tu veux que l'orchestre joue fort ; fais-toi tout petit quand tu veux un piano"
Une gigantesque ovation salue la prestation de ce tout jeune chef, qui n'a pas l'air traumatisé outre mesure de diriger dans une salle Pleyel remplie jusqu'aux entournures.
Alors que l'orchestre est un petit peu en manque de caféine au tout début de l'œuvre, ils se réveillent progressivement (il semblerait qu'ils aient squeezé le raccord-café du dimanche matin) et sont, dès les deuxième et troisième mouvement, très présents, en particulier le premier violon qui, à l'heure où le juste se demande s'il va acheter des croissants ou se recoucher, enchaîne sans faille soli vertigineux sur galipettes violonistiques.
Par contre, le public n'est pas en manque de caféine : à côté de moi, une gaminette dirige énergiquement depuis son fauteuil, l'intégralité du concert. Un peu plus loin, un marmot s'exclame joyeusement dès qu'il identifie les thèmes de la pièce "Oh, le naufrage !", "Le gentil prince !", "Le méchant sultan !". Seule exception au tableau, les gamins de la rangée devant moi, sages comme des images - à leur décharge, leur accompagnatrice fronce d'imposants sourcils dès que quelqu'un pipe mot. Le concert est salué par d'enthousiastes et juvéniles applaudissements, puis par des coucous, tout simplement.
A la sortie du concert, le débriefing :
- certains décideront d'acheter sur le champ un disque, et d'écouter Schéhérazade en boucle le reste de la journée,
- d'autres décideront de réserver sur le champ une demi-rangée pour le prochain concert-éveil de Colonne, Star Wars (!!), déjà complet : heureusement, comme Madonna, l'Orchestre Colonne gratifie son public parisien d'une deuxième date, dépêchons !
- des amis échoués au premier rang comparent la brillance des chaussures des premiers violons : le violon soliste aurait des chaussures mieux cirées que Gentil-Prof. Voilà autre chose..
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une autre Schéhérazade, par l'orchestre de Paris, en septembre 2008
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chroniques concertantes
dimanche 8 novembre 2009
Le trio Nada Mas au 46, rue des Rigoles.
Trio Nada Mas, Les Danseurs de Tango (et les photos pourries prises avec le portable)
Nous remontons la rue des Rigoles, jusqu'à un numéro 46 qui prend un malin plaisir à se dissimuler, en nous réchauffant à coup de plaisanteries rigolotes, inspirées de près ou de loin par le nom de la rue. Nous ne sommes manifestement pas les premières, puisque quelqu'un a été jusqu'à écrire un roman intitulé "Rue des Rigoles".
Bref.
Je me sens comme un grand reporter en mission : nous infiltrons le monde inconnu de ces noctambules, rares et passionnés: les danseurs de tango. Il règne une ambiance à la fois bon enfant et un peu désuète dans leur quartier général : des couples parfois improbables dansent tranquillement autour de la salle, concentrés et silencieux. Un DJ improvisé projette la barre d'outils et le fond d'écran, des photos ou les messages d'erreur de son Mac qui plante sur un écran en toile.
J'attends l'entrée du trio Nada Mas avec un jus de poire. De tous les bars de toutes les villes du monde, il a fallu qu'ils jouent dans celui qui ne sert que des jus de fruits. Les musiciens ont choisi de ne pas amplifier leur instrument, et ils ont raison, le son est plus net, plus chaleureux et moins encombré. La bandonéoniste - tellement belle que c'en est indécent, s'est équipée, outre son biniou, d'un petit chiffon blanc, qu'elle cale sous son talon, épargnant ainsi le plancher et étouffant le clac! des vigoureux coup de talon-aiguille qu'elle assène. Plus posés, l'altiste et le pianiste se contentent d'afficher des sourires lumineux lors d'un contretemps particulièrement bien contré, ou d'une syncope particulièrement syncopée. Bien qu'il s'agisse d'un ensemble tout jeune, leur programme est déjà vaste, et maîtrisé. Je ne peux qu'applaudir des deux mains au choix de l'alto à la place du violon, qui est décidément un instrument bien trop criard pour convenir à la mélancolique intériorité du tango.*
Au bout d'un demi morceau, les danseurs se décident, un à un, à occuper à nouveau la piste, autour des musiciens. L'hétérogénéité des danseurs est flagrante : de la débutante encore vacillante mais décidée au danseur aguerri et gominé, de la jeune étudiante à la femme altière à l'âge plus que mûr. Les styles diffèrent également : on peut choisir d'admirer cette femme tout en noir qui danse un tango sobre et distingué, ou de sourire aux grands ronds de jambe athlétiques de cette jeune fille peu vêtue.
Malheureusement, j'ai Pleyel le lendemain matin, tôt, et il faut se résoudre à renoncer à la deuxième partie du trio Nada Mas, et songer à acheter un appareil photo digne de ce nom - les photos de nuit au Nokia, c'est trop expérimental.
* je suis vraiment en train de passer du mauvais côté de la force..
Nous remontons la rue des Rigoles, jusqu'à un numéro 46 qui prend un malin plaisir à se dissimuler, en nous réchauffant à coup de plaisanteries rigolotes, inspirées de près ou de loin par le nom de la rue. Nous ne sommes manifestement pas les premières, puisque quelqu'un a été jusqu'à écrire un roman intitulé "Rue des Rigoles".
Bref.
Je me sens comme un grand reporter en mission : nous infiltrons le monde inconnu de ces noctambules, rares et passionnés: les danseurs de tango. Il règne une ambiance à la fois bon enfant et un peu désuète dans leur quartier général : des couples parfois improbables dansent tranquillement autour de la salle, concentrés et silencieux. Un DJ improvisé projette la barre d'outils et le fond d'écran, des photos ou les messages d'erreur de son Mac qui plante sur un écran en toile.J'attends l'entrée du trio Nada Mas avec un jus de poire. De tous les bars de toutes les villes du monde, il a fallu qu'ils jouent dans celui qui ne sert que des jus de fruits. Les musiciens ont choisi de ne pas amplifier leur instrument, et ils ont raison, le son est plus net, plus chaleureux et moins encombré. La bandonéoniste - tellement belle que c'en est indécent, s'est équipée, outre son biniou, d'un petit chiffon blanc, qu'elle cale sous son talon, épargnant ainsi le plancher et étouffant le clac! des vigoureux coup de talon-aiguille qu'elle assène. Plus posés, l'altiste et le pianiste se contentent d'afficher des sourires lumineux lors d'un contretemps particulièrement bien contré, ou d'une syncope particulièrement syncopée. Bien qu'il s'agisse d'un ensemble tout jeune, leur programme est déjà vaste, et maîtrisé. Je ne peux qu'applaudir des deux mains au choix de l'alto à la place du violon, qui est décidément un instrument bien trop criard pour convenir à la mélancolique intériorité du tango.*
Au bout d'un demi morceau, les danseurs se décident, un à un, à occuper à nouveau la piste, autour des musiciens. L'hétérogénéité des danseurs est flagrante : de la débutante encore vacillante mais décidée au danseur aguerri et gominé, de la jeune étudiante à la femme altière à l'âge plus que mûr. Les styles diffèrent également : on peut choisir d'admirer cette femme tout en noir qui danse un tango sobre et distingué, ou de sourire aux grands ronds de jambe athlétiques de cette jeune fille peu vêtue.Malheureusement, j'ai Pleyel le lendemain matin, tôt, et il faut se résoudre à renoncer à la deuxième partie du trio Nada Mas, et songer à acheter un appareil photo digne de ce nom - les photos de nuit au Nokia, c'est trop expérimental.
* je suis vraiment en train de passer du mauvais côté de la force..
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