lundi 28 septembre 2009

Le plus Sympathiquissime des Orchestres

London Symphony Orchestra aka LSO aka L'orchestre qui a enregistré Star Wars, dir. Valery Guergiev
Salle Pleyel, 27/09/09 16h
Debussy, la Mer
Chostakovitch, symphonie №8

Un beau programme pur XXè siècle, comme je les aime, interprété par un orchestre en tournée à Paris1 (dûment muni de redingotes et d'instruments, cette fois)

J'ai aujourd'hui une de mes places favorites2, c'est-à-dire au tout premier rang de l'arrière-scène, d'où je pourrais presque tourner les pages de la partition du timbalier. Si on peut moins se plonger dans la musique3, j'ai toutefois l'impression de percevoir - un peu, ce qui se passe dans l'orchestre. Qui s'installe dans la joie et la bonne humeur : deux altos s'accordent un grand sourire jusqu'aux oreilles, le grosse-caissier4 rit de toutes ses dents avec le timbalier, un premier violon (Leader? Co-leader? Assistant leader? Sub-Leader? Sub-Principal?) essaie de faire entendre son la, personne ne l'écoute, mais il ne se départit pas de son grand sourire5. Pendant ce temps, une percussionniste fait de grands sourires aux membres du public qui la regardent bidouiller dans son atelier6. Voici un orchestre heureux.

Malgré toute cette joie de vivre qui dégouline de l'estrade de Pleyel, ils donnent sous la direction (peu claire je crois, et marquée d'étranges tremblements des phalanges distales) de Guergiev, une Mer tourmentée. Parfois Harry Potter-ienne (un passage qui fait intervenir le glockenspiel, je crois, a un son bizarrement potterrien, ce qui n'est pas complètement absurde puisque c'est eux qui l'ont enregistré)

A l'entracte, point d'excès de zèle (cf. Chicago) : les musiciens partent à l'exception de la clarinette basse - qui en effet, a un magnifique solo casse-anche dans la symphonie, et est nouveau à l'orchestre d'autre part, et des percussionnistes, qui reviennent à l'atelier accorder leur matériel. J'ai beau être pile-poil au dessus des timbales, j'ai du mal à comprendre le mécanisme.

La symphonie, œuvre pourtant particulièrement sombre, me met en joie : pendant un passage du premier mouvement, alors que seuls les pupitres de cordes jouent, il me parait y avoir une telle écoute et une telle homogénéité entre les pupitres qu'il semblerait qu'un seul instrument joue les cinq parties qui s'entremêlent, au lieu de cinq pupitres concomitamment. Plus tard, le premier violon, au cours d'un périlleux solo, semble prendre particulièrement soin à déguiser le son de son violon en violoncelle pour faciliter l'entrée du violoncelle solo. Plusieurs fois dans la symphonie, je suis frappée par l'entraide et l'écoute entre les pupitres7.

Symphonie particulièrement sombre et angoissante au demeurant, composée d'un premier mouvement cauchemardesque (mélodies obsédantes dans le suraigu, ouille), un deuxième mouvement hypnotisant (ce qui m'a valu quelques minutes de somnolence, mais un brunch copieux est aussi à mettre en cause) d'un troisième mouvement guerrier et rythmique, et d'un cinquième mouvement apocalyptique, qui verra les sept mercenai percussionnistes travailler d'arrache-pied.

Je suis d'autant plus ravie d'être à l'arrière-scène que je peux observer le travail des percussionnistes. Leur mi-somnolence concentrée entre leurs entrées (comment compte-t'on 60 mesures??), les petites tâches à effectuer entre leurs interventions (un peu de réaccordage, de rangement), les gestes précédant la fatidique entrée (hop, on étire un peu les épaules, les doigts), et la variété des techniques employées, en particulier dans ce programme : le cymbalier8 qui parfois tapote les cymbales, ou les carresse "chhhhrrrrrioouuf", ou les frappe continuellement de manière répétée "psh-psh-psh", ou encore y aller plein pot, ce qui semble solliciter tout le corps : il se penche en avant pour prendre son élan,puis les frappe violemment "PPSSSSSCHHHHHWOOUAH" tout en retenant un peu les épaules. Le timbalier n'y va pas non plus avec le dos de la mailloche : il est particulièrement impressionnant de retenue dans les toutes premières mesures de la Mer, où, bien qu'assisse juste à côté je ne l'entends même pas jouer, mais perçois toutefois une sorte de vibration dans l'air. Ou à l'inverse, dans le finale du Chostakovitch, où la vitesse est telle que les mailloches ne sont plus que des traînées blanches.

Bref, en sortant du concert, j'ai presque envie de me mettre à la caisse claire. Ou aux timbales. Que ceux qui connaissent mon légendaire sens du rythme s'abstiennent de ricaner, merci.

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1 : pour ceux qui lisent depuis quelques temps ce blog, ils auront désormais compris que j'ai -pour ma plus grande joie, cette année un abonnement "Orchestres Invités" à Pleyel.
2 : j'ai un faible pour le deuxième balcon, économique, et accoustiquement sympathique, je crois.
3 : le son est en effet un peu trop brut de pomme à cette (faible) distance
4 : ce mot n'existe pas, ne pas réutiliser en société.
5: croyez-moi, c'est rare.
6 : j'appellerai désormais la partie du praticable dévolue aux percus l'atelier, car en effet, c'est très industriel. beaucoup de choses métalliques, d'outillage inconnu, etc.
7 : on m'a déjà demandé ce qui me fait dire ça. Objectivement, je n'en sais fichtre rien, c'est plus une sensation qu'autre chose. Mais suffisamment forte pour je décrète que c'est vrai.
8 : qui ressemble un peu à mon voisin de luthier (que je vous recommande vivement: complètement dans la lune, mais pro)

lundi 21 septembre 2009

un Concert Superbement Ovationné à Pleyel

Chicago Symphony Orchestra, Bernard Haitink
Mozart, Symphonie 41
Brahms, Symphonie 1
Salle Pleyl, 20-IX-09, 16h

Ayant du m'envoyer quelques vigoureux coups de pied au fesses pour me décider à aller au concert, (un billet m'y attend, mais j'accuse le coup après une vilaine crève) je suis évidemment en retard. Je fixe la liste des stations ce qui malheureusement, ne fait pas accélérer la rame, comme un couple tout aussistressé, deux reconnaissables tickets roses à la main. Nos stratégies divergent: je descends à Courcelles, et choisis de galoper le long de la rue Daru, eux descendent à Ternes. Ils ont raison: on se rejoint pratiquement ex-aequo au 2è balcon. Eux frais et dispos, moi rouge et ruisselante. Mais détendus : le CSO ne se rate pas.

A 16h01, l'orchestre est déjà installé (étrange?), à 16h02, Haitink s'installe sur son piédestal. J'appréhende un peu, car je n'aime guère la 41è Symphonie de Mozart, ma dernière écoute en concert, par un orchestre pas tout à fait comparable au CSO dirigé par un jeune chef un peu pataud, m'avait laissée sur ma faim.
Et ce dimanche après-midi, de 16h03 à 16h40, je me prends une monumentale volée de claques en plein gueule. Le CSO exige le superlatif: c'est puissant sans être arrogant, expressif sans dégouliner, convaincu sans être pénible, et d'une lisibilité ! Chaque contre-fourchette, chaque petit orteil du sujet est clairement joué, sans être scolaire non plus. Et ce son ! Les quelques violoncelles et contrebasses qui sont sur scène produisent (en ffff, s'il vous plait) un son d'une rondeur, d'un velouté ! Ces plans ! Et ces fortissimi qui ne grésillent* pas !
De plus, on nous sert un Mozart énergique, expressif, intelligent, maîtrisé mais passionné comme on n'en entend peu dans une vie.**

Si j'osais émettre une critique, je dirais toutefois que le CSO ne connait pas les nuances en deçà du mezzopiano. Bah, la majorité des orchestres naviguent entre le p et le f, eux, ca se joue entre le mp et le fffff. Bah. Soit dit en passant, le CSO est très wasp. La dernière fois, j'ai cru voir un trompettiste noir, mais il a du partir vers de nouveaux horizons. Du coup, le niveau des cuivres a du baisser.. J'ai d'ailleurs cru entendre quelques couacounets dans le Brahms.

Et ces solistes! Ce hautboïste! Ce flûtiste ! (mais est-ce seulement de la flûte?). Il semblerait qu'il y ait eu quelques petits problèmes de recrutement d'hautboîste, mais le CSO a du dénicher une perle.

Pour l'anecdote, s'il est établi que nos amis lipsiens s'abreuvent de bière pour être au niveau, les ricains, ils bourrinent: pendant l'entracte, tous les musiciens sont restés sur scène, un minimum de papotage, et zou! du trait, de la gamme, pendant 20 bonnes minutes. Quelle bande de geeks. Au point que pendant les saluts finaux, un altiste, qui déjà s'était fait remarquer pour s'être ré-accordé en cours de symphonie sans louper un pizz', montre un trait à son voisin. Un altiste du rang faisant du rab' pendant les saluts? Voilà qui explique le niveau de l'orchestre, ma foi..

* en effet, un orchestre qui joue plus fort qu'il ne le peut tend à grésiller, comme une radio mal réglée.
**ailleurs : la chroniquette de Laurent, qui n'est pas d'accord.

mercredi 16 septembre 2009

Le klariscope rétablit la vérité sur la Malher #3

N'ayant malheureusement pas pu vendre mes talents de Webmaster (41 k€, ca en fait, des abonnements à Pleyel), je bondis avec enthousiasme quand on me propose de m'infiltrer à une répétition générale à Pleyel. En l'occurrence, la symphonie de Malher #3, dirigée par Christoph Eschenbach, qui manifestement se fait un petit mahlerton avant de voguer vers de nouveaux horizons.
Malher a composé dans une délicate petite cabane, nichée dans un cadre idyllique - digne de figurer en fonds d'écran des meilleurs sites internet français, une gigantesque symphonie, perturbée à souhait, et qui sollicite une petite armée de choristes, de militants musiciens, etc. (pour comparaison, les percussionnistes et les cornistes à eux seuls sont aussi nombreux que les musiciens du sympathique orchestre amateur parisien au grand complet)

Le magnifique premier mouvement (aussi long qu'une symphonie standard) fait alterner un thème anxiogène aux cuivres avec une jolie mélodie enjouée - aux vents, puis cette délicate mélodie vire rapidement au cauchemar : la caisse claire gronde son mécontentement, les violons gémissent dans la suraiguitude. C'est magnifiquement écrit, mais si déprimant.

(à ma surprise, entre les mouvements, ce n'est pas le public, mais les musiciens qui toussent)

Un peu plus tard, j'attaque l'écoute du dernier mouvement sur un fond olfactif de jambon-beurre : ma voisine a un petit creux, et a dégainé un généreux sandwich, qu'elle grignote alors que la symphonie s'aproche de la conclusion, magnifiquement illustrée par un ballet des deux timbaliers, là-haut perchés : et bam!, les bras en haut vers la gauche et boum!, les bras en l'air vers la droite et bam!, les bras en haut vers la gauche et boum!, les bras en l'air vers la droiteetbam !, fort impressionnant visuellement et auditivement.

Ecoutons quand même les intéressés, ils sont les meilleurs experts de ce qu'ils vivent*: "Ouaip je trouve qu'il est assez bien à la baguette le grand chauve dans ce répertoire. Après c'est une question de goût évidemment". Intéressés qui jouèrent dans le plus grand ordre juste pendant toute la répétition, en particulier les solistes (hautbois, flûtes, cuivres etc..) qui ont singulièrement trimé pendant cette longue symphonie.

* citation dégotée sur segomadit.fr

mardi 15 septembre 2009

Cours de bharata natyam, les Q&R

(ne nous inquiétons pas, je n'irai pas jusqu'à décrire des cours d'aquagym sur ce blog)

Me voici inscrite à un cours de bharata natyam depuis deux semaines. Ayant la flemme de structurer une note, je vais jouer à poser des questions à moi-même.

1. Pourquoi du bharata natyam ?
Je voulais étudier une danse plus jolie, plus souple (de l'odissi ou du mohini attam, cette dernière discipline admirée l'année dernière à la Cité de la Musique), mais nous sommes à Paris : où on trouve, en terme de style classique indien, des cours de kathak ou de bharata natyam, point barre. N'ayant guère envie de ressembler à un moulin à vent hystérique, c'est tout naturellement que je choisis le bharata natyam.

2. Est-ce relaxant ?
Non, c'est comme de l'aquagym sous amphètes. Par contre, l'esprit se vide tout en étant concentré sur les doigts de la main gauche, la position des jambes, le dos, les coudes, les omoplates, le visage, etc,etc. De fait, ça ressemble étrangement aux débuts du violon, quand il faut tenter de surveiller 149 paramètres en même temps tout en essayant de jouer une note acceptablement juste. Le terme approprié serait : intéressant, gratifiant, épuisant (au bout de 15 minutes, les jolies silhouettes des participants se transforment en effet en hippopotames rougeauds et ruisselants).

3. Ca fait maigrir?
Très certainement, cf plus haut.

4. Il faut des baskets ?
Non, voyons. Pourquoi pas un jogging, tant qu'on y est. il serait probablement outré d'arborer la tenue et le maquillage de rigueur (cf images sur google), mais on se vêt toutefois d'un élégant salwar kamiz. D'où les savoureuses conversations de vestiaire "arg, j'ai fait faire sur mesure cet ensemble en Inde, mais je ne rentre pas dans la tunique". Aaaah, les miracles du sur mesure à l'indienne.

5. Et musicalement ?
Apparemment, au niveau débutant, pas de musique. Bouh. Ouin. Par contre, au musée Guimet, il y a régulièrement des spectacles de danse + musique.

mardi 8 septembre 2009

Pollini, Chailly et les Lipsiens à Paris

Salle Pleyel, 8-IX-09 20h
Riccardo Chailly, dir
Maurizio Pollini, piano.

Luigi Nono, Composizione 1
Mendelssohn, Symphonie Italienne,
Beethoven, concerto pr piano #5


Très habilement, l'orchestre a choisi d'agrémenter son programme de tournée d'une pièce du compositeur Luigi Nono, courte, mais généreuse, puisqu'elle mobilise une orchestre géant et un escadron de percussionnistes. A la suite de cette pièce plutôt jolie au demeurant, qui fait danser Riccardo Chailly et qui verra un solo pour téléphone "Marche Turque" accompagné de glapissements "C'est une honte!" et ponctué de chuchotements "mais tais-toi", pratiquement tous les cuivres, à l'exception du dernier recruté, et le bataillon de percussionnistes sauf le timbalier, prennent la poudre d'escampette. Les Leipzigois semblent être adeptes du "Nobody gets left behind" : quand l'orchestre s'en va en tournée, tout le monde fait partie du voyage...

Pendant que les cuivres et les percussionnistes écument les bars des alentours, l'orchestre attaque la Symphonie Italienne. C'est à cet instant seulement que je remarque la hauteur toute présidentielle de l'estrade de Chailly, manifestement court sur pattes.
J'aurais du mal à vous donner un compte-rendu objectif, n'étant guère amatrice de Mendelssohn. Je suis toutefois frappée par la clarté du jeu de l'orchestre (ou pourrait compter les ploums d'alto) et sa fougue : dans les passages un peu mouvementés, on s'attend presque à voir s'envoler quelques musiciens. Ils trépignent sur leurs sièges, secouent deci-delà leur chevelure, on entend presque des "Rhââ!" et des "Gniark!" de satisfaction à la fin de certaines phrases musicales particulièrement échevelées. Au final, je suis impressionnée par la symphonie, mais pas convaincue.

Après l'entracte, au cours duquel le piano est installé, l'orchestre leipzigais et Pollini, amplement applaudi, prennent place pour le concerto. Humpf, comment dire? Si le concerto #4 n'est pas le plus connu de Beethoven, c'est pour de bonnes raisons.. Cela dit, ceci n'empêche pas de savourer la clarté et la conviction de son jeu. Le concerto est suivi d'un cordial duel pianiste-public :
"-Clap-tu-donneras-un-clap-bis!
- non, fait chier faut que je me lève tôt demain (s'incline),
- Alors-clap-ce-bis ???
- J'ai dit NAN! (serre une dernière fois la main du 1er violon)
- Clap-j'ai-clap-payé-clap-cher-clap-mon ticket!
- Pas mon problème, t'avais qu'à te concentrer pendant le concerto (sourire radieux)
- ah, bon d'accord.

Sur le chemin du retour, devant l'entrée des artistes, je longe un gigantesque 38 tonnes immatriculé en Allemagne. Les portes de la remorque sont ouvertes : oh, il y aura sûrement des harpes ! d'imposantes boîtes à contrebasses ! des stocks de partitions !!
En fait, au milieu de l'immense remorque vide du camion, on trouve juste un cageot de bouteilles de bière..!

vendredi 4 septembre 2009

La rentrée des concerts !

Youpi, youpi-hourra, hosannah ! Pleyel rouvre enfin ses portes après l'été. Lou Reed ce soir, mais surtout Pollini avec le Gewandhausorchester Leipzig mardi !

Plus sérieusement, ca va être compliqué, cette année. Je ne sais pas si le taux de remplissage de la salle Pleyel est un bon indicateur du climat économique, mais si c'est le cas, on va droit vers la reprise. Bien des concerts sont déjà complets, ou littéralement complets, seules quelques places valant un demi-loyer restent. Par exemple le concert du 21 octobre avec P. Moraguès en soliste a l'air déjà bien rempli, il ne reste guère que de la 1ère catégorie. Arg.

Sinon, n'oubliez pas d'aller faire un tour à la Grande Halle de la Villette demain (samedi) soir : John Zorn en concert, Mathieu Amalric en récitant, un programme à se lécher les babines, tout simplement.