mercredi 16 décembre 2009

Petit tour du monde musical en 3 jours


4 Comms'
26 nov: Studio de l'Ermitage - Grand Orchestre de Tango de Juan José Mosalini

Ulzhan Baibussynova chant, dombra (Kazakhstan)
Ardak Issataeva chant, dombra (Kazakhstan)
Raushan Orozbaeva qyl-qobyz (Kazakhstan)
Byambajargal Gombodorj chant a cappella (Mongolie)
Ensemble Tengir-Too (Kirghizstan)
Nurlanbek Nyshanov direction artistique, choor, chopo-choor, guimbardes
Gulbara Baigashkaeva komuz, guimbardes
Rysbek Jumabaev récitant manaschi
Ruslan Jumabaev komuz
Kenjegul Kubatova chant, komuz


28 nov : Théâtre des Abbesses, Xavier Phillips, violoncelle

Il y a deux semaines, j'ai eu l'occasion de faire un petit tour du monde musical, sans quitter ma rive droite adorée.

Les hostilités ont commencé doucement, par un concert de tango argentin au Studio de l'Ermitage - encore qu'il me fallût braver les éléments, ce jeudi 26 novembre : le quartier de l'Ermitage subissait une drôle de mousson automnale.. Ce concert consistait en deux parties : du tango argentin mâtiné de jazz, puis le grand orchestre de tango Mosalini : deux ou trois violons, un alto, un violoncelle, trois bandonéons, un piano, et j'en oublie certainement. Je n'ai d'ailleurs toujours pas compris comment tout ces musiciens ont réussi à se tasser dans la loge, de la taille de ma salle de bains, ou sur scène. Mais ils y arrivent. Malheureusement, la fatigue et un vilain lumbago me persuadent de braver à nouveau les élèments et filer au dodo.

Le lendemain soir, m'attend un concert de musique d'Asie Centrale. Un effectif comparable à l'orchestre de tango de la veille : une vocaliste de Mongolie, trois bardes kazako-kyrgyzo-ouzbèke, dont une qui joue d'un curieux violon à deux cordes, un homme-orchestre (flûtiau, ocarina, guimbardes), un récitant, etc..
Il m'est encore difficile de rentrer dans la musique d'Asie Centrale, qui j'affectionne pourtant : les voix sont parfois rugueuses, presques éraillées, les intervalles peu confortables à l'oreille, c'est en effet une musique qui me déstabilise toujours un peu.
Mais les interprètes sont exceptionnels, et tout doucement, quand, j'ai enfin lâché prise, je commence à apprécier l'âpre poésie des mélodies chantées par nos bardes, ou l'étrange ligne mélodique des longs chants mongoliens, où la voix de la chanteuse oscille du cri au râle en passant par quelque chose qui rappelle le chant lyrique.
Je définirais cette musique comme obsédante - elle ne peut pas plaire au tout premier abord, mais il y a quelque chose dans l'implacable sens de la pulsation des musiciens, l'éternel retour des thèmes mélodiques, qui envoûte. Le duo de guimbarde en particulier, pourrait idéalement de par son pouvoir envoûtant, illustrer une scène inquiétante d'un film fantastique - j'imagine tout à fait un sorcier fou réveiller une armée de zombies sur cette musique, d'une beauté sauvage et inquiétante.
Quand à l'incroyable solo de notre violoniste - qui joue, rappelle-je, d'un infâme biniou à deux cordes que mon luthier refuserait de réparer, elle tire de son instrument des sons surnaturels, d'une richesse, d'une virtusosité inouïe - elle semble inonder l'auditorium d'harmoniques tout en continuant de produire une obsédante mélodie. Si je fermais les yeux, je me persuaderais qu'ils sont au moins cinq, chacun armés d'un violon décent auquel, on aurait, pour faire bonne mesure, ajouté quelques cordes sympathiques. Mais non, elle est seule, avec deux cordes.
(Capuçon, à côté, c'est un charlot).

D'ailleurs, en parlant de solistes français, le lendemain, c'est un petit tour par la Hongrie, avec l'incroyable Sonate de Kodály pour violoncelle par rien moins que Xavier Phillips, le plus mignon des violoncellistes avec ses grands yeux ronds de lutin.
Si la première partie est quelque peu difficile (quelques mamies retardataires occupés à retirer-remettre-retirer leur manteau, ou consulter leur programme avec moults bruissement de papiers (grrr)), cela n'empêche pas de savourer le jeu de Xavier Phillips : c'est redoutablement maîtrisé, mais ce n'est pas propret : si besoin, il n'hésite pas à faire, rugir, miauler, siffler, ou fredonner son instrument. Le son est parfois moche quand la musique l'exige, et c'est fabuleux ainsi.
Et bien évidemment, c'est d'autant plus impressionnant dans la sonate de Kodály : Kodály (vous serez bien aimables de prononcer Quo d'aille, et non Caudalie, merci) est un compositeur que je ne connais que très peu, mais que je suis toujours certaine d'apprécier - il y a quelques valeurs sûres comme ça: Bach, Bartok, Mozart*. J'y trouve de magnifiques mélodies, beaucoup de poésie mais aussi un brin de fantaisie, de joie qui, je suppose, provient de ses inspirations folkloriques. En l'occurrence, servi par un tel interprète, on ne peut qu'être transporté de joie sur son fauteuil, mamies bruyantes ou non à proximité.
Et donc, par là-même, on ne peut qu'avoir envie de repartir avec son enregistrement de cette sonate: mais les Abbesses ont sous-estimé le talent de Phillips, et le temps que je récupère mon manteau, la maigre réserve de CD s'est tarie. Quand enfin Xavier Phillips arrive dans le foyer (salué par d'enthousiastes applaudissements), il nous suggère, un peu gêné, de se le procurer à la FNAC, puis se met à dédicacer des CD pour les chanceux, des programmes pour les autres.
Je quitte les Abbesses enchantée, munie d'un programme décoré d'un adorable ".. pour un collègue aux "cordes aiguës"" et de sa gribouilliture et, en sus de la carte de membre du Phillips-fan-club, la ferme résolution d'aller dorénavant l'écouter, quoiqu'il joue.

Même du Schumann.
-------------
* dans l'autre sens, il y a ceux que je ne peux souffrir : Schumann (manifestement, par un astucieux système de défense, je m'endors automatiquement dès les premières mesures du concerto pour violoncelle, ou je suis malade comme un chien les jours où j'ai à mon agenda un concert figurant du Schumann)

4 Comms':

{ zvezdo } at: 16 décembre 2009 à 22:29 a dit…

la seule différence avec la musique bretonne, c'est que cornemuse se dit komuz, c'est bien ça, non?

(Schumann... je le note! tu es cuite ma fille)

{ klari } at: 17 décembre 2009 à 10:51 a dit…

M'en fous ! IL a tellement bon goût qu'il ne joue certainement que très très peu de Schumann en concert. :-)

{ bladsurb } at: 19 décembre 2009 à 08:20 a dit…

Le concert de musique d'Asie Centrale du 28/11 est disponible en VOD sur le site de la Cité :
http://mediatheque.cite-musique.fr/VOD/20091128Ouzbekistan/

(ça fait plaisir que tu écrives plus souvent !)

{ Klari } at: 19 décembre 2009 à 14:59 a dit…

Merci pour le tuayu, je vais éditer le billet en conséquence!

(merci ! bon, je fais ce que je peux, mais je vais un peu moins souvent qu'avant à des concerts - et j'ai moins de temps, sans parler de baisses de motivation périodiques !)

Enregistrer un commentaire

 

Mentions légales - Copyright © 2007-2012 Le klariscope. Tous droits sur les chroniquettes patati, patata.
RSS Feed. Ce blog est fièrement propulsé par Blogger. La template est signée dzignine d'après le modèle Minima-White