mardi 10 novembre 2009

Concert-éveil : Schéhérazade racontée par l'Orchestre Colonne


5 Comms'
Salle Pleyel - Dimanche 8-XI-09, 10H45
Orchestre Colonne, dir. L. Petitgirard

D'après mes souvenirs brumeux, je n'ai pas assisté à un concert pour gamins dans mon enfance. Je n'ai guère que de vagues souvenirs de m'être dandinée des heures lors d'un interminable Requiem de Verdi. Un Wagner sans fin chanté en hongrois. Voilà une lacune aisément comblée grâce au concert éveil de dimanche dernier: au programme, la Schéhérazade de Rimsky-Korsakov.

Il y a une ambiance de joyeuse rentrée des classes aux environs de Pleyel : des bataillons de mouflets accompagnés de parents trottinent en direction de la salle. D'estimables parents, l'air perdu, demandent où peut bien se trouver la rue St-Honoré, on a envie de leur dire de suivre la marée d'enfants. Dans le hall, une ambiance globalement détenue et joyeuse. Je gâche l'humeur avec ma mine angoissée : un couple d'amis, peut-être pour se venger d'avoir été entraîné de force à un concert-éveil, a décidé d'arriver à 10h44. Un papy dépité partage mon désespoir : il n'a pas pu trouver de place, le concert est désormais complet.

L'orchestre a lui aussi quelques difficultés à se mettre en place : deux violonistes arrivent bien en retard : des partitions ont disparu. Le chef , Petitgirard, arrive : même le dimanche aux aurores, il est en verve, et fait s'esclaffer, les petits et les grands :

" Cà c'est le thème du méchant sultan qui assassinait ses épouses le lendemain du mariage: ca peut aller une fois, deux fois, mais il ne faut pas exagérer"
"Pour savoir si le tam-tam joue piano, forte, ou fortissimo, il suffit se regarder les trombonistes. Là, ils font la grimace, c'était un fff".

"La différence entre un concerto et une pièce concertante, c'est que le soliste est assis. Vu son grand âge, c'est mieux
"

Chaque mouvement est précédé d'une courte introduction où Petitgirard fait jouer le ou les thèmes principaux par l'orchestre et/ou les solistes concernés, et donne quelques clés d'écoute du mouvement, le tout assaisonné de plaisanteries. Une surprise nous attend au début du quatrième mouvement, La Fête à Baghdad ("Heureux temps où on pouvait écrire des titres come çà") : le chef fait venir le petit Thibault, et lui donne les rênes de l'orchestre. Il tente de lui inculquer les principes du "cinoche du chef", mais le petit Thibault, avec raison, est un adepte de la direction épurée : une simple battue suffit amplement.
" Tu dois prendre l'air cruel, c'est très important, l'air méchant. Très méchant. Fais de grands gestes quand tu veux que l'orchestre joue fort ; fais-toi tout petit quand tu veux un piano"

Une gigantesque ovation salue la prestation de ce tout jeune chef, qui n'a pas l'air traumatisé outre mesure de diriger dans une salle Pleyel remplie jusqu'aux entournures.

Alors que l'orchestre est un petit peu en manque de caféine au tout début de l'œuvre, ils se réveillent progressivement (il semblerait qu'ils aient squeezé le raccord-café du dimanche matin) et sont, dès les deuxième et troisième mouvement, très présents, en particulier le premier violon qui, à l'heure où le juste se demande s'il va acheter des croissants ou se recoucher, enchaîne sans faille soli vertigineux sur galipettes violonistiques.

Par contre, le public n'est pas en manque de caféine : à côté de moi, une gaminette dirige énergiquement depuis son fauteuil, l'intégralité du concert. Un peu plus loin, un marmot s'exclame joyeusement dès qu'il identifie les thèmes de la pièce "Oh, le naufrage !", "Le gentil prince !", "Le méchant sultan !". Seule exception au tableau, les gamins de la rangée devant moi, sages comme des images - à leur décharge, leur accompagnatrice fronce d'imposants sourcils dès que quelqu'un pipe mot. Le concert est salué par d'enthousiastes et juvéniles applaudissements, puis par des coucous, tout simplement.

A la sortie du concert, le débriefing :
- certains décideront d'acheter sur le champ un disque, et d'écouter Schéhérazade en boucle le reste de la journée,
- d'autres décideront de réserver sur le champ une demi-rangée pour le prochain concert-éveil de Colonne, Star Wars (!!), déjà complet : heureusement, comme Madonna, l'Orchestre Colonne gratifie son public parisien d'une deuxième date, dépêchons !
- des amis échoués au premier rang comparent la brillance des chaussures des premiers violons : le violon soliste aurait des chaussures mieux cirées que Gentil-Prof. Voilà autre chose..

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une autre Schéhérazade, par l'orchestre de Paris, en septembre 2008

5 Comms':

Anonyme at: 11 novembre 2009 à 11:38 a dit…

Dont acte (de contrition).

Ca ne se reproduira plus, j'ai engagé du personnel, et remis de la colophane.

Je présente aussi mes excuses pour avoir gâché la matinée des honorables clients;
j'ai conscience de ce que mon indignité rejaillit sur tous mes collègues, et je leur envoie une lettre d'excuses personnalisée à chacun.

Je demande enfin que des sanctions soient prises, afin d'expier mes fautes et mon comportement individualiste, contre-productif, et contraire au sens de l'histoire.

Signé :
"Gentil-prof",
... alias "mocassin-boueux-mais- repentant" pour les intimes.

{ klari } at: 11 novembre 2009 à 17:45 a dit…

Mais, dans ce cas, c'est du cirage que tu mets sur ton archet ?!

(je vais de ce pas envoyer une lettre au directeur du CNSM exigeant la création immédiate d'un cours "Colophanage d'archet et cirage de chaussures dans la tradition musicale occidentale")

{ Djac Baweur } at: 12 novembre 2009 à 00:44 a dit…

Moi, je dis que pour Casse-Noisette, il va falloir faire des inspections calceales. Ou embaucher des supplémentaires cireurs. Ou mettre les porteurs de mocassin fautifs derrière les contrebasses. Ou leur faire passer des contrôle de fonction (cirage, lassage, etc...).

Après, on passera à ceux qui mettent des chaussettes bleue foncé.

{ Djac Baweur } at: 12 novembre 2009 à 14:14 a dit…

On dit laçage, il parait.

Le lassage, c'est plutôt du cirage au lassi, assez peu usité en Occident (il faut supporter l'odeur des pieds macérant dans le yahourt).

{ klari } at: 12 novembre 2009 à 23:41 a dit…

et ensuite, des cours d'orthographe pour les (plus gentils des) altistes !

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