dimanche 25 octobre 2009

¡ Venezuela esta presente !


8 Comms'
Personnages principaux : la Sinfónica de la Juventud Venezolana Simón Bolívar, Gustavo Dudamel, José Antonio Abreu, le public, et la délégation vénézuelienne
Personnages secondaires : Renaud Capuçon (violon), Frédéric Mitterrand (Ministre de la Culture et de la Communication)

Complètement sonnée, après trois heures de bhangra le matin même, je m'achemine vers Pleyel un peu inquiète: vais-je profiter du concert dans mon état ? Je ne doutais guère alors qu'à ce concert, m'attendraient : des larmes, des frissons, des discours fumeux, des hurlements, des feux d'artifices, des médailles, des rires et tutti quanti.

Dès qu'on passe les portes de Pleyel, on sent que ce n'est pas un soir comme les autres: le hall craque aux entournures, des hordes de malheureux au visage tiré quémandent des places à vendre, on s'est pomponné pour le concert aussi: les robes de soirée sont légion, le parfum a coulé à flots. De fait, l'ambiance olfactive rappelle un Sephora.

Arrivée largement en avance, j'ai le temps de potasser le programme, pour une fois passionnant, qui relate le parcours de certains des musiciens de l'orchestre et donne quelques clés, tout à fait importables, sur l'enseignement de la musique : "...rompre les barrières de l'éducation musicale élitiste qui recherche de parfaits solistes et crée, le plus souvent, des sentiments d'échec et de frustration" ou "on ne leur dit pas 'Tu vas devenir musicien', mais 'Tu es musicien' ". Le programme se dévore, à l'exception des pages dédiées aux bio-s de Capuçon et Dudamel, qui répondent au schéma traditionnel de la note de programme. Ouch.

Enfin, une portion réduite de l'orchestre s'installe, accueillie par des applaudissement nourris. Capuçon se fait applaudir cordialement, alors que des hurlements de joie saluent l'arrivée de Gustavo Dudamel. Sans plus attendre, on attaque le concerto. J'ai déjà écouté ce concerto en concert plusieurs fois: la première, l'orchestre se retrouva complètement écrabouillé par la puissance de la violoniste, Akiko Suwanai, qui exigeait et retenait sans pitié l'attention de l'auditeur. La deuxième fois, par Kavakos avec le Budapest Festival Orchestra (miam), où le violoniste et l'orchestre se complétèrent équitablement.
Ce soir-là, on assiste à quelque chose de complètement nouveau: le violoniste n'est pas à la hauteur de l'orchestre qui l'accompagne. Chaque fougueuse intervention de l'orchestre crée une tension, un sentiment d'urgence, qui retombe pratiquement instantanément dès que Capuçon a la parole. Alors que d'ordinaire, j'attends impatiemment les cadences du violon, je me réjouis qu'elles prennent fin car elles laissent enfin place à l'orchestre. Dont la puissance, l'expressivité - alors que ce n'est qu'une formation de chambre, est ahurissante. A en avoir une boule dans la gorge. Si ce n'est pas tout à fait parfait, il y a un telle joie, un tel besoin de jouer que Tchaïkovski doit exulter d'être jouer ainsi.
Pour en revenir à Capuçon, son jeu me semble un peu trop joli, un peu trop lisse, précautionneux, parfois maniéré, ie. passablement chiant. Ceci dit, pour être accompagné par cet orchestre sans se laisser submerger, il faut l'équivalent violonistique d'un Sviatoslav Richter, pas moins. Malgré tout, un bis est toutefois réclamé, pendant lequel Dudamel squatte une demi-chaise chez les seconds violons.

Après l'entracte, passé à écouter des amis présents au concert de Dudamel de la veille m'expliquer à quel point c'était fabuleux, on entame la Symphonie Alpestre de Strauss. La scène est noire de monde. 14 contrebasses, 17 altos, 18 violoncelles, deux bosquets de timbales, des machines infernales à vent et à tonnerre, un bataillon de violons, douze (!) cors, et le reste à l'avenant. Bref, une pièce taillée pour un orchestre hors du commun. Accueilli par des drapeaux, voire des banderoles : "Caripe ¡ Venezuela esta presente !" s'intitule la banderole de mon voisin de devant. La pièce permet à l'orchestre de montrer ses talents : des délicats pianissimi intangibles aux fortissimo qui s'entendent à Etoile, on ne peut qu'être admiratif, surpris, ému. Et soupirer intérieurement en regrettant qu'il n'y ait pas un 'Le système' chez nous, il y en aurait pourtant grand besoin.

Inévitablement, le concert est salué par une standing ovation, des hurlements de bon aloi. Mais pas uniquement. Au deuxième balcon (c'est le venezuelan corner), on a allumé des feux d'artifices ! Un pupitre est installé sur scène, Frédéric Mitterrand vient donner un discours et des médailles. Alors qu'Abreu, le fondateur d'El Sistema, est accompagné sur scène - sous les cris de joie des musiciens de l'orchestre, on ne peut qu'être violemment ému. L'œil s'humidifie, la gorge se noue. C'est également le cas du ministre, qui après plusieurs bafouillages, avoue être très ému. Mais ses compétences de rhéteur prennent le dessus, et il finira en beauté par un "Cher Gustavo Dudamel, vous n'êtes pas seulement un chef d'orchestre, mais un Orphée flamboyant du continent sud-américain".
Oh ?

Impertubable, Dudamel rend hommage aux jeunes de l'orchestre. Il faut souligner d'ailleurs que Dudamel ne salue pas seul depuis l'estrade, mais toujours parmi les musiciens : entre deux violoncelles, ou entre les seconds et les premiers violons. Il ne semble jamais se mettre en avant, tout à son honneur.

La fête continue avec trois savoureux bis - agrémentés des hurlements de joie du public: leur célébrissime Mambo!, suivi d'un extrait d'Estancia de Ginastera. Qu'on aura pu écouter par l'orchestre de Paris en mai dernier: il faut admettre que l'orchestre de Paris, malgré tout leur talent, ont des leçons à prendre du SBYO en matière de flanquage-de-pagaille : ils n'arrivent pas à la hauteur des jeunes vénézuéliens en lancer de tuba, ni en lancer de mailloche. Les jeunes musiciens se sont levés et dansent tout en jouant, dans la plus grande pagaille, ce qui réjouit les photographes massés devant le rang AA, le public, et Dudamel qui se contente de s'amuser tout en assurant une direction plus symbolique qu'autre chose. Le public est ravi, mais en veut encore - et le fait savoir à grand renfort d'applaudissements, de cris, et de drapeaux venézuéliens. On a droit à la Marche de Radetsky, pendant laquelle Dudamel laisse l'orchestre se débrouiller tout seul, et dirige.. le public! Et ca marche. Il réussit à obtenir d'un "orchestre" de 1800 personnes, des applaudissements en rythme, et même des nuances ! Il pourrait faire jouer du Mahler à des arbres, l'animal !

Finalement, le jeune chef et ses musiciens, abandonnant les inclinaisons formelles au profit de grands coucous d'adieu à l'attention du public, semblent quitter à regret la scène, et me laissent la fois ravie qu'un concert de musique classique à Pleyel ait pu être le théâtre d'une telle explosion de pure joie, triste de ne pas avoir pu faire partie d'un Sistema pendant mon enfance, décidée à déménager au Venezuale, enchantée de pouvoir - peut-être, les revoir un jour et émerveillée des miracles qu'une poignée d'hommes illuminés et un réel amour de la musique peuvent créer.
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ps: allez visionner les vidéos youtube ds bis mises en lien. Il s'agit bien sur à chaque fois de vidéos de l'orchestre avec Dudamel. Si vous avez deux heures devant vous, filez admirer le concert du 23-oct (c'est sidérant, à quel point la joie de vivre les musiciens du Sinfonica de la Juventud (..) semble contaminer le Philhar' de Radio-France !). Puis allez les voir jouer un Mussorgsky musicalement orgasmatique!
pps : les photos pourries sont de moi, à l'exception de la toute première photo - ils n'ont pas sorti les célèbres blousons, hier soir..
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Ailleurs : Concertonet, Regards curieux, Palaptine..

8 Comms':

{ Laurent } at: 26 octobre 2009 à 01:48 a dit…

Le rang AA ? Ils n’avaient pas étendu la scène, avec tout ce monde ?

{ etnobofin } at: 26 octobre 2009 à 07:51 a dit…

J'ai vu des membres de l'orchestre ce weekend dans le métro, ils ressemblaient aux footballeurs dans leurs tracksuits (c'est quoi le mot en français?) multicolors... il parait que j'ai manqué un super concert d'ailleurs.

{ Klari } at: 26 octobre 2009 à 10:53 a dit…

=> Laurent : mais tu ne laisses rien passer ?!
Arf, je n'en sais fichtre rien. Du haut du deuxième balcon, on ne voit que la scène et un ou deux rangs, je n'aurais donc pas vu voir le faleux couloir entre CC et A, qui m'aurait indiqué si oui ou non, les rangs AA, BB et CC ont sauté. A ma décharge, j'étais dans un état de surexcitation tel que je me serais plantée si j'avais essayé de compter des rangées de chaises.
(je n'en suis toujours pas revenue, d'ailleurs)

=> Etnobofin : "Tracksuit" ? hum, peut-être survêtement, ou aussi... jogging, ahem ! Oui, en effet, c'était exceptionnel, heureusement que je n'ai pas croisé des musiciens dans le métro, je leur aurais certainement sauté dessus en bafouillurlant des sottises, et leur aurais chipé leur tracksuit pour faire bonne mesure :-)

{ Laurent } at: 26 octobre 2009 à 23:02 a dit…

Mais c’est parce que je te lis avec une attention quasi-religieuse… Je suis un peu jaloux de tes talents littéraires, alors il faut bien que je trouve quelques défauts de temps en temps pour compenser :-)

{ Laurent } at: 26 octobre 2009 à 23:20 a dit…

Sur la vidéo du concert du vendredi, on voit bien que la scène est en “grand format”. J’imagine que ça devait être pareil samedi.

{ klari } at: 27 octobre 2009 à 14:02 a dit…

Tu es un fin géomètre !Et merci pour le compliment :-)

(j'ai regardé plusieurs petits bouts de cette vidéo, mais je suis fascinée par le chef, les musiciens, pas moyen de détacher mon attention)

{ Djac Baweur } at: 27 octobre 2009 à 16:05 a dit…

OUIIIN !
JE VEUX DÉMÉNAGER AU VÉNÉZUELA !!

Juste pour jouer avec des gens qui ont envie de faire de la musique ensemble, dans la joie et la bonne humeur... Snif...

{ klari } at: 27 octobre 2009 à 18:20 a dit…

ou alors, tu peux passer le concours du Philhar' et jouer de temps en temps ss la baguette de Dudamel ?

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