mardi 2 décembre 2008

Raymonda - générale


6 Comms'
Raymonda (Glazounov - Noureev) Répétition Générale - samedi 29/11/08 19h30
Opéra Garnier
Marie-Agnès Gillot, José Martinez, Nicolas Le Riche, Emilie Cozette, etc.
Orchestre Colonne, dir. Kevin Rhodes

Je n'étais pas venue à l'Opéra Garnier depuis des lustres*. La dernière fois, je devais être encore au collège: un ambitieux professeur d'histoire-géo (grâce lui en soit rendue) nous avait concocté une expédition-musées à Paris, incluant une soirée à l'Opéra. En l'occurrence, du Preljocaj, pour lequel j'étais un brin trop jeune. Ainsi, je m'étais éclipsée à l'entracte pour chercher le lac sous l'Opéra - je venais de lire le Fantôme de l'Opéra, que je n'ai pas trouvé, on s'en doute.

Par contre, je suis désormais trop grande pour un ballet classique. Mes jambes aussi: j'ai beau arriver en avance, les places partent très vite pour la générale, et je me retrouve recroquevillée sur un siège qui ne s'ouvre pas complètement, au poulailler, où règne une chaleur à crever. Je dois en outre partager ma minuscule place avec mon violon, qui se trouve m'accompagner.

Quarante-cinq minutes à tuer avant le lever du rideau. Je feuillette mon bouquin, relis pour la quinzième fois le mini-programme qu'on nous a distribué, écoute d'une oreille distraite les commentaires de mes voisines - le public est en majorité de sexe féminin, avant de me re-dandiner, sans que mon siège en devienne plus spacieux. J'admire la magnifique fresque qui orne le plafond.

Le rideau se lève ! Ah, zut, ce n'est qu'un pré-rideau blanc. Bien plus tard se lève le vrai-rideau, orné de draperies en trompe-l'œil.

Enfin, enfin, les musiciens s'installent. En profitent pour faire des coucous plus ou moins discrets aux membres du public qu'ils connaissent, retroussent leurs manches - ils sont en civil, ce soir, et s'assoient docilement, bien serrés, eux aussi. Que dire de la musique? C'est relativement injouable : j'ai eu quelques jours auparavant la partition d'alto entre les mains, il y a indéniablement beaucoup de notes. En fait, s'il n'y avait pas cette clé d'ut, on dirait une partition de seconds violons. Je n'ose à peine imaginer la partition des malheureux violons, seconds et premiers. Par contre, le résultat est parfois mitigé : les passages un peu burlesques laissent place à des valses hongroises de Brahms revisitées par un quintette tsigane de restaurant traditionnel ré-orchestrées par Glazounov. Quelques moments de grâce toutefois, notamment sur un magnifique passage de piano, utilisé comme un cymbalum, au deuxième ou troisième acte (j'avais sérieusement commencé à perdre la notion du temps). Ou un audacieux solo du premier violon, ornés de démanchés sportifs sur la corde de sol, dont la justesse parfois relative est masquée par un généreux vibrato.

Certains des musiciens sont sous la scène, je me demande si les vigoureux poums! des cabrioles et bonds des danseurs ne les déstabilisent pas. D'autant que les danseurs sont parfois un peu à contre-temps. A quelques mesures près. Sauf, notamment sur ce beau duo piano-Raymonda, où la danseuse-étoile est d'une précision exemplaire.

La distribution des costumes et des rôles me laisse perplexe : plus les rôles sont petits, plus les costumes sont magnifiques - de la haute couture, et la chorégraphie, inventive. La malheureuse danseuse-étoile est affublée d'un tutu tout court et tout raide, à peine agrémenté de quelques petites choses qui brillent, et se tape les variations les plus académiques (et infaisables) qui soient. Le beau rôle revient au méchant, un sarrasin , évidemment, au corps de rêve, dont le rôle semble bien plus intéressant que celui du beau gosse de service, Jean de Brienne, qui, radin, fait l'économie de ce qui aurait été son moment de gloire. Une entorse, peut-être? Toujours est-il qu'en quelque part au milieu du 3è acte, au lieu d'enchaîner les grands jetés et autres acrobaties, il se contente de se promener languissamment en rond sur scène d'un air inspiré, tout en faisant signe au chef d'orchestre de passer au tableau suivant.

Malheureusement, je n'arrive plus à me laisser entraîner par la magie du spectacle, je suis en fait, horrifiée plus qu'autre chose par la souplesse et la perfection qu'exige cette discipline. Combien d'années de travail pour qu'enfin, le pied fasse cet angle peu naturel avec la cheville? Mais dans quel état sont les articulations de ces athlètes?
En attendant, chacun(e) au poulailler, a son opinion:

"- Je n'aime pas ses mains. Elles ne sont pas dans le prolongement des bras. Elles se baladent, c'est moche..
- Mon petit-fils est à l'Ecole de Danse de l'Opéra.
- C'est qui l'étoile? Gillot? Cozette? (..) Gillot, ok.
- Ah, mais, elle est raide (Raide???)
- Gillot dégage quelque chose... Elle est exceptionnelle".

Soit. Moi, je n'accroche pas. Mais je reviendrai volontiers pour un ballet moderne.

* c'est le cas de le dire.

6 Comms':

{ Djac Baweur } at: 2 décembre 2008 à 18:08 a dit…

Précisons que la fresque du plafond, c'est du Chagal (avec laquelle j'ai un peu de mal, perso).

{ klari } at: 2 décembre 2008 à 18:18 a dit…

Elle est tellement haute que Chagall a eu besoin de deux ailes.

Wouhahahhhahhahaha !

Djac Baweur at: 2 décembre 2008 à 18:34 a dit…

C'est parce que je connais mieux Chabal, sans doute.

{ klari } at: 3 décembre 2008 à 10:05 a dit…

Il est exposé où?

Djac Baweur at: 3 décembre 2008 à 12:53 a dit…

Dans un calendrier, peut-être. Sinon, dans de vieux numéro de l'équipe.

{ klari } at: 3 décembre 2008 à 17:56 a dit…

Encore un pur exemple du fossé qui sépare le violoniste standard de l'altiste..
(béotien)

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