mardi 7 octobre 2008

Un peu de Bollywood, tard le soir à Paris


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En six mois et des pouillièmes de vie à Bombay, je n'avais jamais, pas une fois, réussi à assister au tournage d'un Bollywood. Tout au plus, une fois, alors qu'en embouteillage plus massif que d'ordinaire régnait aux alentours de Victoria Station entendis-je dire qu'un film se tournait, derrière un amas composé de quelques millions de têtes silencieuses et attentives.

A Gare de Lyon, samedi, c'est beaucoup moins attentif et silencieux, comme l'attestent quelques réflexions glanées au hasard
" C'est n'importe quoi, les danseuses ne sont même pas synchro !?
- Pffff, ils pourraient éviter de bloquer le parvis de la Gare de Lyon pour répéter une scène de danse, ou pour faire semblant de tourner une scène de danse..
- Mais qu'est-ce qu'ils sont lents.."

Les mauvais esprits sont de sortie. Pour admirer une scène de danse entière, mieux vaut en effet se diriger vers les boutiques autour de Gare du Nord et acquérir quelques DVD indiens. Mais pour goûter l'ambiance d'un tournage, restons encore un petit peu à Gare de Lyon.

Il est presque minuit, comme l'indique la magnifique horloge du beffroi* de la Gare de Lyon. Et pourtant, il y presque autant de lumière qu'en plein jour grâce aux projecteurs super-puissants installés sur le parvis. Pourtant, rien ne se passe. Personne devant le gigantesque réflecteur, et la caméra montée sur grue ne filme rien.

Quelques dizaines de minutes s'écoulent, quelques badauds s'éloignent, ce qui me vaut une place au premier rang. Et enfin, une trentaine de jeunes indiennes vêtues de baskets et de couvertures polaires blanches. Drôle de costume pour une bollychoré, songe-je, jusqu'à ce que je réalise que leur costume, constitué d'un pantalon bouffant, de fines chaussures de toile et d'un minuscule bikini ne protège ni du vent, ni de la bruine, et encore moins du froid polaire qui s'est installé tout autour de la Gare de Lyon.

Elles s'installent en formation. Et dansent les vingt premières secondes, toujours en couverture, de la choré. Il faut régler la caméra. Puis elles dansent à nouveau les vingt premières secondes de la choré. Il faut régler l'arrivée du héros, un beau ténébreux à l'indienne. Puis elles dansent à nouveau les vingt premières secondes de la choré. Il faut peafiner l'arrivée du héros, qui traverse le troupeau de danseuse. Puis elles dansent à nouveau les vingt premières secondes de la choré. Quelqu'un accourt et pose un petit morceau de scotch par terre. Puis elles dansent à nouveau les vingt premières secondes de la choré. Un petit passage au stand maquillage.

Quelqu'un beugle quelque chose en hindi. Les jeunes danseuses s'égaillent, enlèvent leurs Nike et leurs polaires. Brrrr. Elles ont manifestement froid. Le clap fait son "clap". Enfin, la musique se fait entendre. Elles dansent à nouveau (très synchro, rassurez-vous! c'est pour de vrai, cette fois!) les vingt premières secondes de leur choré. Puis se ruent vers les tas de couvertures et de chaussures de sport, entassés hors-champ.

Puis on rejoue les deux précédents paragraphes deux-trois fois, ce qui nous amène à une petite minute de chorégraphie au total. Sur ce, il se met à pleuvoir. Il est une heure et demie.

Pas très glamour, danser pieds-presque-nus sur du béton glacial, à deux heures du matin, un samedi soir pluvieux et venteux d'octobre ?

crédit photo: Djac

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