mercredi 1 octobre 2008

L'Orchestre de Paris vu de l'arrière-scène, tome 2


4 Comms'
Jeudi 25 oct - 20h, salle Pleyel
Orchestre de Paris - Direction: Raphaël Frühbeck de Burgos, puisqu'entre-temps, on me signale que j'ai omis un h, ainsi que la moitié de son nom.
Joseph Haydn:Symphonie n°1 en ré majeur, Symphonie n° 104 en ré majeur "Londres"
Nicolaï Rimski-Korsakov :Schéhérazade, suite symphonique, op.35

Lire le début de la chroniquette.
Entracte. j'en profite pour me replonger dans mon bouquin (Ilium de Dan Simmons, à lire absolument pour les amateurs de SF). Pendant ce temps, les percussionnistes en profitent pour monter une conférence au sommet des praticables de Pleyel. Sur Schéhérazade, ils sont en effet sept, neuf si on ajoute les préposés aux instruments à clavier. Une équipe très féminine, on ne voit pas si souvent des dames aux timbales ou au gong, en effet. Tout ce petit monde observé avec curiosité par le public de l'arrière-scène, alors qu'ils accordent, tripotent leurs instruments. J'entendrai en sortant un jeune homme s'étonner de la présence d'une femme au gong, je cite:" Wouah, tu as vu la force avec laquelle elle a frappé le gong ?! Il bouge encore. Moi, j'aimerais trop qu'on me frappe comme çà".
Le gong comme symbole érotique ? A méditer.

L'orchestre arrive. Ça s'installe, ça papote, ça s'accorde. Un petit peu moins rapidement que d'ordinaire: une flûte se retourne notamment vers le bassoniste pour checker son la. D'autres peaufinent ici et là leurs la, si bémol ou que sait-je encore. Cochonneries d'instruments transpositeurs.

C'est une pièce que vous connaissez certainement, pour peu que vous ayez vu Orange Mécanique, Femmes au bord de la crise de nerfs, Vous ne l'emporterez pas avec vous, ou que vous ayez joué à Civilization IV , ou encore connaissiez bien Deep Purple (qui a plagié le premier mouvement).

Bref, c'est fabuleusement bien écrit et excellemment orchestré (oh, le duo clarinette/caisse claire -ou hautbois/caisse claire? me rappelle plus. Quelle petite merveille), comme vous pourrez le voir si vous choisissez de parcourir les 200 pages du conducteur. On alterne entre des parties intimistes et délicates - honneur aux vents, et des passages plus flamboyants, où pratiquement l'intégralité de l'orchestre joue forte, sans jamais tomber dans le pompier.

Rimsky sait gérer comme aucun autre les changements de couleur, de sonorité, n'hésitant pas à passer de fff à ppp en quelques secondes - l'orchestre, un peu moins : on peut voir l'orchestre tout entier, à la suite d'une montée particulièrement tendue, effectuer une tourne particulièrement mal placée: s'ensuit un silence religieux, uniquement troublé par un solo de violon couvrant à grand-peine le retentissant "SCHLOOUURF" du papier*.

Mais qu'importe! Les vents, particulièrement mis en avant sur cette œuvre, s'en donnent à cœur joie : les deux bassonistes, à la suite d'un passage assez mouvementé, lâcheront leur instrument - tout en continuant de jouer - pour s'auto-congratuler d'une vigoureuse poignée de main. Un clarinettiste, changera régulièrement de anche (pourquoi?) entre ses solos, nombreux et magnifiques - rappelant presque la musique klezmer pour certains. De belles parties de hautbois, aussi. Calme plat chez les cornistes, qui se tiennent relativement correctement aujourd'hui, sauf l'un, qui se dandine en rythme, goûtant un passage particulièrement dansant de l'œuvre.

Un passage joliment chorégraphié chez les contrebasses: de rapides séries de pizz' des deux mains, de dos, on dirait une gigue écossaise.

Et ces soli du premier violon! Saluons encore une fois l'héroïsme de Philippe Aïche, qui a ôté son plâtre pour pouvoir jouer les nombreux et difficiles soli de violon. Il aurait toutefois mieux valu qu'il se fêlât le petit doigt du pied gauche, plutôt que de la main gauche, car au beau milieu d'un acrobatique solo en doubles cordes, emporté par son élan, il danse des deux pieds une bourrée auvergnate qui couvre le son (magnifique) de son instrument.

Mais qu'importe! Il n'empêche qu'on ne voit pas passer cette œuvre costaude (45 minutes?), et qu'on en redemanderait bien une rasade. Ce que le chef, poliment mais fermement, nous refuse. Les musiciens sont ovationnés, en particulier le basson, congratulé d'un rugissant "Ouuuauiiiiss" fort peu auguste, et se retournent pour saluer l'arrière-scène. Cà, c'est classe.

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*Je me rappelle encore du savon que nous avions pris au Chantier, la dernière fois que nous avons fait une tourne au milieu d'un solo de violon (sur la liste de Schindler, je pense). En tout cas, il y a quelque chose de touchant à voir un orchestre de ce niveau faire, (parfois) les mêmes bourdes que nous, humbles amateurs.

4 Comms':

{ Louis } at: 13 octobre 2008 à 21:23 a dit…

J'y étais au concert.
J'ai largement baillé au premier Haydn (quand même c'est pas de pot pour un orchestre de bosser un truc pareil), y avait des passages chouettes pour la dernière de Haydn, mais surtout j'attendais Schéhérazade après la récré.

Et je n'ai pas du tout été déçu, comme tu le dis, même en connaissant l'oeuvre, on ne sait pas où donner de la tête entre les parties délicates et les parties furieuses, les sauts de timbre dans tous les sens.
Par contre c'est amusant, en néophyte des choses d'orchestre, je n'ai pas du tout noté les schlooouuurf, les tapages de pieds etc.
(A part une contrebassiste, qui s'est planté sur le Haydn au début).

Par contre merci bien pour la précision sur le violoniste, je l'avais trouvé pénible dans son attitude, condescendant, comme si ça l'agaçait de jouer, effectivement remis dans la contexte on ne peut que saluer la bravoure

{ klari } at: 14 octobre 2008 à 10:38 a dit…

Moi, j'ai bien aimé le premier Haydn, figure-toi. D'autant que de l'arrière, on sentait vraiment le bonheur de l'orchestre à le jouer (ou alors c'est moi qui me raconte un film).

C'est vrai que faire de l'orchestre, fût-ce le Sympathique Orchestre Amateur Parisien, ça change un peu ta perception d'un concert symphonique. En effet, je n'aurais pas remarqué les schlourrf avant. Conclusion: le Chantier a changé ma vie.

En quoi as-tu trouvé Ph. Aïche agaçant? Et la contrebassiste, dis?? Qu'est-ce qu'elle a fait ? Sinon, je t'avoue préférer l'autre violon solo, Daugareil, qui se trouve jouer du Prokofiev demain soir. Ah, vivement demain.

louis at: 15 octobre 2008 à 13:04 a dit…

En fait pour la contrebassiste de mémoire elle était rentrée au mauvais moment ou un truc du genre qui fait un peu tachon. Et du coup après y avait le contrebassiste à côté qui lui faisait des grands signes genre "on y va maintenant" à chaque rentrée de contrebasse.


Et pour le violoniste, en fait plus que dans son jeu purement musical, je trouvais qu'il faisait vachement bien le mec qui tire la tronche et qui fait genre je suis un gros blasé (toute ressemblance avec des musiciens des orchestres notionaux d'Europe de l'Est est purement fortuite).
En même temps vu qu'il avait le bras dans le platre, je viens bien croire qu'il en bavait le pauvre.

{ klari } at: 15 octobre 2008 à 18:44 a dit…

une stagiaire, peut-être? Je cois qu'ils prennent des élèves encore en conservatoire en stage.. parce qu'un titulaire à qui il faudrait indiquer les départs, ça me surprend qd même un tantinet !

Nan, pire que ça.. la main gauche dans le pla^tre.. je l'ai vu apsser en sortant, il avait un joli plâtre sur la main gauche. Ouch.

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