mercredi 29 octobre 2008

Les Cors Merveilleux des Petits et des Grands


6 Comms'
Salle Pleyel, Paris • 22 et 23.10.08 à 20h00
Orchestre de Paris, dir. C. Eschenbach
B. de Barsony, J-M. Vinit, P. Dalmasso, J. Rouillard : cors
M. Goerne : baryton

J'avais fichtrement envie d'écouter Mathias Goerne. Il a une voix incroyable, parait-il. De l'arrière-scène, forcément, je n'ai pas entendu grand-chose de Goerne, même si cette place m'a permis de bien profiter de l'orchestre. Re-belote le lendemain pour pouvoir enfin écouter cet immense baryton, avec une place achetée à la sauvette à un choriste de l'Orchestre de Paris, qui ira jusqu'à assurer un service après-vente de qualité, venant me demander si cela m'a plu. Oui, beaucoup, énormément, mais, comment dire? Mathias Goerne chante, tête baissée, à ses chaussures. C'est ainsi que, de l'arrière-scène tout comme du premier balcon, on peut surtout admirer sa calvitie naissante. Et il faut tendre l'oreille pour entendre sa (magnifique) voix de baryton. vous m'écrirez 50 fois :"Pour écouter Mathias Goerne, s'asseoir à l'orchestre".

Laissons donc de côté la star du moment (qui a magnifiquement chanté, lis-je partout) et critiquons plutôt la prestation de l'orchestre. (P'têt un chouïlla meilleur le mercredi soir)

Les hostilités sont ouvertes par du Schumann, la Fiancée de Messine. Il me semble déjà avoir expliqué en long et en large que je n'aime pas Schumann. Quoique. Disons plutôt qu'il me laisse indifférente, et la simple écoute d'un morceau de Schumann me permet de me concentrer avec bonheur à l'élaboration de ma liste de courses, qui figure encore aujourd'hui dans un coin de mon programme (croquettes pour minet, une paire de chaussures, etc..). Un splendide duo de basson/clarinette me fait sortir de ma torpeur, pour y replonger de plus belle jusqu'aux Blam!-blam!-blam! finaux. Du pur Schumann.

Le concerto pour 4 cors. C'est pour cela que j'étais venue, à l'instigation du chef d'orchestre du Sympathique Orchestre Amateur Parisien, qui entretient d'étranges relations avec les cornistes. En faire venir douze en une seule fois pour une première partie de l'orchestre sympathique reflète une cornophilie non feinte. (On recrute et on a un joli site tout neuf!)

C'est ainsi qu'après avoir déblayé une partie non négligeable de la scène, nos quatre cornistes prennent place, juste devant les seconds violons. (Malgré mes coups d'oeils acérés, je ne vois pas de boules Quiès qui dépasseraient de leurs organes auditifs - les pauvres).
Le corniste, il faut le savoir, est bien moins digne que le violoniste. Un violoniste, en effet, ne retourne pas son instrument dans tous les sens, ne le démonte pas pour secouer la condensation de petits pistons ou soupapettes, et ne s'arrête pas en cours de route pour boire une petite gorgée d'eau.
Mais le corniste a l'habitude de jouer des solos, et ce n'est pas un vulgaire concerto pour 4 cors qui va l'inhiber. La Terrasse, cette auguste publication, ne s'y est pas trompée et va jusqu'à appeler l'un d'entre eux "La Force Tranquille". Bref, c'eût été génial si cela n'avait pas été écrit par Schumann. A la place de Clara, j'aurais confisqué le papier à musique. Ravis d'être sous les feux de la rampe, ils ne se font guère prier pour nous gratifier d'un bis, du Bruckner, je crois, à la fin duquel ils prouvent notamment qu'on peut jouer du cor pppianissimo.

André Cazalet (l'autre premier cor solo de l'Orchestre de Paris, incidemment prof de tous les cornistes présents dans un rayon de 300m), vieux singe à qui l'on n'apprend pas à faire des grimaces, a choisi de rester sagement au fond, dans le pupitre des cors, alors que ses collègues occupent le devant de la scène. Bien lui en a pris, car les belles parties pour cor, on les trouve dans le Mahler, très justement nommé Des Knaben Wunderhorn, le Cor Merveilleux de l'Enfant.

De fait, cette œuvre contient de magnifiques parties pour tous les pupitres de l'orchestre et de beaux solos pour Roland Daugareil, le premier violon, mais Mahler, vous savez bien, n'écrivait pas avec ses deux pieds gauches, lui. On passe ainsi du rire aux larmes (j'ai été surprise par un petit problème de surhumidification de la cornée sur l'un des Lieder), via un délicieux divertissement mettant en scène un rossignol-clarinette, un coucou-basson et un trombone-âne. Pour l'occasion, l'Orchestre de Paris a emprunté le timbalier de Radio-France, qui, après avoir passé quelques instants à ré-accorder son instrument, d'un air méchant, envoie un boum-BOUM! d'une violence inouïe, tel un couperet, alors que Goerne chante la mort du petit tambour. De surprise, mon petit cœur fragile en saute quelques battements, avant de se remettre au boulot pour les applaudissements finaux - c'est gourmand en énergie, les applaudissements. Surtout quand on veut un bis.

Lire aussi les chroniquettes de Zvezdoliki, Palpatine, Laurent, Bouquins refermés.

6 Comms':

{ Papageno } at: 30 octobre 2008 à 23:34 a dit…

Voie lactée ô soeur lumineuse
Des blancs ruisseaux de chanaan
Et des cors blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses

{ klari } at: 31 octobre 2008 à 10:59 a dit…

Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir

(en ce qui me concerne, du moins !)

{ Philippe D } at: 20 novembre 2008 à 23:13 a dit…

Matthias Goerne est de plus en plus fascinant. J'écoute actuellement son dernier enregistrement de lieders de Schubert. Chaque syllabe restitue sublime intelligence et profondeur.

{ Klari } at: 28 novembre 2008 à 13:02 a dit…

Je ne le connais pas assez pour juger, mais son interprétation est d'autant plus impressionnante quand on la compare à celle de bidule-truc (Laurent y était, moi j'écoutais à la radio) avec Boulez quelques jours plus tard, bien fadassounette !

{ Laurent } at: 28 novembre 2008 à 17:42 a dit…

Bidule-truc = Dorothea Röschmann

{ klari } at: 1 décembre 2008 à 11:10 a dit…

Je l'avais sur le bout de la langue !

(Elle a un pedigree impressionnant, mais je me demande si ce n'est pas un peu prématuré dans son cas, de s'attaquer à Mahler)

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