jeudi 9 octobre 2008

Nuit Indienne, volume 1


4 Comms'
Il est assez rare de se préparer à un concert comme à une expédition en montagne. Sandwiches? Empaquetés. Biscuits? Ok. Eau? Check. Bouteille de coca (non-décaféiné)? Non-secouée. C'est donc munis de sacs à dos et chaudement vêtus que nous nous apprêtons à passer la nuit à la Cité de la Musique.

Le choix des places s'avère stratégique. Au premier balcon, près de la scène, mais au premier rang, pour s'accouder si nous venions à piquer du nez. Toute la Cité est en effervescence, embaumant le jasmin : l'écran des caisses est décoré, tout comme les Indiens décorent leurs camions, de guirlandes de jasmins. Quelques bouddhas de bronze (ou de plastique) sourient dans les coins. La buvette est remplacée par un restaurant indien, qui a préparé pour l'occasion de savoureux biryani, du chai chaud et odorant, et bien d'autres gâteries. Les libraires sont sur le pied de guerre, des présentoirs offrent au regard les œuvres des artistes de cette Nuit Indienne, des livres techniques, voire des romans d'auteurs indiens.
La traditionnelle fosse est remplacé par des tapis colorés, où les gens s'assoient sagement, en tailleur.

Les premiers artistes, venus de temples du sud de l'Inde, sont donc reçus par un public déjà dépaysé, certes, mais dont l'oreille n'est pas encore habituée aux nuances de la musique indienne, il est encore tôt dans la nuit. Mais nos deux hautboïstes, assis en tailleurs sur une estrade basse, Sheik Mahaboob Subahani Sheik Meera Saheb et Sheik Kale Eshabimahaboob Sheikmahaboob Subhani ont suffisamment de talent pour ne pas être rebutés par cette position difficile. L'instrument dont ils jouent, le nadaswaram, est un lointain cousin du hautbois, sans clés toutefois, décoré d'une guirlande dorée, qui prête à l'instrument un petit côté sympathiquement kitsch.

Mais qu'on ne soit pas leurré par l'apparente bonhommie de cette instrument : si le cor et le hautbois sont - à juste titre, connus pour être les instruments les plus difficiles de l'orchestre, le nadaswaram n'est finalement qu'un hautbois, mais en bien plus complexe. Après tout, il suffit d'être un émérite hautboïste, ainsi que de maîtriser l'art difficile des glissandi à l'indienne, possibles uniquement en ajustant la pression du souffle. Mais aussi de maitriser le concept de raga, ainsi que les inénarrables cycles rythmiques indiens.

Mais on ne sent pourtant guère la complexité de cet instrument alors que nos deux hautboïstes nous régalent de solos d'une beauté indicible, alors que le son du nadaswaram alterne entre la force de la trompette et la mélancolie du cor anglais.
(si vous trouvez que je pars en live, écoutez donc le solo de la hautboïste, sur la vidéo, vers 14', vous verrez de quoi je parle!). Accompagné par des tavils, percussions du Sud de l'Inde, certainement très exigeantes pour les doigts, puisque nos deux tavilistes ont emmailloté les dernières phalanges de leur doigts.

Cette mise en bouche s'achève très vite, au bout de quarante cinq minuscules minutes, me laissant libre de me ruer vers la librairie de la Cité de la Musique, faire l'emplette d'un livre sur l'Art du Raga. Que je vous recommande chaudement.

(lire la suite : vol. 2)

4 Comms':

{ etnobofin } at: 10 octobre 2008 à 09:41 a dit…

Un evenement epoustouflant! Ce genre d'evenement se passe rarement a Londres je crois... Je me rappelle aussi ta note sur La Symphonie des Mille a Bercy. Est-ce qu'on voit actuellement une "renaissance musicale" a Paris? Ou Paris ca bouge toujours comme ca?

{ klari } at: 10 octobre 2008 à 13:54 a dit…

Epoustouflant, c'est le cas. il faut que je me mette à rédiger les volumes 2-7.
A mon avis, il y a plusieurs éléments de réponse :

- oui: ça bouge énormément. La cité de la Musique se décomplexe énormément et n'hésite pas à organiser des évènements de plus en plus pointus et originaux. mais je pense aussi qu'il n'y aurait pas eu le public suffisant il y a qq années. je pense que ça s'inscrit ds une tendance plus générale de (re) découverte de la musique indienne. Tu vois, il y a quelques années (2004), la Cité se contentait d'organiser des Nuits Soufies de "seulement" 4-5 heures.
-humpf : c'est aussi la première période où j'ai et le temps, et la possibilité, et les ressources suffisantes pour en profiter.
- re-oui: entre la Philharmonie qui va se construire à la Villette, l'ouverture du 104 (104.fr) ça bouge à paris, çà se décomplexe et ça se dé-proutproutise sans arrêt, en particulier dans mon quartier.
- les orchestres: hum, je ne saurais pas dire si c'est une tendance générale, ou si la 8è à Bercy était seulement l'expression de la très légère mégalomanie d'Eschanbach. Faudrait que je me renseigne. Ceci dit, l'Orchestre de Paris a organisé/participé à de stas d'évènements sympas et innovants cette année : Journées du Patrimoine, 40 ans de l'Orchestre de Paris (parait qu'il y avait une intégrale des symph' de Beethoven en 10 min), des spectacles pour enfants... Je ne saurais dire.

Bref, on ne s'ennuie pas à Paris.

{ etnobofin } at: 10 octobre 2008 à 21:50 a dit…

"se dé-proutproutiser"... toujours des nouveaux mots à apprendre :-)

{ klari } at: 13 octobre 2008 à 10:16 a dit…

!!
(j'espère que ça suffira pour mon admission à l'Académie Française!)

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