jeudi 16 octobre 2008

Debussy, Prokofiev Baartok brought to you by the Orchestraa of Paaris, dir Paavo Järvi.


14 Comms'
(c'est mal de se moquer des langues finno-ougriennes, mais moi, j'ai le droit, je parle hongrois. Et toc)

Orchestre de Paris, R. Daugareil (violon), P. Järvi (direction) - Salle Pleyel
15 oct 2008, 20h
Debussy: Prélude à l'Après-Midi d'un Faune
Prokofiev: Concerto pr violon et orchestre #2
Bartok: Concerto pour orchestre.

Il parait que l'Orchestre Colonne donne ce soir une session "Au cœur de l'orchestre" : un/des hommes d'affaires sont invités à prendre place au milieu de l'orchestre, pendant ce qui s'apparente fortement à une répétition générale. C'est un peu mon cas ce soir: j'ai du me contenter d'une place au tout premier rang, pour cause de restriction budgétaire. C'est très près, très très près de l'orchestre : je pourrais défaire les lacets d'un violoniste, et j'ai le nez bien trop près de la chaussette droite en accordéon de Philippe Aïche. Ca me déconcentre. Mais j'ai une place de premier choix pour admirer l'impressionnante technique des premiers violons, ou la direction particulièrement expressive de Paavo Järvi. Et rassurez-vous, l'acoustique, comme partout ailleurs à Pleyel, y est excellente. Tout au plus avons-nous une dose peut-être par trop généreuse de basses, là, presque sous la scène.

On entame les hostilités par un Prélude à l'Après-midi d'un Faune particulièrement éthéré, léger, très otherworldly, dirais-je pour me la péter un peu, si je ne retrouvais pas le mot français qui convient. Le flûtiste, Vincens Prats, est en grande forme : cela fait du bien, à quiconque a trop fréquenté les adorables flûtistes du Fabuleux et Sympathique Orchestre Amateur Parisien, d'écouter à nouveau un musicien de cet acabit. Et l'orchestre, globalement, semble très content de jouer cette œuvre, à en croire le sourire réjoui qui ne quittera pas le visage de l'alto solo, probablement impatiente de jouer le Prokofiev, rempli à craquer de belles parties pour le pupitre d'alto (les altos sont des gens charmants). Notons en particulier les incroyables ppppppp des violons, presque imperceptibles mais o combien émouvants.

Une fois n'est pas coutume, les deux violons solos de l'orchestre sont présents: Philippe Aïche en tant que premier violon, son confrère Roland Daugareil est promu soliste. Sa biographie nous indique qu'il s'agit d'un tueur en série : sorti du CNSM avant même de savoir faire une intégration par changement de variable digne de ce nom, premier violon de l'Orchestre de l'Opéra à un âge indécent. En effet, ça s'entend : c'est maîtrisé, impeccable de bout en bout, pas une note de travers (alors que, chez d'autres instrumentistes, on a parfois cette impression "tiens, cette note était presque fausse, avant qu'un bon vieux vibrato vienne solutionner le tout"), on touche à la perfection. Mais le mieux est l'ennemi du bien, et j'aurais aimé un peu plus de méchanceté, de brutalité dans le Prokofiev. C'est russe, que diable! Bref, Daugareil (tout comme Caussé, rappelez-vous), joue comme l'homme très sympathique, très souriant qu'il semble être, et ce n'est pas forcément adapté à l'œuvre. Il se peut, me signale t'on, qu'il soit intimidé par la présence de tous ses collègues, élèves dans la salle et sur la scène.

En attendant, l'orchestre répond présent, sous la baguette de Järvi, et leur jeu ne manque pas d'intensité. Notons au passage que Järvi, moins digne et altier qu'un Eschenbach, malgré son apparence un peu poutinnienne, n'hésite pas à chantonner les parties de percussions, voire à arborer un rictus sinistre pour inciter les violons à être plus grinçants encore dans un passage qui l'exige, ou à souligner d'une éloquente arabesque une phrase particulièrement lyrique. Il n'hésitera pas, plus loin dans le Bartok, à esquisser une danse de l'ours sur un thème populaire. Un des muscles de sa joue tressaute en rythme: très utile pour se repérer au cas où on aurait perdu la pulsation.

En parlant de pulsation, l'heure est grave: Philippe Aïche tape du pied. Continuellement. Tou-jours. Quand il se retient d'émettre des vigoureux ping-ping, le bout de sa chaussure s'élève régulièrement, ou encore on devine le tendon de la cheville qui se tend et se détend en rythme. Et sur un passage énervé, le fauve se lâche, et son énergique plang!plang!, comme le son du triangle, parvient à couvrir un fortissimo de l'orchestre. Collez ses chaussures au plancher. Collez une petite surface de feutre à sa semelle. Faites-le jouer en chaussettes. Mais de grâce, agissez, et vite!

Un bis s'ensuit : toutes les pires difficultés du violon y figurent: doubles cordes, harmoniques, pizz' de la main gauche, démanchés acrobatiques, de préférence en même temps. Après ce magnifique bis à la fois virtuose et très musical (qu'un altiste -les altistes sont sympas, me dit plus tard être l'Aurore, soit la première partie de l'injouable sonate #5 d'Ysaye), suit l'entracte où j'ai l'immense plaisir de revoir Palpatine, et de rencontrer Laurent en chair et en os.

Retour à mon poste près de l'estrade du chef, pour le morceau de choix de cette soirée, le Concerto pour Orchestre de mon compatriote adoré, Bartok. C'est fabuleux. les pupitres sont ultra-sollicités, et quelques coups d'oeil sur la partition des premiers me confirme dans l'idée que c'est injouable, mais formidablement bien écrit, inventif, mais jamais gratuitement. Un orchestre parfaitement réveillé, les solistes de tous les pupitres sont au taquet (ah, ce basson), le pupitre d'alto est de plus en plus sympathique et content, entraîné par la forte personnalité du chef de pupitre, le chef s'énerve et prend des risques, notamment sur la cavalcade effrénée précédant la barre de fin: certains se plaignent par la suite "ouf! c'était rapide, hein, y'a plein de notes qui ne sont pas/ont failli (biffer la mention inutile) ne pas passer". Mais de mon poste, quelques notes de plus ou de moins n'y ont pas changé grand-chose, et je me sens tout simplement revigorée, peut-être un peu tristounette que ce soit déjà fini. Pour me consoler, je fait un peu de forcing auprès de ma voisine, qui s'avère t'il, a fait du violon dans sa jeunesse. Chic, une potentielle recrue pour le Chantier !

14 Comms':

{ Djac Baweur } at: 16 octobre 2008 à 15:32 a dit…

Très bon aärticle, vraäiment.

{ Djac Baweur } at: 16 octobre 2008 à 15:32 a dit…

Très bon aärticle, vraäiment.

Anonyme at: 16 octobre 2008 à 18:36 a dit…

otherworldly....

€nkor du böböisme päärisien

Pour Aäiche, il y a une solution. tu te débrouilles pour te retrouver à la même place et......Super Glue !

Chëffe

{ Klari } at: 16 octobre 2008 à 18:47 a dit…

=> Chëffe : süüper glü, tu veux dire?! Ouaip! (ou alors je peux soudøyer un äältiste-sympä pour le faire à ma place nøn?).
Mëërde, quoi, je parle anglais et hongrøis je tiens à ce que mes lecteurs le sachent !

D'ailleurs :
Oui au böböisme päärisien !
Oui à l'éliitisme müsical !
Oui aux flûtes otherwörldly! (je suis sûre que tu en aimerais bien une ou deux pour Noël, ainsi qu'un seau de cølle pour tous tes musiciens qui tapent du pied, hein Chëffe)

ðjäk: mërcì ! mërcì !

{ Djac Baweur } at: 17 octobre 2008 à 16:41 a dit…

(ça me fait penser à la Grande Traversée, d'Astérix : pendant que les humains, Gaulois et Viking, cherchent vainement à se comprendre, Idéfix rencontre le chien viking, et ils se mettent à rigoler en faisant des Ouah Ouah et des Øuäh Øuäh à tour de rôle...)

{ Klari } at: 17 octobre 2008 à 18:16 a dit…

tu penses qu'un alto viking çà fait "crrrĩīįıịn-crrrĩīįıịn" ? :-p

Anonyme at: 17 octobre 2008 à 23:05 a dit…

oh ben du coup je sais ce que c'est qu'un haütboiis vikïïng !!!

Chëffe

{ [ Ben ] } at: 18 octobre 2008 à 08:05 a dit…

En tous cas les aältistes sont des gens très sympas.

(Bientôt nous serons tous convaincus avec ces messages subliminaux)

Anonyme at: 18 octobre 2008 à 14:53 a dit…

C'est bien dommage que sur plus de 2000 places dans cette Salle Pleyel, il eu fallu que vous soyez placé à 10 centimètres de mon pied droit! Il faudra donc prendre un peu de recul pour vos prochains commentaires!

{ klari } at: 20 octobre 2008 à 10:35 a dit…

=> Chëffe : je pense que le hautbois baroque-viking est un pue le cousin de la bombarde. Quel est le principal intfrérêt d'une bombarde? Pouvoir mettre le feu à une cornemuse !

=> Ben: tout à fait. Très très sympäs.
(fredonner) "l'alto c'est beau, l'altiste c'est sympathiqueuh!"

=> Anonyme : bah! ça m'a permis d'admirer de très près la technique incroyable des premiers violons. (mais de loin aussi, la chaussure porte. un incroyable instrument soliste, la chaussure, quand on y pense)

{ Djac Baweur } at: 20 octobre 2008 à 14:59 a dit…

Ouais, alors, voilà, hein, moi j'ai eu un prof qui faisait rien qu'à m'embêter parce que je battais du pied en jouant, et il me le bloquais exprès pendant que je jouais, et maintenant je ne suis qu'un obscur tâcheron altiste, alors que si ça se trouve, sans ça je serais premier violon solo de l'orchestre de Paris !

C'est pô juste !

{ klari } at: 20 octobre 2008 à 16:15 a dit…

Non, aucune chance : tous les premiers et les seconds violons du Chantier pasesraient avant toi: nous, non seulement on tape du pied, mais en plus on jour du violon, et pas de l'alto, héhéhé !

Anonyme at: 22 octobre 2008 à 14:46 a dit…

bizarrement, les rois du rythme c'est quand même plus les violons que les altos.....
... et puis pourquoi je vous parle encore à vous..pfrfrfr

King's Rythms

(c'était bien j'espère)

{ Klari } at: 22 octobre 2008 à 17:00 a dit…

Viiiii, c'était génial! D'ailleurs, je viens de finir la chroniquette.

("et puis pourquoi je vous parle encore à vous..pfrfrfr" : t'as pas vraiment le choi, hein? d'ailleurs, c'était bien, hier?)

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