jeudi 5 juin 2008

La 5è de Sibelius - quelques notes de programme en vrac.


6 Comms'
Concert du RSO - Rainbow Symphony Orchestra : les 7 et 8 juin prochain! Réservez vos places!**

Cette symphonie a probablement été écrite par Sibelius alors qu'il n'avait pas digéré son échec au concours de violoniste du rang au Philhar' de Vienne, et qu'il faisait des fredaines avec une corniste. Les vents - surtout le premier cor solo, tiennent le haut du pavé, alors que les cordes se tapent le remplissage, inaudible, mais ô combien difficile.

Beaucoup d'encre a coulé sur Sibelius, que d'aucuns nomment le plus ennuyeux des musiciens sérieux (aïe!), ou bien l'un des plus grands symphonistes du début du XXe siècle, allez savoir. On peut lire également sur Wikipédia-Halléluïa de brillantes analyses "l'esthétique sibélienne d'une concentration proche de l'ascèse (Olin Downes a parlé d'un "monolithe pan-consonnant")", que je vous laisse méditer en paix.

Mais que se passe t'il dans la tête d'une jeune violoniste amateur, confortablement installée devant les hautbois et les flûtes, au fond du pupitre de second violon ?

Voici.

M***de, je n'ai pas de chemise unie de couleur vive. Pourquoi on ne le ferait pas en pingouin, ce foutu concert? Humpf. Tiens, j'ai oublié de préparer mes collages et mes découpages pour les tournes. Bah tant pis. Par défaut, je tourne, dans le cas contraire, j'envoie un coup de pied à mon voisin. Pas pratique, les talons.

Faut s'accorder maintenant. Flûte, je n'entends que les flûtes qui font un barouf du diable au fond. Je m'accorderai à la pause. Ou je demanderai à quelqu'un de le faire pour moi.

J'adore ce moment, quand le chef se concentre, un peu avant le départ. Une tension palpable s'installe dans le public et dans l'orchestre. Les cornistes doivent bien stresser, maintenant. Zut, j'ai oublié de noter si le chef bat à la blanche ou à la noire, dans le 1er mouvement. Gné, de toute façon, je ne vois pas bien combien de noires, ça fait, du 12/8. Quatre? Cinq ? J'espère qu'il sait ce qu'il fait, mon voisin. Bon allez, on y va. Mais qu'elle est belle, cette intro des vents.. Mais que c'est beau.

Mais attendez-moi !!
(Quelques minutes plus tard)

Oh non, pas le trait d'orchestre. Pitié. C'est le moment de prendre un air innocent, de soulever l'archet de quelques millimètres, et de l'agiter le plus loin possible des cordes. Chu paumée. Ouf, à "L", le chef nous fait un grand signe. Ils ont l'air de se faire plaisir, ces vents, alors qu'on se torture les métacarpes.

Enfin! Le joli passage en pizz' ! Pas de bémols, que de joli arpèges comme dans les méthodes de violon. Hourrah. Un peu de répit avant le finale du premier mouvement, où je vois mes voisins s'agiter: les violons fument, les fronts se plissent, alors que les notes défilent de plus en plus vite dans un déchaînement d'énergie. Pendant ce temps, j'agite vaguement mon archet tout en me rappelant d'acheter de la bouffe pour chat au retour. Superbe, ce finale. J'ai toujours envie d'applaudir.

Le mouvement intermédiaire. Ouf. On peut se ressaisir. 16 pages jouées, plus que 8. Ca en fait, des tournes, quand on y pense. Fichtre, on a failli faire valser le pupitre, il y a une tourne ou deux.

Salaud. C'est rapide, difficile, on se paume. Bon sang, il aurait bossé un peu plus, il l'aurait eu son concours, et il ne serait pas venu nous £^$^)==@ avec des traits à la c**. Heureusement, il y a ce superbe passage pour cors vaguements accompagnés d'orchestre. Qui lui aurait été inspiré par des cygnes, parait-il.

Et après, c'est la dernière ligne droite avant la fin. Ah mince, me revoilà à contre-archet. Mais comment est-ce possible? J'ai les bons coups d'archet sur la partition, mais que font mes voisins? Ah? Je me suis plantée de page. Autant pour moi.

Et le sprint avant les accords finaux, on va chercher dans les réserves. Un crescendo , un léger accelerando et....

BLAM !

(non, n'applaudissez pas)



BLAM !

(n'applaudissez toujours pas)


quelques longues secondes plus tard:
BLAM!

(pas encore)

BLAM!

Maintenant, on peut applaudir.
--------------------------------------
* ou sa femme le trompait-elle avec un violoniste ?
** ce n'est pas encore fait?

6 Comms':

{ Lucie } at: 6 juin 2008 à 14:58 a dit…

J'adore ce billet... oser dire tout haut (écrire) ce que sans doute des dizaines pensent tout bas (tuba?). Bon, j'arrête tout de suite avant de commettre pire! ;-)

{ klari } at: 6 juin 2008 à 16:35 a dit…

C'était sincère.. Aucune provocation voulue!

Enfin, je préfèrerais toutefois qu'aucun des ayant-droits de Sibelius ne passe par ici.

A bientôt!

{ Papageno } at: 9 juin 2008 à 21:55 a dit…

Les "ayant-droits", quel mot affreux...

Quant à la deuxième capture d'écran, ce type de texture orchestrale est typique de Sibelius, c'est une manière de créer un son qui soit soutenu mais pas immobile. On trouve déjà ce type de technique chez Mozart (les altos au début de la 40è). C'est vrai que pour un violon, être traité comme un vulgaire alto alors que ce sont les vents qui s'amusent, ça doit faire tout drôle ! Alors que nous on a tellement l'habitude du remplissage avec les symphonies de Beethoven qu'on ne fait même plus attention.

PS attends de jouer une symphonie de Bruckner et tu comprendras le sens de mots comme "ingrat" ou "abnégation"...

{ klari } at: 10 juin 2008 à 09:07 a dit…

N'est-ce-pas? Surtout les ayant-droits en question ne sont pas musiciens pour deux sous, quel gâchis, de leur verser des royalties..

Si on essaie de me faire jouer du Bruckner, j'arrête le violon !

N'empêche, on se demandait s'il fallait vraiment écrire ce genre de choses chez Sib' : si les premiers avaient joué la ligne sup, les seconds la ligne inférieur, est-ce que le rendu ne serait pas le même? (c'est troublant de jouer l'inverse de son voisin? D'ailleurs j'ai jamais réussi, on revient toujours a la même ligne)

En tout cas, c'est certainement du remplissage bien complexe. Je comprends désormais mieux le syndrome de l'altiste !

{ DavidLeMarrec } at: 20 juin 2008 à 22:05 a dit…

... et c'est encore pire qu'on croit, puisque l'orthographe officielle, au pluriel, est "ayants droit". Moi, mettre un "s" à un participe présent, fût-il vaguement substantivé, ça me rend malade.

L'orthographe "ayant droits" est par ailleurs permise depuis la réforme minimale de l'orthographe au début des années 90.

{ klari } at: 23 juin 2008 à 09:55 a dit…

Moi, j'ai depuis longtemps renoncé à utiliser chou-fleur, porte-manteau, ayant-droit et tout ce genre de choses au pluriel. je m'arrange pour qu'un seul suffise !

Enregistrer un commentaire

 

Mentions légales - Copyright © 2007-2012 Le klariscope. Tous droits sur les chroniquettes patati, patata.
RSS Feed. Ce blog est fièrement propulsé par Blogger. La template est signée dzignine d'après le modèle Minima-White