mercredi 7 mai 2008

Le cerveau et les cervicales


2 Comms'
Paris, Salle Pleyel. 10-IV-2008.

Wolfgang Amadeus Mozart : Ouverture des Noces de Figaro K. 492.
Sergueï Rachmaninov
: Concerto pour piano n°3 en ré mineur op. 30.
Dimitri Chostakovitch
: Symphonie n°10 en mi mineur op. 93
Nikolaï Luganski, piano. Cincinnati Symphony Orchestra, direction : Paavo Järvi.

J'ai déjà eu l'occasion de le dire ici : ma culture classique est très limitée. Je tente parfois de déchiffrer les gestes des chefs d'orchestre, de trouver un sens global à cette grammaire gestuelle cryptée, mais sans succès. Quant à l'interprétation des œuvres au programme, je n'ai que très peu d'éléments de comparaison : je les ressens donc pour ce qu'elles sont, incapable de dire si ça aurait été mieux avec Vassili Vassilievitch à la direction ou Markus Grosskopf au piano.

Il me faut cependant préciser : les concertos pour piano, c'est ma came. En particulier, les n°2 et n°3 de Rachmaninov sont les seuls que j'ai écoutés intensivement et dans des versions variées. Ils recèlent de ces parties qui me soulèvent, m'emportent et me donnent irrésistiblement envie de sauter sur place et d'agiter les bras, façon moulin à vent.

Les concerts auxquels j'ai l'habitude d'assister ne se déroulent jamais à Pleyel. On est en général entassés à l'Elysée Montmartre ou à la Loco, agitant les bras sur un riff de Down, d'Opeth ou de Danko Jones, toutes guitares devant. On saute, on pointe du doigt vers la scène ou vers son voisin, on vide ses tripes en hurlant les paroles à brûle-poumons en direction de son voisin ou du chanteur, et surtout, surtout, on agite la tête. On agite la tête sur l'intro, on agite la tête durant le concert, on agite la tête dans le métro en rentrant chez soi. Bref, les concerts de metal, c'est une expérience physique, dont on met parfois plusieurs jours à se remettre.

Je me retrouve ce soir à Pleyel, au premier balcon, pour assister à l'interprétation de mon concerto préféré. Un pianiste russe machiavéliquement bon, qui enquille les passages les plus difficiles avec une facilité déconcertante, et qui fait chavirer la salle entière de ses frappes chirurgicales. Dans ces conditions, pendant les passages les plus prenants, quand mes tripes se mettent à bouillir, j'ai beaucoup, mais alors beaucoup de mal à rester sage et immobile sur mon siège. Je m'agite un peu, je regarde autour de moi pour ne voir que contemplation calme et cérébrale. Mais comment font-ils?

Je passe sur l'ouverture rafraîchissante et la symphonie conceptualisante. En rentrant descendant les marches du métro Ternes, j'enclenche les Foo Fighters dans le discman et laisse aller mes cervicales. L'esprit, plus fort que le corps?

Ju.

2 Comms':

{ lavinie } at: 15 mai 2008 à 18:09 a dit…

Ah, je vois très bien le passage en question sur la partition. :o)

Est-ce que les grands pianistes ont des yeux de caméléon? Parce que pour tomber juste avec un écart autant grand entre les mains, je ne sais pas comment ils font. Moi je dois faire un compromis: je choisis quelle main je vais suivre des yeux pour qu'elle joue (à peu près) juste. L'autre boum-schlang-beng vaguement quelque chose à des intervalles très approximatifs...

{ klari } at: 16 mai 2008 à 10:16 a dit…

y'a pas des études qui traînent, sur le taux de louchage des pianistes de concert?

En effet, je vois ce que tu veux dire... Bah, le boum schlang beng, ça doit très bien passer sur du Rachmaninov, je suppose. y'a pas de raison, n'est ce pas?

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