mercredi 16 avril 2008

L'Orchestre de Paris répète un programme très slave


4 Comms'
Salle Pleyel - 16 avril 2008, 10h
Répét' gale,
Orchestre de Paris, Jiri Belohlavek (direction), Nelson Freire (piano)
Dvorak, Le Pigeon des bois,
Rachmaninov, Concerto pour piano #2
Janacek, Sinfonietta

Patientant tranquillement devant le magasin Mariage qui jouxte Pleyel, je lorgne une gigantesque palette de thé, que les employés du magasin, tout de blanc vêtus, sont en train de décharger petit à petit. Il y en a au moins deux m3. Et si je me servais ? Je m'imagine déjà slalomer comme une forcenée entre les fauteuils de Pleyel, poursuivie par des hommes en blanc, ma boîte de thé entre les mains.

Non. Je vais éviter le style "je viens de m'échapper de l'asile psychiatrique", guère seyant à Pleyel. Je me contente ainsi d'attendre sagement mes amis devant l'entrée des artistes, allant au passage saliver devant l'épicerie russe rue Daru. Sachez-le, c'est toujours aussi jubilatoire d'entrer à Pleyel par l'entrée des artistes, quoiqu'il se mêle à cette joie une pointe de regret de ne pas être munie d'une boite à instrument (dans laquelle j'aurais pu dissimuler le thé, d'ailleurs).

Un orchestre bien garni entame le Pigeon des bois, de Dvorak . Pour comparaison, il y a quatorze altistes (presque autant que de musiciens au Sympathique Orchestre Amateur Parisien), huit ou neuf violoncellistes,etc. La fiche de présence, sur laquelle j'ai jeté un rapide oeil indiscret, est gigantesque. Guère concentrés, mon voisin et moi cherchons surtout à identifier la trompette-mystère, que l'on entend sans voir. Morceau méconnu, mais superbe, qui me laisse toutefois une impression bien moins forte que ce qui suit.

Un petit jeu de chaises musicales s'ensuit. Accompagné par l'orchestre qui en profite pour faire n'importe quoi. Mais comme il s'agit de l'Orchestre de Paris, c'est du beau n'importe quoi. Juste, bien timbré, assuré. Se détache le très célèbre thème de flûte du Concerto. J'ai du mal à réfréner mon impatience.

Nelson Freire, papy bonhomme qu'on imagine plus lire la presse le dimanche matin, chat sur les genoux, au coin d'une cheminée, s'installe au piano. De vilains énergumènes continuent de discuter, derrière moi, alors que N. Freire commence d'assener les accords qui entament le concert. je leur jette un coup d'oeil rageur et un chut! poli mais ferme. Freire est indiscutablement très à l'aise dans le registre post-romantique de Rachmaninov, sans pour autant tomber dans la sentimentalerie ou pire, le cabotinage. Aucun secouage de crinière, aucune grimace torturée, aucun roulement d'épaules comminatoire. Sobre, maîtrisé, imposant.

Le premier mouvement, trop vite fini, laisse place au second, où les altos connaissent leur heure de gloire : ils jouent le thème, accompagné des pizz' jaloux des violons, pour une fois sur le devant de la scène (au sens propre aussi, car l'Orchestre de Paris dispose traditionnellement ses altos sur le côté avant de la scène). Le superbe dialogue flûte-piano. Un passage intense, tendu, où on devine plus qu'on entend le timbalier, emprunté au Philhar' de Radio-France, moins un son qu'une vibration qui évoque les frémissements du vent dans les branches des bouleaux le long des steppes russes enneigées que l'exigé ne contemplera.. Ahem.

Entre temps, les altos baillent, les cornistes se marrent derrière leurs pupitres, et les cordes vibrent tant qu'elles peuvent. Moi, je retiens mon souffle.
Le public, réduit, mais ravi, éclate en applaudissements enthousiastes et mérités, à la fin de cette œuvre, presque kitsch, mais si émouvante.

Entracte. Café. Nécessaire.(tiens,le Do-Ré-Mi propose un hamburger, hors de prix, dénommé le MacPleyel. Allons bon)

Retour dans la salle. Les jeunes gens que j'avais préalablement rabroués d'un vigoureux chuut s'avèrent être des musiciens. Gloups. En effet, l'orchestre est renforcé d'une armada de trompettes (une bonne douzaine au total), qui font un barouf étonnant au début du morceau. Puis ils laissent la place à l'orchestre. Inversement à Rachmaninov, l'écriture est bien plus complexe, mais cela reste peu perceptible, et la pièce est accessible comme du Copland (elle m'y fait penser). Pendant ce temps, les trompettistes supplémentaires feuillettent et se font passer le Canard Enchaîné. Et oui, c'est mercredi. Alors que les cordes souffrent. Les altistes, par exemple, monteront jusqu'en neuvième position (il leur faut cependant compter sur leurs doigts pour pouvoir nommer cette position himalayenne).

Comme un gamin, je continue de m'émerveiller de cette forêt d'archets qui montent et descendent à l'unisson, des rangées de mains de violonistes qui effectuent d'identiques moulinets-aller-retour-moulinets-trémolos en même temps. Un vrai ballet.

A la fin du morceau, l'ensemble de l'orchestre (hormis une poignée de vents), ainsi que les douze trompettistes, jouent. Et plutôt en fff qu'en pppp. On verra un malheureux clarinettiste s'enfoncer avec désespoir les doigts dans les oreilles, grimaçant de douleur (pourquoi n'ont-ils pas mis de pare-sons?). Au rang K, c'est supportable, mais imposant.

Arpentant les couloirs de Pleyel, nous nous retrouvons derrière un corniste, qui s'avère être l'heureux détenteur du Canard Enchaîné qui circulait aux derniers rangs de l'orchestre. Un corniste qui enchaîne les canards? C'est presque trop beau pour être vrai !

A lire aussi : les chroniques de Bladsurb, Palpatine, Concertonet.

4 Comms':

{ bladsurb } at: 17 avril 2008 à 00:00 a dit…

Merci pour ce passionnant billet !

Il me semble que ce soir, il n'y avait que 9 trompettes pour le Janacek. Et ils avaient mis des pare-sons. Mais le timbalier avait quand même des protège-oreilles (ou alors, c'était une oreillette pour savoir quand frapper ?). Fascinante, cette Sinfonietta, même entendue de l'arrière-scène. (compte-rendu demain chez moi)

{ klari } at: 17 avril 2008 à 17:27 a dit…

Passionnant? Je ne sais pas.. Merci infiniment pour le compliment..

J'ai compté 9 trompettes (debout tout là-haut), et les trois habituelles, devant les trombones, à côté des bassons. J'aurais du jeter un coup d'oeil plus longuet à la fiche de présence.

Les pare-sons et les boules quiès, çà ne devait pas être du luxe..!

La Sinfonietta est assez incroyable, en effet. Je ne la connaissais pas du tout, et au nom, je m'attendais à qq chose de rigolo, assez léger. J'ai du mal à retirer mon coude de mon orbite oculaire..

{ Ju } at: 18 avril 2008 à 23:37 a dit…

Et en plus on va voir des répètes de Rach 2 avec des blogueurs sans me prévenir? AAArgh je suis annihilation.

Preuve que je ne suis pas rancunier, je ferai une chroniquete du Rach 3 dès que possible.

{ Djac Baweur } at: 20 avril 2008 à 14:33 a dit…

C'est assez récurrent, quand un programme slave.

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