mardi 22 avril 2008

Encore un petit concert à Pleyel. Parce que je le vaux bien.


9 Comms'
Salle Pleyel - 20 avril 2008, 16h
Orchestre National d'Ile-de-France, Yoël Levi (direction), Ekaterina Semenchuk (mezzo)
Gustav Mahler : Kindertotenlieder, Symphonie #5

Pleyel craque aux entournures : les mélomanes ne se baladent pas sous les platanes ensoleillés, mais sont ici, pour un beau programme, qui a attiré un public jeune (un immense bravo à l'équipe comm' de l'ONIDF), et enthousiaste.

Alors que nous prenons place au premier balcon (et je me réjouis de pouvoir contempler l'orchestre d'en haut, surtout dans le cas d'une oeuvre à l'orchestration un tantinet complexe, telle que la cinquième de Mahler), seule une poignée de musiciens est sur scène : le contrebassoniste égrène quelques prrrrrouut malhériens, la clarinette basse fait résonner un majestueux woueerruugh chewbaccien , le tout assaisonné des coincoins enjoués du hautboïste solo.

Un orchestre, déjà costaud, prend place sur scène. Entre le chef, et la soliste. Une superbe biélorusse, formée à Saint-Pétersbourg : quoi de plus romantique que la vision d'une jeune étudiante, pataugeant dans la neige, un pilo de partitions sous le bras, en route vers le Conservatoire, je vous le demande?
Malher considère l'orchestre comme un gigantesque réservoir de musiciens de chambre pour cette œuvre et ne sollicite, en général, que quelques musiciens à la fois pour accompagner la soliste. Dont la voix, d'ailleurs, se mêle à celle de l'orchestre plus qu'elle ne s'y surimpose. Les vents jouent la part du lion, les cordes étant réduits à la portion congrue, et au sein des cordes, on entendra plus les violoncelles et les altos que les violons, en pleine harmonie avec la tessiture de la soliste. Ainsi au fil de l'œuvre, de superbes combinaisons d'instruments se feront entendre : voix seule et cor, un discret tapis de notes par les cordes en fond, ou un superbe solo du cor anglais et du hautbois, quelques pizz' en fond, rejoints par une flûte et les cors. On ressort de cette œuvre ému et ébloui.

Pendant l'entracte (précoce certes, mais une symphonie de plus d'une heure suit), on peut assister à un colloque de percussionnistes: cinq silhouettes en plein conciliabule au dernier rang de l'orchestre. L'un deux fait sécession puis fait sonner quelques notes sur la caisse claire, après l'avoir préalablement recouverte d'un chiffon. Fuyant les coulisses, le clarinettiste les rejoint, enchaine quelques gammes pour ensuite se concentrer sur un trait particulièrement acrobatique que l'on reconnaîtra dans le cinquième mouvement de la symphonie. Ouh! En solo, qui plus est.

Entre un orchestre massif : quatre trompettes, quatre clarinettes, un bataillon de sept cornistes, dont une, déjà fichée au Chantier (vous rappelez-vous les Juste aux cors?), et le reste à l'avenant. Pas un bruit alors que le trompettiste solo entame courageusement le Trauermarsch. In gemessener Schritt. Streng. Wie ein Kondukt, qu'est le premier mouvement, qui passe, trop vite, enchaînant les moments de bravoure des cuivres et des vents. Le Stürmisch bewegt. Mit grösster Vehemenz. me fait penser à une musique de film avant l'heure, par les superbes couleurs orchestrales si expressives qu'elle sollicite. Un thème, vigoureusement exposé par les violoncelles, a probablement du être repris par un compositeur ès-musiques de films ou un chansonnier. Un peu trop connu pour être catholique. Un Kräftig, Nicht zu schnell, qui verra notamment de beaux solos d'alto.
Pendant les trois premiers mouvements, il faut bien admettre que les cordes servent essentiellement de faire-valoir aux cuivres et aux vents. Mais la vengeance est un plat parfois dégusté chaud. La revanche de la Corde ne se fait pas attendre: s'ensuit le célébrissime Adagietto. Sehr langsam, une des plus belles pages de musique jamais écrite pour cordes, où les seconds violons, sortant du ô combien traditionnel rôle de ploumploumistes officiels, jouent le thème au nez et à la barbe des premiers.
Il ne nous manque donc plus que le Rondo-Finale. Allegro. Des tartines de pâte sonore qui culminent en apothéose, laissant le public peut-être un peu sonné, mais ravi: les applaudissements sont généreux, et amplement mérités.

Note: une excellente analyse de la symphonie ici, une encore meilleure là, et ne pas oublier de parcourir l'article wikipédia. En anglais, certes, mais la version française est consternante.

9 Comms':

{ Papageno } at: 26 avril 2008 à 20:46 a dit…

Ma parole tu as loué une place à l'année salle Pleyel ?

{ [ Ben ] } at: 28 avril 2008 à 14:44 a dit…

Ah, l'Orchestre National de Lyon joue la 5ème de Mahler la saison prochaine... à ne pas rater donc !!

{ klari } at: 29 avril 2008 à 16:03 a dit…

Papageno: euh non, mes finances ne me le permettent pas trop en ce moment (par contre, pour 2009-2010, je m'abonne!), disons plutôt que j'ai des amis d'une générosité extrême et suffisamment bons musiciens pour s'être fait une place dans des orchestres, qui eux, ont loué Pleyel!

Ouais, la classe, quoi. :-)

{ klari } at: 29 avril 2008 à 16:05 a dit…

Ben : c'était ma première 5ième en concert, et bigre, je ne le regrette pas!
Ce sera ta première cinquième? En tout cas, je lirai ta chroniquette en temps venu.

{ [ Ben ] } at: 1 mai 2008 à 14:16 a dit…

En effet, ce sera la première, après le n°4 cette année !

{ klari } at: 3 mai 2008 à 13:39 a dit…

Hum. Je ne peux pas te répondre d'un commentaire spirituel et intelligent, je ne connais pas du tout la 4ième. Enfin bon. bref, c'est cool tout ça.

gvgvsse at: 14 juin 2008 à 13:39 a dit…

ya un malher qui s'est glissécau milieu des mahler :)

{ klari } at: 15 juin 2008 à 20:56 a dit…

GRRRRROUUUUAAAARRRR !

D'autant plus que je suis maintenant obligée de le laisser où il est, sinon ton commentaire ne tient plus debout.

Je suis coincée ! Comment sortir de ce terrible dilemme?

{ Djac Baweur } at: 15 juin 2008 à 21:04 a dit…

Ach. Quel malheur !

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