mercredi 16 avril 2008

Concert : Colonne à Pleyel, la chroniqette.


7 Comms'
Salle Pleyel. 15 avril '08, 20h
Orchestre Colonne, Laurent Petitgirard (direction), Constantin Bodganas (violon)

Confortablement attablés au Do-Ré-Mi, nous voyons passer une généreuse portion de l'Orchestre Colonne, boîtes à instruments à l'épaule, certainement venus faire une pause café-verre d'eau. Soit dit en passant, l'ensemble du quartier semble dédié à la musique. Deux magasins de piano à un jet de pierre de Pleyel. Un coiffeur de la rue a même un violon dans sa vitrine.
Idiosyncrasie du quartier.

Le concert (que nous n'avons ni le droit de photographier, de filmer ou d'enregistrer. A t'on seulement le droit de faire quelques croquis des musiciens?) débute, comme toujours chez Colonne, par une œuvre contemporaine. Horrificques de Dubugnon. Prenez Horrificques comme une déformation d'Auri fecit (un terme rabelaisien, parait-il), non pas comme un dérivé d'horrible, horripilant, etc. L'œuvre reste assez classique, très mélodique, très lisible. Les amateurs apprécieront les prrrrout majestueux du contrebasson, dont le rôle est conséquent. J'aime particulièrement dans les œuvres contemporaines l'usage fait d'instruments autrement rarement croisés : une clarinette basse, qui s'esquivera discrètement après le morceau, un contrebasson, et des percussionnistes fortement sollicités (glockenspiel, marimba et/ou xylophone (?), crécelles, etc). Une fois n'est pas coutume, le compositeur viendra saluer à la fin de l'œuvre.

Quelques instants de flottement, alors que les techniciens de Pleyel jouent aux chaises musicales autour du piano (fait hautement remarquable, ils déplacent pupitres et chaises sans le moindre grincement ou envolée de partition. Essayez chez vous, pour voir). Constantin Bogdanas entre, muni d'un violon à rayures : rouge autour du chevalet, jaune aux deux extrémités , le tout contrastant agréablement avec le marron de la mentonnière et le noir de la touche.
Le Concerto de Bruch. Moi, ça m'agace. Profondément (moins que du Schumann, mais guère). Je rêvasse tranquillement pendant les deux premiers mouvements, alors que Bogdanas, solidement campé sur ses deux jambes, enchaine des traits injouables les uns après les autres. Le troisième mouvement, un peu plus danse-hongroise-de-brahmsesque dans l'esprit, me réveille un peu et je me surprends à me dandiner en rythme sur mon fauteuil. Globalement, la partie du soliste me parait cependant purement virtuose, guère musicale, et l'orchestre me semble sous-exploité.
SCOOP ! On me dit à l'instant en effet que le 3-ième mouvement est tellement brahmsien qu'un chenapan de violoniste aurait joué en répèt' un passage presque identique du concerto de Brahms alors que le soliste s'échinait sur le Bruch. Il parait que le rendu est charmant.

Bogdanas dit ne pas avoir préparé de bis, et annonce qu'il va essayer de jouer l'Adagio de la Sonate #1 de Bach. Choix peu courant, mais ça passe très bien. On n'entend pas une mouche voler.

Entracte.
(Hourrah! Un message téléphonique m'apprend que je pourrai assister à une répèt' de l'Orchestre de Paris le lendemain. La la lère!)

On reprend pour le plat de résistance de ce concert : la Pathétique de Tchaïkovski. Petitgirard nous confirme que Bogdanas n'avait en effet rien préparé (ach so?) et nous demande de bien faire attention à ne pas applaudir à la fin du troisième mouvement de la Pathétique (à mon avis, c'est de la triche). Ceci dit, il aurait du également prier le public de ne pas tousser, de monumentales quintes se sont faites entendre entre les mouvements.

Cette symphonie est tout simplement éblouissante. Elle commence tout en douceur, par une entrée toute délicate des contrebasses, servant de support à un superbe solo de basson. Que rejoindront un peu plus tard les altos. Quelques minutes plus tard, tout l'orchestre est impliqué. N'ayant pas le conducteur à la maison (ni les connaissances pour comprendre en quoi la partition serait différente d'autre chose ), je me contenterai de dire que Tchaikovski utilise l'orchestre d'une manière superbement inventive, toujours pertinente, et se révèle un maître de la gestion de la tension (vous savez quand vous écoutez une morceau de manière si intense que vous en oubliez de respirer?).

Le troisième mouvement, et sa superbe conclusion annoncée par une montée de la mayonnaise quelques minutes auparavant, me laisse clouée à mon fauteuil. Même les gestes des co-pupitriers de gauche - les tourneurs de pages, sont rageurs, comme si la tourne faisait partie de la partition (si j'étais un compositeur contemporain, j'inclurais les tournes "scchhhlourf!" dans une de mes œuvres) et devaient contribuer à cette apogée musicale. Le quatrième mouvement mourra comme a débuté le premier : un solo de contrebasse accompagné des discrets pizz' de ses collègues.

De nombreux applaudissements ne suffiront pas à nous obtenir un bis: le chef - avec raison, souhaite que les musiciens et le public restent sur l'impression faite par ce chef d'œuvre, et nous promet un bis le 10 juin, ici-même à Pleyel. J'essaie, avec mon opiniâtreté coutumière, de recruter pour le Sympathique Orchestre Amateur Parisien, avec un succès mitigé. Les musiciens de Colonne, qui ont de la suite dans les idées, sont de retour au Do-Ré-Mi, peut-être aurais-je du m'y arrêter faire un peu de prosélytisme. Bah. Une autre fois.

(oui, je mettrai des liens plus tard)

7 Comms':

{ Papageno } at: 16 avril 2008 à 22:44 a dit…

C'est sûr que Tchaïkovski savait écrire des symphonies, mais je vous trouve un peu dure avec Max Bruch dont le concerto vaut bien ceux de Mendelssohn ou Mozart pour la partie soliste (et partage avec eux une orchestration pas franchement passionnante).

{ klari } at: 17 avril 2008 à 17:32 a dit…

Oui, c'est vrai (mais je ne suis pas souvent dure, quand ça m'arrive, je mets donc les bouchées doubles).

Pourtant j'aime bien le Mendelssohn, mais ça doit être du au fait que je l'ai découvert toute jeune, à une époque où ça devait bien correspondre à mes gouts..

Je ne dis pas qu'il est mauvais (enfin, en l'occurrence, si, mais je ne le pense pas si fort que ca), mais plutôt que ce style me laisse maintenant complètement indifférente.

Le concert de ce midi s'est bien passé?

{ [ Ben ] } at: 2 mai 2008 à 13:11 a dit…

Pour le conducteur de la Pathétique de Tchaïkovsky :
Premier mouvement
Second mouvement
Troisième mouvement
Quatrième mouvement

Je dirai deux mots de nos concerts sur mon blog, mais la fin est vraiment sublime... le silence se fait interminable avant les applaudissements (on a dû approcher les 30 ou 40 secondes, voire une minute, on ne se rend pas trop compte...)...!

Pour parler des pizz de la fin... on se les représente d'une autre manière quand, en répétition, le chef vous dis qu'ils sont les six clous que l'on plante pour refermer le cercueil... hum.

Je confirme qu'il est difficile de se remettre dans autre chose pour faire un bis... note chef nous l'a fait faire deux fois, mais je crois que peu de musiciens ont été conquis par l'idée...

{ [ Ben ] } at: 2 mai 2008 à 13:12 a dit…

Oups, pardon, je n'avais pas suivi tes liens, je croyais que tu cherchais le conducteur... !

{ klari } at: 3 mai 2008 à 13:45 a dit…

Ben: merci pour tes liens. En effet, j'ai trouvé un autre conducteur sur Internet entre temps...

Mouais, le pizz en tant que clou sur un cercueil, c'est tout de suite moins poétique. Enfin, au contraire, très poétique, mais un peu plombant pour un samedi de mai ensoleillé. Ah, ces russes, soit neurasthéniques, soit alcooliques, soit les deux à la fois.. je vous jure!

Gamine, j'adorais les bis (Chic! Une oeuvre connue et enjouée! Youpi! Une danse de Brahms!) mais il y a des oeuvres qui interdisent le bis ensuite, quand même...

Sinon, désolée de ne pas trop passer par chez toi en ce moment, mais tant que je n'ai pas emmenaé dnas mon nouveau chez moi, pas d'Internet, pas d'Internet, pas de lecture de blog. Pas de comm'. Mais c'est temporaire, tout ça.

{ [ Ben ] } at: 3 mai 2008 à 15:41 a dit…

Ca, pour être plombant... dans ces conditions il vaut mieux jouer du Vivaldi ^^

Pas de souci... de toute façon chez moi il n'y a pas vraiment de neuf depuis 2 semaines !

{ klari } at: 5 mai 2008 à 13:59 a dit…

heureusement, il y a les piécettes guillerettes de l'Orchestre du Chantier que nous répétons tous les lundis...

Ca recharge les batteries pour la semaine !

Enregistrer un commentaire

 

Mentions légales - Copyright © 2007-2012 Le klariscope. Tous droits sur les chroniquettes patati, patata.
RSS Feed. Ce blog est fièrement propulsé par Blogger. La template est signée dzignine d'après le modèle Minima-White