mercredi 5 mars 2008

Une répèt' avec l'Orchestre de Paris (20 fév)


22 Comms'
Le SOAP, aka le Sympathique Orchestre Amateur Parisien1 étant en vacances, il me faut trouver d'autres sources pour nourrir la rubrique orchestreries. Grâce à un ami, j'ai le privilège de pouvoir assister à une répétition de l'Orchestre de Paris. Et d'entrer à Pleyel par l'entrée des artistes2.

C'est si différent des répétitions du Chantier... les musiciens sont non seulement à l'heure, mais chauffent leurs instruments, s'accordent, révisent quelques traits, éteignent leur téléphone, au lieu de s'échanger les derniers ragots de la semaine. Des boîtes à instruments de formes et de tailles diverses parsèment les premiers rangs de la salle Pleyel. La jolie et gracile contrebassonniste solo de l'Orchestre de Paris descend les escaliers menant vers l'arrière-scène, semblant ployer sous le poids de son contrebasson, aussi grand qu'elle.

Le chef, Christoph Eschenbach, entre. Le premier morceau à être joué est Ma Mère l'Oye. Certes, l'orchestre est en manque de caféine, quelques musiciens étouffent des bâillements discrets, mais c'est parfait. Je m'esquinte les yeux à chercher un archet à l'envers, un musicien affichant la mine dubitative de ceux qui ont perdu le fil de la partition: rien. C'est impeccable de la première à la dernière mesure. Ici, on ne voit pas six ou sept flûtistes qui se répartiraient les soli en fonction des jours de la semaine: une flûte solo, qui, impertubablement, joue les nombreux soli de la pièce. A la fin du morceau, Eschenbach fait reprendre certains passages, et à l'inverse du Chantier, personne ne chuchote "hein? où? on reprend où?"... Toutefois, d'après le premier violon, il y aurait un problème de justesse à la mesure 87. Ouf, ils sont humains3 !

Susan Graham fait son entrée. Le chef se concentre, donne le signal du départ et l'orchestre entame un.... triomphant Joyeux Anniversaire, chanté avec enthousiasme par Susan Graham. Les cuivres en profitent, évidemment, pour jouer plus fort que le reste de l'orchestre et improviser à qui mieux mieux sur le thème. Eschenbach fête ses 67 ans (il en parait quelques dizaines de moins).

Puis on retourne aux choses sérieuses. Susan Graham, très détendue, s'accroupit sur l'estrade du chef, se dandine, se retourne, s'étire comme un chat au soleil.. Au programme, les Nuits d'Eté de Berlioz et Schéhérazade de Ravel. Elle ne chante pas à pleins poumons, bien au contraire, elle chante parfois une octave plus bas que la partition ne l'indique, sans effets de manche.. Comme si vous aviez invité Susan Graham à dîner et qu'après le cognac, elle fredonnerait quelques chants, détendue, sans forcer. C'est bouleversant, beucoup plus intimiste et accessible qu'une version de concert. Parfois, elle se retourne vers l'orchestre, et sa voix, par un effet d'acoustique, bien que continuant de primer sur le son de l'orchestre, se mêle à ce dernier: le résultat est difficile à décrire, mais magnifique.

Il faut bien avouer qu'une répétition de l'Orchestre de Paris est beaucoup moins rocambolesque que celles du SOAP. Les cuivres et les percus, séparés du chef par une armée de cordes et de vents, semblent quand même bien s'amuser au fond. Mais contrairement à nos cuivres du Chantier, ils ne font pas profiter de leurs mots d'esprit le reste de l'orchestre...

Pour plus de lecture: une critique du concert chez Palp', et les notes de programme.
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1: Orchestre, qui, je vous le rappelle, continue de recruter activement cordes, cuivres et vents. Ceci dit, nous avons assez de flûtes. Aucun autre orchestre dans le monde n'a en effet six flûtistes à résidence.
2: oui, c'est jouissif. Absolument. J'ai d'ailleurs été furieusement tentée de prendre ma boîte à violon pour pouvoir franchir l'entrée des artistes avec mon violon sur le dos. Pour l'avoir fait une fois dans ma vie.
3: peut-être mesure 87, ou 127, ou 227. Ceci dit, le commun des mortels n'y aurait entendu que du feu.

22 Comms':

{ Djac Baweur } at: 5 mars 2008 à 20:47 a dit…

" au lieu de s'échanger les derniers ragots de la semaine"
mmmh, un léger excès d'idéalisme, quand même... :o)
Disons qu'ils s'arrêtent de papoter quand il faut.

Sinon, j'aime beaucoup comment tu décris l'atmosphère provoquée par Susan Graham en chantant sans forcer. C'est peut-être difficile à décrire, mais je vois tout à fait ce que tu veux dire. En fait, la voix humaine est tellement plus belle, je trouve, quand elle est pas techniquement décibellisée, parce que, justement, plus humaine, plus proche, plus touchante.

Étonnant, par contre, que tu n'évoques pas la sonorité magnifique des bois et cors de cet orchestre : ce sont tous d'immenses musiciens... (Vincent Lucas ! Pascal Morraguès ! André Cazalet ! etc...).

{ Klari } at: 5 mars 2008 à 23:43 a dit…

A vrai dire, j'ai eu l'impression fugace que le flûtiste a plus toussé que soufflé ses premières notes.
Les 34878 suivantes étaient splendides, ceci dit..

Il y a eu un quiproquo avec le clarinettiste, à un moment, mais on a habilement détourné le sujet de la conversation qd je lui ai demandé!

En fait, je ne sais vraiment pas juger de la qualité d'un vent. Sauf quand on m'en met six ou sept juste derrière moi et qu'ils jouent en canon!

Les cors? Les cors!? Combien de fois faudra t'il te rappeler que le premier cor solo de l'OdP m'appelle "La Chieuse" !? (affectueusement, certes, mais qd même) Et il faudrait que je le complimente sur le blog, de surcroit?

{ [ Ben ] } at: 6 mars 2008 à 11:15 a dit…

Ben alors ?? J'avais laissé un commentaire hier !

Je disais donc que c'est justement Susan Graham que j'ai vu au Carnegie Hall avec le symphonique de Chicago et Pierre Boulez, dans les Nuits d'été...
Dans un article à venir........

Ah, Pascal Moraguès... (avec un seul "r" s'il vous plaît !!) Je crois qu'on peut dire que je suis assez fan...
Et toi qui parle avec lui, comme ça.... pffff !!!

{ Klari } at: 6 mars 2008 à 14:18 a dit…

Ben, çà doit être la vengeance du blog: il m'est déjç arrivé de laisser un commentaire chez toi qui ne s'est jamais affiché!

Ah, Susan Graham.... Elle va me réconcilier avec le chant, j'en suis certaine!!

Sinon, j'ai mal formulé mon truc: j'ai demandé le pourquoi du comment à mon espion dans l'orchestre, non pas au clarinettiste... Désolée..!

Et puis Ben, entre nous, quand on voit des musiciens de l'OdP venir en renfort à l'Orchestre du Chantier et faire les fous comme s'ils avaient fait partie du Chantier toute leur vie, on démystifie le truc!! (non, Pascal Moraguès n'est pas venu nous renforcer)

{ maxime } at: 6 mars 2008 à 15:52 a dit…

Je suis fort jaloux...... c'est tout ce que j'ai à dire...

{ Klari } at: 7 mars 2008 à 01:08 a dit…

Oui, mais de quoi? Du "Joyeux Anniversaire" par Susan Graham? De Pascal Moraguès? d'avoir pu passer par l'entrée des artistes à Pleyel?

Moi, je suis un peu jalouse de Ben: Graham+Boulez+CSO.... Quand même.

{ Klari } at: 7 mars 2008 à 01:09 a dit…

Ben, ton lien ne passait pas... Je réessaie..

{ [ Ben ] } at: 7 mars 2008 à 01:38 a dit…

Tu sais qui est le(s) clarinettiste(s) qui vien(nen)t vous renforcer ?

Merci pour le lien !

{ Klari } at: 7 mars 2008 à 01:56 a dit…

Les notres ont vaillamment tenu leurs parties..! Pas de renforts en clarinette, donc! (Nous avons eu des renforts en cordes, et en cuivres essentiellement)

Ceci dit, je sors de la Symph' des Mille à Bercy: les vents ont été superbissimes sur le début du 2ième mouvement (je pense que la clarinette solo devait être ton Pascal Moraguès adoré, qui, après ce magnifique passage, a enchaîné sur un loooong et minutieux récurage de clarinette).

{ [ Ben ] } at: 7 mars 2008 à 07:41 a dit…

Aaah tu y étais donc... y'en a qui ont de la chance !!
J'étais également à un concert hier, mais c'était pas.... mouaif, bof bof, quoi.

{ Klari } at: 7 mars 2008 à 15:13 a dit…

Tu es allé voir quoi?

Qt à la Symph' des Mille, c'était passionnant, mais inégal toutefois. Il y a une note en cours de rédaction, il faut juste que je me botte le derrière!

{ [ Ben ] } at: 7 mars 2008 à 16:20 a dit…

Orchestre National de Lyon, avec Thierry Fischer à la direction.

Programme :
Beethoven - Les Créatures de Prométhée (extraits)
Dalbavie - Œuvre sur des poèmes de Louise Labé (création mondiale)
Mozart - Concerto pour piano n° 20
Stravinsky - Symphonie en trois mouvements
Orchestre national de Lyon

Philippe Jaroussky, chantait Dalbavie, et Aldo Ciccolini jouait Mozart.

Article à venir également ^^

{ maxime } at: 7 mars 2008 à 21:27 a dit…

... de tout ça !

{ Klari } at: 11 mars 2008 à 01:23 a dit…

Maxime: Allons, allons!

Ben: Mais c'est pas mal du tout! J'ai hâte de lire ta chroniquette - à moins que tu ne l'aies déjà publiée, mais je suis très en retard sur mes lectures.(et les réponses aux comm')

{ [ Ben ] } at: 11 mars 2008 à 07:33 a dit…

Non, pas fait encore, je dois finir New-York ^^

{ DavidLeMarrec } at: 13 mars 2008 à 12:21 a dit…

J'ai beau y réfléchir (oui, depuis quelques jours), manière de ne pas poser une question inutile, je ne vois pas bien à quel moment Susan Graham peut chanter à l'octave inférieure (de la version pour voix haute et pas de la version originale, je présume ?). Des précisions ?

Ca attise d'autant plus ma curiosité que le public d'opéra est généralement impitoyable avec le moindre effort, et que Graham est tout à fait capable de tenir la tessiture. Il y a donc des alternatives qui ne sont pas notées sur ma partition (pourtant l'originale), ou bien une nouvelle édition dont je n'ai pas entendu parler ou que sais-je...

{ Klari } at: 13 mars 2008 à 18:10 a dit…

Question un peu technique, ma foi. Un des altistes de l'orchestre m'a fait remarquer, pendant la pause-café, que Susan Graham prenait certains passages à l'octave. Je n'ai pas creusé, puis on a enchaîné sur des discussions de djeuns normaux, ie, colporter des ragots sur nos amis communs. Je vais donc lui transférer ton commentaire, et lui demander d'éclairer notre lanterne!

Ceci dit, il y avait peu de public (une 50-aine à tout casser, beaucoup de scolaires, qq mouflets de musiciens), ainsi, certainement un public moins impitoyable que d'ordinaire: il s'agissait d'une répèt', ne l'oublions pas.
Objectivement, çà me parait tout à fait normal que Susan Graham économise sa voix tôt le matin?

{ DavidLeMarrec } at: 14 mars 2008 à 11:44 a dit…

Suis-je bête !

Bien sûr, il a dû s'économiser sur certains aigus puisqu'on était en répétition...

Et pourtant, j'ai pris plusieurs jours de réflexion pour en arriver là. -:o)

Il faut dire que c'est étrange, parce que ce n'est pas la même posture vocale - contrairement à ceux, nombreux, qui chantent de façon plus intimiste sans public, pour ne pas se fatiguer.

{ Klari } at: 14 mars 2008 à 17:22 a dit…

DavidLeMarrec: voici la réponse à ta question:
"Euh... Je me souviens juste qu'elle s'économisait et donc chantait soit à mi-voix, soit une octave plus bas pour ne pas fatiguer sa voix à aller décrocher
des aigus qui sont plus fatigants... Mais au concert elle a bien chanté comme c'est écrit.
Quand à la tessiture, elle a fait un mix à elle entre les différentes versions et celle de Régine Créspin, alors je ne me souviens plus du détail, mais en tout cas elle n'a pas changé une note de la partition originale dont je ne connais qu'une version (à part pour les transpositions bien sûr !)"

Voilà!

{ DavidLeMarrec } at: 14 mars 2008 à 22:39 a dit…

Merci beaucoup !

Donc effectivement pour s'économiser en répétition - elle devait donc être bien sûr d'elle.

Sinon, elle a bien fait de faire son marché, puisque la version originale est conçue pour différentes hauteurs (mélange de voix moyenne et de voix haute), cela dit tout à fait chantable par une voix moyenne (y compris baryton, c'était à l'origine essentiellement chanté par des hommes). Souvent, les sopranes, voire les mezzos, montent un peu tout ça.

Bref, chez Berlioz, il n'y a pas réellement d'unité non plus.

{ Klari } at: 15 mars 2008 à 01:11 a dit…

Qu'entends-tu par "posture vocale"?

En effet, elle devait être sûre d'elle: d'une part elle peut se le permettre, d'autre part, il me semble qu'elle a chanté de nombreuses fois ce programme. Ben (cf supra) l'a vu chanter les mêmes Nuits d'Eté à New-York. Cà devait donc être bien rodé..

Je ne savais pas que c'était si complexe, de "concocter" sa partition.. Nous autres, humbles violonistes amateurs, devons jouer ce qui est écrit, on ne peut même pas tricher!

{ DavidLeMarrec } at: 15 mars 2008 à 09:25 a dit…

Par "posture vocale", je veux désigner la façon d'émettre les sons. Disons qu'en émettant un son un ton plus bas, ou (un peu) plus piano on garde à peu près le même schéma. L'octave inférieure change tout (préparation, phrasés, tension musculaire...). Ca veut donc dire qu'elle était suffisamment confiante (à moins que ce ne soit la peur de se fatiguer ?) pour ne pas répéter exactement les "gestes vocaux" qu'elle devrait faire lors du concert.
Changer d'octave, ce n'est pas seulement se ménager, c'est tout de bon autre chose.

"En effet, elle devait être sûre d'elle: d'une part elle peut se le permettre, d'autre part, il me semble qu'elle a chanté de nombreuses fois ce programme."

Oui, bien sûr ! Surtout que les Nuits pour un mezzo demi-caractère qui dispose d'un bon français, c'est presque un emploi à plein temps, on demande ça partout. Mais ça suppose tout de même une aisance solfégique et un bon ressenti avec l'orchestre.


"Je ne savais pas que c'était si complexe, de "concocter" sa partition.. Nous autres, humbles violonistes amateurs, devons jouer ce qui est écrit, on ne peut même pas tricher!"
Ca ne vaut que pour le lied et la mélodie, bien sûr. Certains airs d'opéras sont légèrement baissés pour éviter le péril du contre-ut (essentiellement Di quella pira et Che gelida manina), mais évidemment, chacun dépendant l'un de l'autre...

Pour violon, changer la tonalité ne modifierait de toute façon pas si nettement la difficulté. Les doigtés peuvent être plus périlleux, mais pour le chant, c'est tout de bon la limite physique. Un peu le même type de problème que la justesse dans l'extrême aigu d'un violon, disons : le péril.

Pour le lied et la mélodie, donc, où le texte est très précieux, on ne se gêne pas pour adapter les hauteurs, ce qui permet à tous les types de voix de les chanter. Malheureusement, comme tu t'en doutes, tout n'existe pas dans toutes les tonalités, et certains Alma Schindler-Mahler ou Schönberg ne sont pas précisément pratiques à transposer.

Evidemment, il n'est pas question, à moins d'une impossibilité physique majeure, de modifier la partition - la tradition est plutôt d'en rajouter...

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