lundi 18 février 2008

Le concert du Chantier, la chroniquette


6 Comms'
Camillienne & Chantier - 15-16.02.2008
Orchestre du Chantier, direction: Thibault de Barsony

Les concerts de l'Orchestre du Chantier ont attiré des torrents de blogueurs: il y en a dans l'orchestre, dans le public, partout. Pour l'instant, deux chroniques du concert: Bladsurb, faisant une entorse à son régime Pleyel/CdM/Théâtre de la Ville, vient explorer le Chantier; Temet, dont c'est le tout premier concert symphonique. Deux points de vue bien différents.

Mais ils ne répondent en rien à cette question: que se passe t'il de l'autre côté du chef? Jusqu'à l'année dernière, je pensais que les musiciens d'orchestre se contentaient de jouer leurs parties bien sagement, en regardant poliment le chef d'orchestre de temps en temps. On n'imagine guère qu'il se passe autant de choses pendant un concert que dans un épisode de 24.

Un petit raccord avant d'entamer le concert proprement dit. Petits conflits inter-pupitres alors que les flûtistes craignent que les seconds violons ne transpercent leurs partitions avec leurs archets, que les bois craignent que les cuivres - assis sur une estrade un bon mètre et demi plus haut, ne leur bavent sur la tête. Les violonistes vérifient quant à eux qu'ils n'éborgneront pas leur voisin. Quelques chuchotis "c'est quoi déjà, l'ordre des morceaux?" et des grognements "c'est quoi, ces chaises de schtroumpfs?". Nous mettons en place l'introduction, à la basse et à la batterie, de Mission:Impossible précédant la célèbre trille qui amorce le morceau.

Le chef nous fait répéter quelques morceaux choisis. Quelques minutes plus tard, arrive notre première trompette solo. Nous quittons la scène en essayant de ne pas se prendre les pieds dans les fils électriques qui alimentent nos petites loupiotes de pupitre (comme chez les pros!), et dans les écrous fixés au sol. Que d'embûches.

Le public grossit. On entend ici et là des remarques effarées à propos de l'amas de cornistes postés devant l'entrée de la salle. Ils sont déjà une demi-douzaine ( à un ou deux près, on pourrait monter la Symphonie des Mille), et on entend leurs gammes et autres arpèges depuis la sortie du métro. Çà en impose, évidemment.

Un jeune et talentueux groupe de jazz en première partie. Les altistes, qui, comme chacun sait, sont de grands enfants, s'amusent pendant ce temps à rebondir sur une banquette à ressorts. Les plus stressés vont griller une cigarette à l'extérieur. Je feuillette le programme et suis bien surprise de lire que l'Orchestre du Chantier fait mourir Howard Shore prématurément.

Fin de la première partie. Nous prenons nos places, d'un air concentré et inspiré, alors que deux-trois violonistes trébuchent de manière peu auguste sur un écrou. On s'accorde dans une joyeuse cacophonie où l'on reconnait pêle-mêle les thèmes des morceaux au programme, deux ou trois gammes et les vvouuuhoouhimm inquiétants d'un violon récalcitrant à l'accordage.

Le chef entre. On s'accorde une nouvelle fois. La hautboïste lance aux cuivres "vous voulez un si bémol, les mecs?" (zut, pas le fou rire); la flûtiste récupère de justesse son pupitre, qui, ayant glissé, me chatouille le cou; ma voisine de pupitre essaie tant bien que mal de trouver une position qui la mette à l'abri de mon archet vengeur, mais d'où elle puisse voir le chef, les partitions, sans éborgner sa voisine de gauche. Difficile équation.

Le chef médite quelques instants, yeux fermés, l'air inspiré. Dans le plus grand silence. Non, pas tout à fait. On entend distinctement les tzouings-tzouings des violons, qui commençant le Seigneur des Anneaux sur un doigté impossible, en harmoniques de surcroît, cherchent la note par avance. Ce qui nous formellement interdit par le chef, qui a horreur des tzouings, mais qu'importe. Le chef ouvre les yeux. Et semble rouler de gros yeux tout en louchant avant de donner le signal du départ. Je sens monter un fou rire. Au beau milieu de la pièce, j'ai une pensée fugace pour Etno qui a joué sous la direction d'Howard Shore, risquant d'être pulvérisé par un singe géant. J'en loupe deux mesures. Zut.

On passe à la suite: Gladiator. Rien à signaler. Nous survolons le passage aux fameux contretemps, pas tout à fait en place, mais notre motivation et notre enthousiasme remplacent -comme toujours, ce que notre technique peut laisser à désirer. Mon sourire s'élargit encore au moment de ce do bémol si controversé, et le Pam! Chut! Pam! pam-pam-pam-Pam! Chut-Chut! Pam!Pam! Chut! Pam! sera joué avec ferveur, à défaut d'exactitude rythmique: les crins des archets virevoltent et se font la malle. Les violonistes en profitent pour couper les crins rebelles. Pour des raisons qui m'échappent, c'est un geste assez jouissif.

Alors que mes deux voisins se livrent à une bataille d'archet (le manque de place rend agressif et/ou farceur), les premiers violons se livrent à une gymnastique complexe: remanier l'agencement des chaises afin de laisser suffisamment de place à notre soliste, sans faire tomber de chaises, de partitions, de pupitres ou d'instruments. Ce qui devait arriver arriva: un pupitre tombe, entrainant dans sa chute un deuxième qui va s'effondrer contre la harpe dans un Chklonk! impressionnant. Les dégâts réparés, on se lance. La soliste, Caroline Vernay, est bien évidemment, impeccable. Son son, ébouriffant. Vexés, les seconds violons entament une grève générale au début du deuxième mouvement de la Liste de Schindler. Notre départ est à la mesure 15 ou 16, 17 même, peut-être? Le second violon ne compte pas jusque là. Le chef finit par remarquer notre pianissimo un peu trop abouti et nous mime discrètement le numéro de la mesure où nous devons nous retrouver. Petit à petit, les seconds violons reprennent le travail. Mais nous y avons pris goût, et la grève sera reconduite lors du concert du lendemain.
A la fin de la pièce, notre soliste manque de peu trébucher sur un écrou mal placé. Catastrophe évitée de justesse.

Indiana Jones? Nos six (!) cornistes, nos trois trompettes, nos trois trombones, bref, notre armada de cuivres se fait plaisir, les cordes peuvent jouer n'importe quoi, nous sommes couverts. Un minuscule passage un peu délicat où nous nous adonnons aux joies du play-back ou du pianissimo. Oui, nous sommes une bande d'escrocs. Et alors?
Je découvre alors qu'en me penchant un peu vers l'avant, j'ai une vue imprenable sur le pied doit du chef. Il frappe discrètement du pied, signe qui me semble beaucoup plus lisible que sa battue, dont je ne comprends pas toujours les subtilités. C'est dommage, il ne reste plus qu'un morceau pour en profiter.

Le dénommé Mission:Impossible. Le chef bat un temps. En lieu et place du solo de basse, la trompette solo lance un terrifiant
"TRIIIILLLIIILILLIREEEUUHCOUAC?"
Gloussements dans le public. Rires étouffés dans l'orchestre. Il en faut beaucoup plus pour démonter notre chef qui, un grand sourire aux lèvres, explique au public que notre trompette solo a manqué le raccord: un solide gaillard, qui pas abattu pour deux sous, fait preuve de beaucoup d'humour (et de patience, car il se fera chambrer maintes et maintes fois).
On recommence. Bigre. Le 5/4, c'est pas facile. Le lendemain, la trille du diable sera remplacée par un petit sketch surprise.

Mais le public est conquis, et même si nous nous hâtons d'entamer un bis avant que les applaudissements ne cessent, nombreux seront ceux qui resteront quelques minutes nous aider à ranger les pupitres, les chaises - et trébucheront sur l'écrou sus-nommé: un grand merci à vous!

A suivre: la critique de l'ensemble Juste aux Cors.

6 Comms':

Temet at: 18 février 2008 à 09:03 a dit…

Donc ça venait de moi pour Indiana? Ils ne se sont pas chiés dessus les cors?

Enfin sinon c'était sympa, merci :D

{ [ Ben ] } at: 18 février 2008 à 09:12 a dit…

Eh beh, j'aimerais bien voir ça un jour, ça a l'air festif !!

On comprend le nom d'Orchestre du Chantier...!

{ Klari } at: 18 février 2008 à 13:55 a dit…

Pour Indiana, je pense que la responsabilité était partagée.. :-). Ceci dit, Indiana Jones était le morceau qui me donne le plus de problèmes, donc j'étais bien concentrée sur ma partoche et mon instrument, sans écouter ce qui se passait autour..On ne saura jamais, donc.

Ben: le concert du samedi était meilleur! Par contre, à chaque fois, malgré nos bêtisettes, il y a eu une excellente ambiance dans le public... En même temps, à l'exception de la Liste de Schindler, les musiques de film, çà met de bonne humeur! (toi aussi, si un lundi soir, tu es à Paris, viens donc nous faire coucou!)

{ [ Ben ] } at: 18 février 2008 à 15:08 a dit…

Merci, je note la proposition et te tiendrai informée... enfin pour le moment, avec l'IUT, pas de Paris le lundi de manière générale...
Peut-être à la fin de l'année en mai, ou alors sinon, l'année prochaine je l'espère !

{ Djac Baweur } at: 19 février 2008 à 01:41 a dit…

On jettera un voile pudique sur un certain takète feurste taillme...
Ainsi que sur les deux-trois mesures de flottement du second pupitre d'alto, le temps de se rendre compte que la cheffe de pupitre avait tout bonnement joué l'à-défaut de harpe...

:o)
("chroniquette", tu es bien modeste !)

(PS : les cornistes boivent beaucoup, certes, mais sont des gens très propres. Ils ne chient donc pas, enfin, pas en public.)

{ Klari } at: 19 février 2008 à 08:27 a dit…

C'est pas possible, vous le faites exprès..?! Jouer la partie de harpe? Pourquoi faire?

J'ai loupé plein de trucs rigolos, en fait: l'impro en freestyle de la clarinette pendant MI (je me disais bien que c'était différent, mais je n'avais pas tilté), les cornistes qui essaient de recadrer le bassiste, etc, etc...

Peut-on relever le niveau du débat? En effet, le corniste ne se soulage pas en public. Il peut lui arriver de baver, toutefois.

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