mercredi 20 février 2008

Elephant Man, l'opéra


16 Comms'
Salle Pleyel - 19 fév, 20h
Orchestre et Choeur Colonne, dir: Laurent Petitgirard

Elephant Man, musique: Laurent Petitgirard, livret: Eric Nonn
Avec: David Walker (Joseph Merrick/Elephant Man), Nicolas Rivenq (Dr. Treves), Philippe Do (Tom Norman), Marie Devellereau (Mary), Elsa Maurus (Eva), Philippe Kahn (Carr-Gomm), Marion Baglan (La Colorature), Louis-Alexander Désiré (Jimmy), etc...

On se sent comme chez soi à Pleyel: un des ouvreurs est un jeune compositeur rencontré au concert de l'Orchestre du Chantier (nous créerons une de ses oeuvres en 2009), quelques rangs devant moi, un jeune chef d'orchestre ami d'une flûtiste du Chantier, et en plissant les yeux, on devine un altiste du Chantier sur scène.
Tout va bien.

Un orchestre élargi s'installe. On aperçoit un contrebasson, un échantillon de clarinettes de diverses tailles, et une armada de percussionnistes qu'on verra galoper, partitions en main, sur leur estrade, entre le glockenspiel et les gongs, le vibraphone, le xylophone et les crécelles, sans oublier les morceaux de bois qui font ploc!, et les essuies-glaces qui font clac!
Puis le choeur prend place dans l'arrière-scène.

Une belle partition tendue, énervée pendant le 1er acte (quoiqu'un peu longuette), très début XXième dans l'esprit (encore très mélodique, très classique, en qq sorte), qui me marque par sa richesse de couleurs, et l'utilisation judicieuse faite d'instruments d'ordinaire dédaigneusement relégués au placard. Petitgirard concocte également de beaux solos pour certains instruments : hautbois, flûte, violon en particulier.

Le livret (un peu longuet également), très bien écrit, peut surprendre par certains aspects. Entendre vanter les mérites de Jane Austen quelques instants après les vocalises éthérées du chœur sur "Hypertrophie....Exostose....Pachydermatose...Molluscum" est une expérience pour le moins psychédélique. Nonn en profite pour lancer ici et là quelques piques contre la société de consommation, Sarkozy, et la qualité de la presse. Des textes ciselés et drôles - pour peu qu'on apprécie un minimum l'humour noir.

Un casting impressionant. Le benjamin est Louis-Alexander Désiré, qui du haut de ses douze ans, a déjà une belle carrière derrière lui. Une basse, Philippe Kahn, somptueuse. Une intervention courte mais ahurissante de Marion Baglan, qui rappelle l'air de la Reine de la Nuit par sa virtuosité et ses aigus improbables. La salle éclate en applaudissements spontanés à la fin de son aria. Notons également l'excellente prestation de Philippe Do, au nom prédestiné, qui a choisi de se former à l'ESSEC : serait-elle entre temps devenue l'Ecole des Sciences du Solfège et du Chant?

L'austérité de cette version oratorio est largement compensée par les gesticulations effrénées du chef, qui en perd ses boutons de manchette!

(Les altistes sont exceptionnels ce soir: aucun archet ne se transforme malencontreusement en plumeau, aucun altiste ne se plaint qu'un hautboïste ait désaccordé son instrument: les hautboïstes, nous informe Petitgirard au début du 3ième acte, sont bien trop occupés à jouer du tournevis sur le cor anglais, qui menace de se désintégrer)

- une autre critique chez Palpatine.

16 Comms':

{ Djac Baweur } at: 20 février 2008 à 21:35 a dit…

Haa, voilà pourquoi il fallait rentrer tôt ! Il fallait vite faire la chroniquette ! :o))

Bon, ta bienveillance et ton indulgence sont sans limite, c'est très gentil !
(contrairement en d'autres lieux - où, d'ailleurs, le monsieur a le droit de ne pas aimer, mais pas de raconter n'importe quoi : dire de cette musique qu'elle est amélodique et arythmique, c'est juste à côté de la plaque)
Et c'est aussi très gentil d'avoir écrit le billet AVANT d'entendre un vrai orchestre, et de vrais altistes qui déchirent ! :o)

Dans le pupitre d'alto, tu as toutefois, semble-t-il, manqué la torture de notre pauvre collègue de devant qui, terrassée par une grippe, à passer tout le troisième acte à cracher ses boyaux sans pouvoir jouer, à en pleurer de se retenir de jouer les cathareuses en plein milieu d'air déchirant et pianissimo... Sans rire, c'est vraiment un truc horriblement pénible, j'étais mal pour elle. Mais, the show must go on...

Ho, et ce qui fait "clac", ce sont des fouets, pas des essuie-glaces ! Et il y avait des vibraphones, plutôt que des xylo, je crois.

Et merci d'être venue ! :o)

{ Klari } at: 22 février 2008 à 13:33 a dit…

Oui, mais Palp', lui, il a un commentaire de Petitgirard en personne sur son blog! Té!

Merci pour tes corrections! Je laisse le mot essuie-glaces. Cà me plait comme çà. Je vais changer par contre le xylophone.

Il doit y avoir un virus spécial altistes qui traîne: N. a le même souci. (si on cherche "les altistes ont la santé fragile", tombe t'on sur ton blog?)

{ palpatine } at: 25 février 2008 à 07:43 a dit…

(oui, je peux me vanter de m'être fait jeter par le président de la SACEM en personne, ah ! quelle fierté...)

{ Klari } at: 25 février 2008 à 11:46 a dit…

Et oui.. Tu pourras insérer une petite bannière en haut de ce désormais célèbre billet "lu et désapprouvé par le compositeur".

Plus sérieusement, c'est absolument génial de pouvoir ainsi dialoguer en direct avec un compositeur. Je suis tous les jours de plus en plus étonnée par le potentiel du blogage...

{ Papageno } at: 26 février 2008 à 22:40 a dit…

La fameuse grippe de l'altiste... c'est horriblement contagieux, ça s'attrape par les fausses notes...

{ Klari } at: 26 février 2008 à 23:40 a dit…

Sans compter les tendinites quand il y a trop de démanchés. C'est fragile, un altiste.. (mais ils sont tellement sympas)

{ PETITGIRARD } at: 5 mars 2008 à 08:01 a dit…

Xylophone ET vibraphone, chers amis...

Quand à l'Armada de percussionistes, ils ne sont que deux, c'est pourquoi ils bougent beaucoup (celesta et Timbalier en plus, bien sûr).

Puisqu'apparemment vous êtes très sensibles à l'alto, réservez vous le 12 octobre 2008 à Radio France, l'ami Gérard Caussé donnera le création parisienne de mon "Dialogue pour alto et orchestre" dans le cadre du Festival Présences.

Si d'ici là vous êtes toujours assoiffés d'alto, alors venez écouter le 15 avril prochain à Pleyel la Symphonie Pathétique, je vous y invite avec plaisir.
Voilà une partition de référence pour les pupitres d'altos, je vais essayer de ne pas déclencher trop de tendinites...

Enfin "contesté" cher Palpatine, pas "jeté", c'est plus sympathique et sûrement pas par le Pdt de la Sacem, mais par le compositeur, c'est plus simple.

Amitiés

Laurent Petitgirard

{ Djac Baweur } at: 5 mars 2008 à 11:46 a dit…

Ha des xylos aussi, ok, je ne me souvenais, auditivement parlant, que des vibras.

Bon, on affûte d'ores et déjà les archets pour Tchaïkovsky, et pas de tendinite qui tienne, ça va fumer, enfin quoi on n'est pas des chochottes ! :o)

{ Klari } at: 5 mars 2008 à 20:06 a dit…

Djac: personne, nulle part dans le monde, n'a jamais pensé qu'un altiste pouvait être une chochotte. Jamais.
(en quoi la Pathétique est-elle une référence pour les altistes?)

Maître Petitgirard: merci pour vos corrections concernant l'orchestration d'Elephant Man! Je vais corriger la note de ce pas.
J'ai bien noté les dates que vous mentionnez, je me réjouis d'avance de pouvoir écouter Gérard Caussé..

Prenez bien soin de vos altistes, l'équipe du klariscope se déplacerait n'importe où pour les admirer!

{ Djac Baweur } at: 5 mars 2008 à 20:51 a dit…

Chochotte ? Qui a dit chochotte ? Quelqu'un a dit ça ? Où donc ?

(Alors dans cette symphonie, le début c'est un dialogue entre le basson solo et les altos. Bon, heu, cela dit, dans la suite les altos sont bien noyés dans la masse, quand même, mais enfin bon, on a quand droit à notre minute de célébrité... ;o) )

{ Klari } at: 5 mars 2008 à 23:38 a dit…

Fichtre, je ne me l'imaginais pas un tel preneur de risques, le Piotr Illitch..!

{ PETITGIRARD } at: 6 mars 2008 à 01:09 a dit…

La partie d'altos est très délicate, pas seulement au début du 1er mvt, mais aussi dans l'allegro vivo de la fin du mvt "feroce", où une grande capacité d'articulation, toujours délicate à obtenir, est requise.

Ne pas oublier non plus que l'effet de masse des cordes est trompeur :
Souvent, alors que les violons commencent les traits et que les cellos et CB les finissent, les altos en jouent l'intégralité.

C'est de plus une symphonie qui nécessite un pupitre très homogène, un seul musicien qui ne suit pas suffit à tout brouiller.

Croyez moi, la très nette progression de niveau des altistes ces trente dernières années se sent très clairement dans une symphonie de ce type.

Le fait que ces pupitres ne comportent plus de violonistes déçus, mais des musiciens ayant choisi l'alto dès le départ, nous permet d'essayer d'amener cette symphonie vers l'incandescence, là où l'on était contraints à la prudence.

Mais surtout, quelle partition géniale !

Bonsoir à tous.

LP

{ Djac Baweur } at: 6 mars 2008 à 11:59 a dit…

Ha, oui, c'est vrai qu'on tricote après, avec les doubles croches du vivo, et aussi les triolets du troisième mouvement. Mais bon, vu de l'intérieur, j'imaginais pas que ça ait une si grande importance, enfin je veux dire, pas plus que d'habitude quoi, tant il vrai que dans tous les cas et quel que soit le répertoire, meilleur le pupitre d'alto est, meilleures sonnent les cordes ! :o)

Pour ma part, c'est surtout le dernier mouvement que je trouve impressionnant, très typique du russe qui prend aux tripes.

Et j'ajouterais qu'il n'y a pas qu'un seul type de violoniste déçu, celui qui n'aurait pas pu atteindre un niveau suffisant et qui aurait été contraint de déchoir en passant à l'alto.
Il y a aussi le violoniste frustré, celui qui, soit disant, ne se satisfait pas de la corde de mi, qui n'aime pas la compétition de conservatoire, qui préfère tellement faire sonner une belle corde à vide plutôt qu'effectuer des galipettes dans le suraigu, qui aime profiter d'être au milieu de la pâte sonore plutôt que sur le devant de la scène, et qui aime à écouter ce qui se passe à côté quand il joue avec d'autres. Immanquablement, un tel violoniste passe à l'alto, et il devient heureux. :o)

{ Klari } at: 7 mars 2008 à 00:56 a dit…

Merci à tous les deux pour vos explications détaillées..! Ce sera d'autant plus intéressant de l'écouter le mois prochain après avoir pu bénéficier de cet éclairage.

De quel type d'altistes disposait Tchaikovski? D'altistes à vocation? De violonistes frustrés? Pros? Amateurs éclairés?

{ PETITGIRARD } at: 7 mars 2008 à 07:57 a dit…

Tout à fait juste la réflexion sur la frustration du grave qui peut entraîner le violoniste vers l'alto, mais arrêtez vous là, vous finirez sinon à la contrebasse à 5 cordes....

Quand au niveau des altistes de l'époque, je crois à l'écriture.
Lorsque l'on voit les tempos indiqués par Tchaikowski et la technicité des traits, il semble évient qu'il savait avoir des instrumentistes capables de jouer cela.

Merci de faire un point entre vous et de m'indiquer combien vous serez le 15/04, l'invitation tient toujours.

Cordialement.

LP

{ Klari } at: 7 mars 2008 à 15:18 a dit…

Djac, pour t'avoir entendu me vanter les mérites de la contrebasse, et t'avoir vu scotcher sur une flûte octobasse...! Allez savoir.

Merci infiniment pour l'invitation, qui n'est pas tombée dans l'oreille d'une sourde! Je viendrai donc avec une amie (Djac, tu n'as pas besoin de place, j'imagine).
Et j'affûterai, non pas mon archet, mais mes crayons, pour écrire une belle critique à la suite du concert !

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