mardi 5 février 2008

Cadmus & Hermione (24 jvr)


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Un ami attentionné m'avait dégoté une place pour Cadmus & Hermione, à l'Opéra Comique. Une grande première pour moi, qui n'avais jamais vu de tragédie lyrique. Je crois remarquer un parallèle inattendu:

¤ la première ressemblance, évidente comme le nez au milieu de la figure, est le recours plus que fréquent à des intermèdes chantés et dansés. On lit ainsi sur le site de Royaumont "l'utilisation de la danse, héritée des ballets de cour, comme élément rhétorique et dramatique". Bollywood? Itou. Je ne vous fais pas un dessin.

¤ le scénariste Bollywood est un indécrottable romantique.
Il en est de même pour le librettiste de Cadmus et Hermione, Philippe Quinault, qui écrit sans fausse honte des mièvreries dignes d'une carte Hallmark "Heureux les amants! / Leurs jours sont charmants (..) Que sert la jeunesse / Aux coeurs sans tendresse? / Qui n'a point d'amour / N'a pas un beau jour". Et tout le reste à l'avenant.

¤ le scénariste Bollywood n'a rien contre le plagiat.
Philippe Quinault écrit (dans le prologue) : " Ah quelle rage! Ah quelle rage! Quel désespoir! quel désespoir!". On a déjà entendu ceci quelque part, je crois.

¤ la tragédie lyrique, tout comme une production Bollywood, est longuette. Très loin du Ring, mais longuet, certes. Sans qu'on s'ennuie un instant. Cependant, les monteurs indiens s'arrangent pour placer l'entracte au milieu du film, non pas juste avant l'épilogue.

¤ les costumiers aiment les vêtements colorés. Ouaip, le Poème Harmonique aussi.

¤ les acteurs d'un bon hindi movie parlent un étrange mélange d'hindi et d'anglais, l'anglais prononcé d'une manière surprenante pour une oreille non-avertie. Chez les baroqueux, çà donne "hé pourquoué ne rirons-nousse passe?". Ici aussi, il faut laisser le temps à l'oreille de s'accoutumer.

¤ l'héroïne d'un bon hindi movie est une petite peste autour de laquelle tourne la planète. Notre Hermione baroque est elle aussi une chipie, envoyant vertement promener un géant dont le seul crime est d'être amoureux d'elle (mais pourquoi?). Certes, le géant devient nettement moins sympathique dès qu'il lâche ses dragons.

¤ le héros bollywoodien est transi d'amour (sans qu'on sache pourquoi, cf. supra) et clamera son amour transi/désespéré/impossible à longueur de bobine. Cadmus part joyeusement se faire dévorer par un dragon tout en déclamant des niaiseries "Hé bien je périrai si le destin l'ordonne / Je veux délivrer Hermione / Et si je l'entreprends en vain / Je ne saurois périr pour un plus beau dessein". Vous remarquerez qu'on l'on retrouve la fameuse thématique du mariage arrangé qu'il faut à tout prix empêcher, chère aux scénaristes bollywoodiens.

¤ Alors que les héros se regardent avec des yeux de merlans frits, de savoureux seconds rôles portent en général la dimension comique du film/opéra. Il y a ainsi deux-trois gueules que l'on retrouve à longueur de films indiens, ici, Charite et son soupirant font glousser l'assistance avec moult engueulades, extrêmement bien écrites, et interprétées.

¤ la musique est belle. Oh oui. Les instruments parfois déroutants: pas de sarangi ou de sarod, mais des sacqueboutes, des théorbes, et bien d'autres dont je ne connais pas le nom..

¤ Le percussionniste (qui à la même coupe de cheveux que Zakir Hussain ou le regretté Ustad Shafaat Ahmed Khan - et un talent comparable) jongle entre ses instruments: un dévidoir géant, un balai, une grosse caisse plus haute que lui, un tambourin, une tôle, tout en trouvant le temps d'accorder lesdits instruments. Un petite tendance expérimentale que je ne soupçonnais pas chez le Sieur Lully.

¤ l'intrigue, pourtant complexe (le film a duré trois heures, ne l'oublions pas) se résume souvent en deux-trois mots: un problème de caste, de religion, ou les deux. Le conflit indo-pakistanais. Ici, çà se résume à une vulgaire querelle de ménage entre Junon et Jupiter. Tss.

Cà me laisse perplexe..

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